15 juin 2018

Éternel – YHWH
La Bible utilise deux termes complémentaires pour désigner le divin : Élohim (Dieu) et YHWH (l’Éternel). Cet article explore la signification profonde de ces mots, révélant comment ils expriment les différentes dimensions de la présence divine, de la puissance créatrice à la tendresse salvatrice. Une approche théologique pour mieux saisir la confession de foi fondamentale qui unit le judaïsme et le christianisme.
Un autre mot pour dire Dieu
Cette personne que l’on appelle Dieu (élohim en hébreu) est appelée aussi d’un autre nom dans la Bible. Ce nom a été révélé par Dieu à Moïse au buisson ardent (Exode 3:14) : YHWH (
Le mot YHWH est bâti sur la racine du verbe être, mais porte à la fois les marques distinctives de tous les temps, c’est pourquoi on pourrait le traduire en français approximativement par » J’étais, je suis, je serai « . Ce nom est important d’un point de vue philosophique : Dieu est le seul qui existe véritablement en tant que tel. Tout le reste est arrivé à l’existence comme une conséquence d’autres choses qui l’ont précédé, comme nous descendons physiquement de nos ancêtres. Dieu, lui, n’est issu de rien d’autre que lui-même, il n’a pas d’ancêtres, il n’en a pas besoin car il est éternel, il est l’être même. L’apôtre Jean traduit assez précisément ce nom de Dieu en grec par « celui qui était, qui est et qui vient » (Apocalypse 1:8).
Comment traduire YHWH
La traduction « l’Éternel » choisie par les humanistes au XVIe siècle en France tente de rendre cette notion de Dieu dans toutes les formes du verbe être. La traduction » le Seigneur » évoque l’idée de quelqu’un qui commande, cette traduction est très ancienne mais cela ne la rend pas plus fidèle, c’est un choix théologique introduit par des théologiens qui préfèrent présenter Dieu comme terrible que comme la source de l’être. Certaines éditions mettent seulement YHWH, ce qui se défend, ou des essais maladroits de prononciation de YHWH : Yahwé ou Jéhovah.
Deux mots pour dire le Dieu unique : Élohim et YHWH
Dans la Bible, les mots » Dieu » et » YWHH » ne sont pas interchangeables. Ils évoquent deux façons dont la même personne, Dieu-YHWH, agit dans le monde :
- Il est appelé Dieu (Élohim) quand il est puissant (je n’ai pas dit « tout puissant »), quand il est créateur. Pour créer, Dieu sépare ce qui est bien de ce qui est mal, il agit pour mettre en valeur le bien, et pour faire reculer le mal, c’est une des spécialités de Dieu, mais ce n’est pas tout…
- Il est appelé Éternel (YHWH) quand il sauve, quand il aime, quand il nous associe à notre propre création. C’est la source de l’être plutôt que la source de l’ordre. On comprend qu’il faille un autre mot, parce que quand il sauve quelqu’un, quand il pardonne, l’Éternel accepte la part de mal qui est en nous (c’est ça, aimer). Et donc en aimant, YHWH se salit les mains, pour ainsi dire, alors que Dieu-Élohim rejette activement le mal.
Le mot Dieu évoque plutôt le côté masculin de Dieu (dans les fonctions traditionnelles du Père chef de famille), l’Éternel évoquerait plutôt le côté maternel de Dieu, avec cette tendresse qu’une maman peut avoir pour son bébé, bien qu’il ne soit pas (encore) capable de grand-chose.
La confession de foi fondamentale
La confession de foi fondamentale de la Bible, dans laquelle apparaît le génie théologique des hébreux, c’est d’avoir compris qu’une seule et même personne est à la fois Élohim et YHWH, qu’il juge et qu’il aime (que son jugement est l’amour) qu’il crée et qu’il sauve (il sauve en poursuivant la création de la personne et des choses). Voilà cette magnifique confession de foi avec Moïse :
« Écoute, Israël, l’Éternel notre Dieu, l’Éternel est Un » (Deutéronome 6:4).
