Extrait d"un tableau de Spitzweg représentant un bibliothécaire

Des anges, ou seulement des messagers ?

Dans la Bible, on parle seulement de messagers, on dirait aujourd’hui des facteurs ou des émissaires. Ce sont les traducteurs de la Bible qui ont inventé le mot  » ange  » sur la base du mot grec ἄγγελος (angelos) qui veut dire  » messager « . Tout simplement. C’est une simple fonction, pas une nature. Cela change tout, car avec cette façon de traduire, on a fait penser que les anges ne sont que des sortes de bêtes à plumes que Dieu envoie pour nous parler. En réalité, il nous arrive de recevoir une Parole de Dieu directement dans la prière ou grâce à une personne comme vous et moi qui a eu un geste ou un mot qui nous a fait avancer.

L’ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurément,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile…

Dans ce texte de Booz endormi, Victor Hugo exprime la réalité de l’action de Dieu comme quelque chose d’accessible à nos sens. Mais qu’est-ce qu’une photo prise à cet instant aurait conservé de l’événement dont il parle ? Probablement pas grand-chose qui ressemble à l’image d’un ange dans la peinture ou la sculpture classique. L’ange qui est passé à cet instant n’a pas non plus laissé tomber une plume de son aile. Mais faut-il pour autant dire que les anges n’existent pas, qu’ils ne sont que des symboles, ou des personnages mythiques comme les trolls ou les sphinx ? Ce serait vraiment dommage d’écarter ainsi les anges avec un ricanement, car ils sont importants dans la Bible. L’ange est même présent à chaque moment clef de la vie de Jésus selon les évangiles. Un ange annonce à Marie et Joseph la conception de Jésus, un ange est présent à sa naissance et invite les bergers à reconnaître en lui le salut de Dieu, un ange aide Jésus face à la tentation, un ange le fortifie encore dans l’angoisse de la nuit précédant sa mort, et au tombeau deux anges annoncent sa résurrection.

S’intéresser aux « anges », ou à ce qui nous vient de Dieu

Comment se fait-il, alors, que les prédications chrétiennes évitent la plupart du temps de faire référence aux anges, même pour s’intéresser à ce qu’ils évoquent sur le plan théologique ? C’est qu’il y a un danger dans cette notion d’ange. Si l’on considère l’ange comme un être sur-humain mais inférieur à Dieu, c’est vrai que l’on n’est pas loin du polythéisme. L’ange compris comme un messager surnaturel n’est pas très différent du dieu Hermès des grecs, un être intermédiaire entre le grand dieu Zeus et les hommes. Cette idée d’êtres intermédiaires entre Dieu et les hommes est gênante en théologie chrétienne. Nous croyons, nous annonçons que le Christ est la Parole de Dieu faite chair et que Dieu se manifeste directement par son Esprit à l’être humain, que viendraient faire ces sortes de chauves-souris surnaturelles dans notre relation à Dieu ?

Je pense qu’il est donc bon de ne pas en rester à la représentation naïve des anges que nous donne la peinture, et de ne pas garder cette idée d’une catégorie de créatures intermédiaires entre Dieu et l’être humain. Mais il serait dommage de rejeter l’existence des anges, ou d’oublier leur place importante dans la Bible.

Oui, les anges existent.

En grec comme en hébreu, le mot ange ne désigne pas un être particulier, mais une fonction, celle de messager entre Dieu et l’homme, ou entre l’homme et Dieu. Cette fonction nous rappelle à la fois que Dieu est dans une autre dimension que nous, et que la relation est possible, concrètement, réellement, comme les anges se voient et s’entendent. Une manifestation de Dieu est bien plus qu’une simple émotion religieuse, bien plus qu’un simple réconfort moral, bien plus qu’un idéal d’amour et de fidélité. Dieu est cela, mais il est bien plus que cela. C’est ce que rappelle la figure de l’ange. L’ange se manifeste à nos sens, il est vu et entendu, il marche parfois avec les humains et mange à leur table. Cela nous rappelle le caractère concret des gestes que Dieu accomplit pour nous faire passer du néant à l’existence. Dieu n’est pas seulement une idée, mais il effectue un travail. Il crée la vie et il l’augmente en donnant un supplément d’être et de relations. C’est ce que font les anges dans la vie de Jésus, ils sont toujours là au moment clef, ils sont la présence réelle de Dieu qui agit pour donner la vie, le réconfort, la force.

Parfois, nous dit la Bible, Dieu agit par l’intermédiaire d’une personne humaine qu’il motive pour agir en son nom. Cette personne est alors au sens propre un ange, et c’est comme cela que l’appelle la Bible. Mais plus largement nous avons reçu la visite d’un ange de Dieu chaque fois que Dieu nous donne un souffle que nous n’avions pas avant.

La notion d’ange nous invite à nous préparer à accueillir le geste de Dieu pour nous. Bienvenue aux anges de l’Éternel.

En bonus :

cette interprétation claire et géniale de l’ange et du démon par Hergé, dans cet album de Tintin (un des plus touchants). L’ange est notre bonne conscience exprimant la voix de Dieu en nous, celle de notre vocation. Et le démon est la figure de ce qui nous divise, ce serpent qui parle de la Genèse poussant l’homme à choisir comme dieu son propre désir pour écouter sa voix :

Ange et Démon de Milou, extrait d'un album de Tintin par Hergé

 

Marc Pernot

Suite :

Vous pouvez participer au débat en faisant part de vos remarques et questions.

Quelques courtes définitions de mots essentiels de la théologie

Quelques questions de théologie posées par des visiteurs et une réponse proposée
Partagez cet article sur :
  • Icone de facebook
  • Icone de twitter
  • Icone d'email

Articles récents de la même catégorie

Articles récents avec des étiquettes similaires

2 Commentaires

  1. cybermec dit :

    Bonjour,
    comment alors comprendre les échanges relatés dans la bible entre Jésus est les démons, ou encore le rapport entre Jésus et Satan ?

    1. Marc Pernot dit :

      Quand nous sommes titillé en nous par une tentation de faire du mal, on peut dire que c’est démoniaque ou satanique sans pour autant croire que ce serait une sorte de monstre invisible qui serait présent. Dans un sens ce serait trop facile de penser cela, ce serait une façon de nous innocenter. Alors que cette tentation est une dimension de nous-même.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *