Miracle

Par : pasteur Marc Pernot

Les miracles que raconte la Bible sont aujourd’hui souvent un obstacle à la foi. En effet, les histoires de miracles sont plutôt racontées dans les romans ou dans les sectes qui attirent ainsi les amateurs de surnaturel. Et puis, ces miracles racontés dans la Bible posent des questions, comment est-ce que Moïse aurait pu écarter la mer, comment Jésus aurait-il pu marcher sur l’eau, guérir un aveugle et ressusciter un enfant mort et qu’est-ce que tout cela nous apprend sur le salut que Dieu nous donne ?

Devant un récit de miracle, il y a différentes façons de penser parmi les chrétiens, certains pensent qu’il y a bien eu un événement physique extraordinaire, d’autres chrétiens pensent qu’il faut prendre ces récits de miracles au sens figuré. Ces 2 positions sont respectables :

  • Il n’est pas idiot de penser que Dieu fasse des miracles, puisque l’apparition de la vie dans l’univers matériel est un prodige qui a certainement eu lieu. Il y a 15 milliards d’années, rien dans l’univers ne permettait de prévoir qu’il apparaîtrait un jour des êtres capables de penser et d’aimer, cette apparition est un événement qui va à l’encontre de tout ce qui existait avant, c’est donc un miracle immense. Cette évolution montre que Dieu fait des choses qui dépassent tout ce que l’on peut imaginer (mais cela ne veut pas dire qu’il fait n’importe quoi quand même). La science nous montre aussi que les lois physiques sont plus surprenantes que ce que l’on pense, en particulier quand on entre dans les domaines des particules ou des grandes dimensions.
  • Il n’est pas idiot non plus de penser, par exemple, que Jésus n’ait pas marché sur l’eau au sens matériel du terme, mais que ce récit soit à prendre seulement au figuré (il arrive par la foi à avancer malgré l’adversité, sans couler à pic). Lire ainsi ce récit de miracle n’est pas un manque de respect par rapport à la Bible, c’est juste une question d’interprétation. En effet, quand on lit dans la Bible que  » le Christ est la lumière du monde «  1, on comprend bien que c’est une façon de parler et que même avec la présence de Dieu on a quand même besoin d’allumer des lampes dans sa maison le soir…

Finalement, pour lire un de ces récits de miracle, la question de savoir ce qui s’est passé matériellement est une question d’opinion personnelle, et cette question est relativement secondaire.

Ce qui est important pour nous, lecteur de la Bible, c’est de chercher, dans tous les cas, ce que veut dire pour nous ce récit de miracle. Nous comprendrons alors quel miracle Dieu veut accomplir dans notre propre vie. Au delà de nos différences d’opinions concernant la réalité historique du miracle, nous pouvons être unis dans cette recherche du sens de ce récit pour nous : le salut vient dans notre existence comme un miracle, c’est à dire comme quelque chose qui dépasse ce que nous pourrions accomplir avec nos seules forces humaines.

Même si Jésus a matériellement marché sur l’eau, il ne l’a pas fait pour faire le malin, mais pour dire quelque chose de vraiment essentiel à ses disciples. Son acte est alors encore de la théologie, c’est un signe, un geste symbolique, et c’est ce message théologique que tous les chrétiens s’accordent à trouver fondamental.

Des miracles, Dieu en fait tous les jours dans notre vie, et chacun des miracles racontés dans la Bible peuvent encore se produire dans notre vie. Comme le montre le Christ, Dieu peut ouvrir nos yeux (sur la vérité), il peut guérir nos jambes paralysées (nous permettre d’avancer dans notre vie), il peut même nous ressusciter (faire naître en nous une vie nouvelle, si profonde qu’elle est éternelle)…

Et pour nous, après la création de l’univers le miracle le plus sensationnel c’est le Christ. En lui et par lui, Dieu fait entrer le monde dans une ère nouvelle.

1 Jean 1, Jean 9:5, Psaume 27

 

Marc Pernot

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6 réponses

  1. Matthieu dit :

    Bonjour,

    Merci pour cet article. Je suis d’accord pour cette double possibilité de sens figuré et /ou de réalité effective des miracles. Je voudrais seulement proposer quelques interprétations dans le cadre d’une recherche théologique.