Cette confession de foi est d’ailleurs reprise par Jésus :
Voici le premier commandement : Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu, est l’unique Seigneur, Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée (de toute ta réflexion personnelle), et de toute ta force. (Marc 12 :29)
Chercher à écouter l’Éternel notre Dieu, c’est une réponse intelligente et fidèle à la grâce et la puissance de Dieu-YHWH.

Psaume 133 sur un manuscrit trouvé dans la grotte 11 de Qumran – Le mot YHWH y est calligraphié en hébreu archaïque (encadré en rouge), alors que le reste du texte est écrit en hébreu ancien avec ses lettres carrées que nous connaissons aujourd’hui dans les éditions de la Bible en hébreu. Courtesy of the Leon Levy Dead Sea Scrolls Digital Library, Israel Antiquities Authority (IAA). Photograph: Shai Halevi.
Cet article est extrait de notre dictionnaire des Mots qui piquent (niveau 3), Voir aussi le Petit Dictionnaire de Théologie (niveau 2), les Définitions de base (niveau 1), et les Notions (niveau 4).
Pour aller plus loin sur ce thème
Des pistes de réflexion (Prédications & Méditations)
- Méditation : « Ainsi parle l’Éternel à la maison d’Israël : Cherchez-moi, et vous vivrez ! » (Amos 5:4)
- Méditation : « Célébrez l’Éternel, car il est bon, et sa grâce est pour toujours ! » (Psaume 118:1)
- Méditation : « La grâce et la paix sont à vous par celui qui est, qui était et qui vient ! » (Apocalypse 1:4)
Études
- Semaine de Pâques 3 – Vivre, c’est évoluer : la philosophie du grain de blé (Jean 12:24)
- Bible : Ange de l’Éternel
- Bible – Sabaoth (Tsebaoth), « Dieu des armées »
- Héros Bibliques : 1/5 – Noé : « Comment gérer l’imperfection humaine ? »
Prières
- Éternel, notre Dieu, nous nous ouvrons à ton Esprit
- Avent 14 – Sens des Noms Bibliques et Cheminement Spirituel vers Jésus
Vos questions concrètes
- Dans le Livre de Job le nom de Dieu varie de YHWH à El – Eloha et Shaddaï ? Ce changement fait-il sens ?
- Dans le nouveau testament, Dieu est appelé « le Seigneur » et Jésus et aussi appelé seigneur.. cela ne pose t-il pas une ambiguïté ?
- Dieu peut se remette en question? S’introspecte parfois? Avez-vous des exemples dans la Bible?
- J’ai compris la différence entre Yavé et Eloim mais si j’étais Dieu, ne devrais-je pas être inquiet ? Pourquoi cela ne fonctionne pas si bien ?
- Jean-Baptiste est-il Élie, ou non ? Comprendre le paradoxe entre Jésus et le Baptiste
En écho à ce texte :
-
« La grâce et la paix sont à vous par celui qui est, qui était et qui vient ! » (Apocalypse 1:4)
-
Pourquoi ne prononce-t-on pas le nom de Dieu, YHWH (Jéhovah, Yahvé) ?
-
Bible – Sabaoth (Tsebaoth), « Dieu des armées »

Cher Pasteur, chère vous toutes, déjà merci pour cet échange d’une magnifique richesse.
A vous lire sur le mot YHWH, il me vient à l’esprit le terme utilisé par le peuple Lakȟóta, Wakȟáŋ Tȟáŋka, pour évoquer ce que les missionnaires ont traduit par « Grand Esprit ».
Tȟáŋka signifie grand, immense, important
Wakȟáŋ peut se traduire par sacré, saint, spirituel, mais aussi par mystérieux, incompréhensible, « magique ».
J’aime bien l’idée de « nommer Dieu » Le Grand Mystère aussi 🙂
Bien à vous
Laurence
Chère Laurence
Merci pour cette information.
Il est toujours utile de noter, comme le propose votre traduction, que Dieu est au-delà de tout ce que l’on connaître et dire de lui. Bien sûr.