    Marche sur les eaux :
    Le fond du lac était peut-être très proche de la surface là où Jésus marchait dans la nuit, et la barque près du bord. La marche sur l’eau était peut-être juste une impression des disciples, comme aujourd’hui l’impression des spectateurs devant un tour de magie. Et Pierre aurait alors mis le pied dans une zone plus profonde (c’était la nuit), juste à côté d’une zone moins profonde où Jésus se tenait. Jésus aurait alors voulu jouer un tour aux apôtres. Après tout on voit bien Jésus répondre à sa mère Marie, « Femme (aujourd’hui on dirait Madame) qui y a-t-il entre nous ? » (Jean 2:4), dire à ses frères qu’il ne monterait pas à Jérusalem pour la semaine des Tentes, pour s’y rendre en secret (Jean 7), chasser les vendeurs du temple avec un fouet et renverser les tables des changeurs (Jean 2:13-15), répondre à la cananéenne de façon imagée mais insultante « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens »… (Matthieu 15:21-26), mentionnant sans doute la conception usuelle à l’époque des Juifs à l’égard des locaux non Juifs, avant de lui offrir la guérison de sa fille, et donc d’annuler cette conception, mais parce que cette femme a la Foi.

    Miracles ou tours de magie ?
    D’une manière générale, à cette époque la science était très peu développée, et les interprétations magiques étaient très répandues. Quelques uns au moins des miracles transmis par le Nouveau Testament pourraient peut-être s’expliquer ainsi : il s’agit d’une interprétation des témoins de la scène, à une époque peu scientifique, d’un phénomène naturel, mais qui a eu l’apparence pour les spectateurs de ce qu’aujourd’hui on appellerait un tour de magie, de prestidigitation… Jésus et certains compagnons ont pu jouer là-dessus.

    Ces miracles qui s’ils ont existé éventuellement, seraient qualifiés aujourd’hui de « tours de magie », peuvent effectivement avoir pu jouer un rôle théologique : voyez, les possibles dépassent ce que vous imaginez… (Ceci rejoint ce que dit Marc : « Son acte est alors encore de la théologie, c’est un signe, un geste symbolique, et c’est ce message théologique que tous les chrétiens s’accordent à trouver fondamental. »).

    *****

    Origine de la vie et origine de l’Univers :

    Autre sujet : par rapport à l’apparition de la vie, il est très probable que la science (exobiologie) l’explique tout bientôt à partir de processus chimiques dans des environnements extrêmes (fumerolles volcaniques dans l’Océan, geysers de boue, …) où l’on trouve aujourd’hui encore des organismes (bactéries ou autres) dits extrémophiles, et/ou via des matériaux liquides et organiques apportés par des comètes et astéroïdes devenus météorites, ou encore découvre des formes de vie (microscopiques) hors de la planète Terre.
    D’après les observations télescopiques des dernières dizaines d’années (depuis 1995 date de l’observation de la première exoplanète hors du système solaire), il y aurait de plus des centaines de milliards de planètes (plusieurs milliers ont été effectivement détectées indirectement voire observées directement selon plusieurs méthodes astronomiques) autour de centaines de milliards d’étoiles dans notre seule galaxie la Voie Lactée, et des centaines de milliards de galaxie (télescope Hubble de la NASA, Very Large Telescope de l’ESA au Chili…). Le James Webb Space Telescop devrait très prochainement être lancé (décembre 2021 ?) et s’il fonctionne correctement, il aura des performances dépassant celles du télescope Hubble : des planètes (peut-être un peu similaire à la Terre) pourront peut-être être observées directement (sur quelques pixels d’imagerie), et leur atmosphère être étudiée, ce qui permettra peut-être d’effectuer un test de détection de la présence de gaz supposés associés à de la vie biologique.

    Tout cela découle in fine des lois physiques.

    Ce qui me paraît miraculeux, c’est qu’en revanche, la science (physique, astrophysique, cosmologie…) ne me paraît pas en mesure d’expliquer un jour l’existence de l’Univers, mais seulement son évolution à partir d’un certain stade. La question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » demeure insoluble scientifiquement il me semble. Question déjà posée (ou reprise) par Leibniz, et reprise par au XXème siècle par Tillich lorsqu’il parle de recherche de la réalité ultime, avec un parallèle entre questionnement philosophique et théologique, et la Foi en l’existence d’une réponse : métaphysique philosophique (dimensions de l’être) ou métaphysique théologique (Dieu personnel).

    Une manière de répondre à cette question avec la Bible est de suivre l’idée de création (pas le détail, mais le principe) en Genèse 1 (Dieu), Proverbes et autres livres sapientiaux de la Bible (la Sagesse était à l’œuvre), Jean 1 (le Logos était à l’œuvre au commencement).

    A partir de ce commencement, les lois de la physique et de la science sont déjà en place ! Ensuite le déroulé de l’évolution de l’Univers peut se mettre en marche, comme la science le décrit et devrait continuer très probablement à améliorer sa description.

    Mais le miracle fondamental (avec les yeux de la Foi) me paraît être dans cette origine de l’Univers physique en la métaphysique. Comme le dit la Bible. L’apparition de la vie en revanche, en est une conséquence très lointaine. C’est extraordinaire, miraculeux au niveau de la puissance de la conception, peut-être miraculeux au sens de la réalisation uniquement si Dieu (la Sagesse, le Logos) continue(nt) d’intervenir dans la création, peut-être de façon indiscernable dans le chaos au sens mathématique et physique du terme : des variations infinitésimales indétectables des conditions initiales entraînent des divergences importantes au bout de quelque temps.

    Qu’en pensez-vous ?

  2. Olivier dit :

    Bonjour,
    Très intéressant.
    Je vous conseil d étudier ce que l’on appel la théologie du procces, peu connu en France hélas.
    Avec des théologiens tels q’Andre Gounele.
    Cordialement

  3. Matthieu dit :

    Bonjour,

    merci, et merci pour cette suggestion concernant la théologie du process(us) et les écrits d’André Gounelle, cela semble bien intéressant. Il faudrait trouver des résumés-introductions à la philosophie du processus et au livre « Process and reality » (Procès et réalité) de Whitehead, que j’avais déjà consulté, et qui m’a paru un peu difficile d’accès.

    Signalons aussi par rapport à la question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » qu’il existe en fait un traitement philosophique dans l’histoire de la philosophie. C’est une question que reprend Paul Tillich (théologien et philosophe) dans son petit ouvrage très intéressant « Religion biblique et recherche de la réalité ultime » (chapitre L’homme à la lumière du personnalisme biblique). Marc a aussi cité cette question en introduction de ses 4 conférences de cette année sur les mythes.
    En reformulant la question, on obtient « Pourquoi quelque chose est-il plutôt que le néant ? », et on peut dire par exemple que le néant n’a pas d’existence, de réalité concrète, et donc qu’il doit exister quelque chose, sans préciser quoi. C’est en résumé succinct la position d’Henri Bergson sur le néant (cf article wikipédia), exprimée dans « L’évolution créatrice » (que je n’ai pas lue), qui a peut-être soit des connexions, soit des parallèles avec la philosophie ou la théologie du processus. Ou encore, Wilhelm Leibniz avait formulé soit dans son « Discours métaphysique » soit dans sa « Monadologie » l’argument « a contingentia mundi », de contingence du monde, c’est-à-dire que l’existence de l’Univers et de réalités contingentes indéterminées dans cet Univers renvoient (si je résume bien dans les grandes lignes) à la nécessité d’une détermination originelle hors d’eux-même ; cela reprend encore la troisième voie des 5 voies de la « Somme théologique » de Thomas d’Aquin (argumentum ex contingentia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Quinque_viae#La_voie_par_la_contingence, Il y a dans l’univers des choses nécessaires qui n’ont pas en elles-mêmes le fondement de leur nécessité. Il faut donc un Être par Lui-même nécessaire qui est Dieu), qui s’appuie lui-même dans ces 5 voies principalement sur les ouvrages « Physique » et « Métaphysique » d’Aristote, dont l’idée de nécessité d’une Cause Première, soit comme stabilisatrice in fine de l’Univers (création continue), soit comme Cause source dans le temps (création passée).

    On a donc soit le jeu sémantique qui dit qu’il existerait quelque chose parce que le néant (compris en un certain sens, pas par tous les philosophes) n’a par définition pas de réalité. Soit l’idée de Cause première, renvoyant à Dieu créateur, au cours de toute l’histoire (processus créatif continu) ou bien principalement au commencement de l’histoire de l’Univers.

    Si l’on veut contourner la problématique du néant, une autre question peut-être plus précise serait alors « Pourquoi l’Univers est-il tel qu’il est ? ». Wilhelm Leibniz pourrait encore répondre avec sa théodicée : parce que cela correspond à la réalisation du meilleur possible (pas forcément un idéal paradisiaque, je pense que Voltaire a fait un contresens dans sa critique de la philosophie leibnizienne de son conte philosophique Candide), voulu par Dieu dans son action créatrice (au « passé simple », ou au « passé composé » incluant le présent, par analogie avec les temps du français). Cette question inclut l’intégralité du questionnement scientifique et du questionnement contemplatif (philosophique, théologique, pratique, artistique…).

    N’est-ce pas là une forme ultime de miracle (création), bien réel ? Une autre forme de miracle étant effectivement l’effet de la Foi, de la Grâce, de l’Amour-agape…

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