Pour ce qui est de YHWH, le qualificatif de « grand, immense » correspond à ce que dit « Seigneur », mais je n’aime pas trop cette traduction. Je préférerais l’idée de profondeur, de source, que de hauteur. Peut-être « la source ultime » ou « la source profonde » ?
En ce qui concerne l’Eternel YHWH, il semble que ce Nom a été révélé, en premier, à la Femme Eve – Haoua. Car en Genèse 4/1 elle dit : J’ai acquit un homme, de par YHWH! Là, est un mystère, comment connaît-elle ce nom? Qui est l’entité qui a soufflé à Eve le nom de l’Eternel, si ce n’est le Serpent ? En ce qui me concerne, le Serpent est le maître des deux arbres du milieu du jardin, l’Arbre de vie (des séphiroth) et l’arbre de la connaissance (daat).
En fait, le livre de la Genèse a été écrit au Ve siècle avant Jésus Christ, VIIe siècle avant Jésus-Christ pour les plus anciens récits. Et à cette époque YHWH était déjà vénéré, entre autres.
Voir par exemple les travaux de Thomas Roemer.
Hi I l’urne from a Paster Gordon Kint Peace
In Vancouver BC about 37 years ago that the Name of har heavenly father is YAHOWAH and
The Nam of his son is YAHO-HOSHU-WAH
HOSHU mens = Saviour Sent By at father Yahowah he said I came in my Father’s Nam and You resivd me not an other shall com in is Homme Nam and himm you will Receive witch is Jeses Christ in the Greek = to 600 60 6 how com whit the knoleg you peapels have too day can’t figure out the Nam the proper way is it wanted that way or what?
Interprétation intéressante, mais est-ce bien historico-critique ? 🙂 D’après ce que je retiens des excellents cours en ligne du professeur Thomas Römer au Collège de France, El (Elohim) veut dire dieu en hébreu, du nom du roi des dieux Cananéens (comme Zeus), alors que YHWH est le nom du dieu national d’Israël, comme Athéna est la déesse d’Athènes. « Écoute Israël, il y a plein de conceptions de dieux possibles, mais le tien n’est pas Baal ou Astarté, attention c’est un dieu jaloux : c’est YHWH ! » Puis passage progressif d’un hénothéisme à un monothéisme : « Toutes ces autres conceptions de dieux sont des idoles de bois et de pierre, YHWH est le seul dieu vivant, et Israël son peuple élu ».
Oui, c’est historico-critique. Et j’aime beaucoup les travaux (et la personne) de Thomas Römer.
Cependant l’histoire est longue. Il y a la parenté lointaine de divinités adoptées. Qui peuvent expliquer pas mal de choses. Et il y a ce qu’en font ensuite les peuples, les rédacteurs, et les lecteurs de ces textes, l’herméneutique rabbinique. Cela fait aussi partie de l’histoire de ces textes.
Par exemple, il est effectivement possible que Elohim récapitule un ensemble de divinités, il est possible que YHWH récapitule un couple de divinités, dieu et déesse (avec Ashéra-Astarté). Et que les hébreux aient fusionné le tout en un seul Dieu, avec un esprit fédératif digne de la Suisse. D’ailleurs, le pluriel d’Elohim peut être compris aussi comme évoquant cette récapitulation d’un ensemble de divinité dans le divin. Ensuite, même s’il y a fusion dans un monothéisme, l’un ou l’autre des noms et attributs ne sont pas neutres, chacun ayant une personnalité (en partie due à l’histoire, de son origine à l’usage qui en est fait ensuite), cela permet, même dans le cadre du monothéisme d’évoquer un trait de personnalité du seul Dieu. L’histoire de l’interprétation de ces textes montrent que Elohim exprime plutôt le côté fort de Dieu, et YWWH plutôt le côté tendre, que Shaddaï est plutôt maternel, accouchant et allaitant… C’est ce que l’on peut étudier en examinant les occurrences de ces noms dans le texte de la Bible.