En temps que croyant avons nous le droit de blasphémer Dieu ? Le pire est user de violence au nom de Dieu.

Un bébé qui a l'air en colère, assis sur une nappe de pique-nique dans un parc - Photo by Ryan Franco on UnsplashPar : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur Pernot,

Je suis croyant. Les caricatures religieuses me font mal que ce soit sur les chrétiens ou autres religions. En temps que Croyant avons nous le droit de blasphémer Dieu ? J’étais sur un site protestant, il dit :  » Dans la Bible, le blasphème contre Dieu ne recouvre pas une offense à la divinité, mais un mépris du prochain. Il y a plus de blasphèmes à user de violence au nom de Dieu qu’à dire des propos déplacés à son égard. crimes et les massacres opérés au nom de Dieu sont bien plus blasphématoires que les caricatures d’un film ou d’un journal  » cela ne répond pas à ma question : Avons nous le droit de se moquer de Dieu ? Si on blasphème Dieu pouvons nous Aller en enfer ?

J’aime beaucoup votre site et vos messages me font du bien. Mon père était très sectaire et cela m’a traumatisé. Je suis avec une athée que je ne veux pas Évangéliser. Mais dans ma tête je me dit c’est dommage qu’elle ne soit pas croyante. Pourtant je suis très heureux elle est ouverte et je l’aime. Plus tard quand j’aurai des enfants je n’ai pas Envie de les forcer à être croyant, je veux qu’ils fassent un choix.

Cordialement

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Oui, on a le droit de blasphémer Dieu, de le critiquer, de le refuser, de l’oublier, de parler mal de lui, de se moquer… Il comprend. C’est vrai que ce n’est pas sympa. Cela ne lui fait certainement pas plaisir, mais cela ne le fâche pas contre nous.

En effet, Dieu est à un tout autre niveau d’existence et de conscience que nous. Penser que cela le fâcherait serait vraiment rabaisser Dieu à notre hauteur, ce qui n’est pas juste. Je ne comprends vraiment pas ces intégristes qui pensent défendre l’honneur de Dieu en luttant contre le blasphème. En faisant cela il font vraiment passer Dieu pour un faible petit être qui aurait besoin de notre personne pour le protéger car nosu serions bien plus fort que lui ? Qu’un athée injurie Dieu, c’est normal, mais qu’un croyant rabaisse ainsi son Dieu plus bas que lui-même porte bien plus atteinte à l’image de Dieu aux yeux du monde. C’est une contre publicité assez importante contre Dieu, éloignant des humains de la foi en lui à cause de cela. Hélas. Vous avez raison, il y a plus de tort fait non pas à Dieu mais à l’humanité, en donnant une mauvaise image de Dieu ainsi. Et une image encore infiniment plus mauvaise quand on fait preuve de violence au nom de Dieu.

Pour ce qui est de Dieu, il comprend la personne de toute façon. Dieu a un amour réel et profond pour nous, il a également un haut de degré de compréhension de notre nature humaine, cela permet à Dieu de voir notre blasphème comme un symptôme de notre mal-être. Il ne prend pas cela personnellement. C’est comme quand un enfant a des boutons sur le corps, la maman ne le prend pas comme une injure tournée contre elle, mais elle va comprendre que son enfant a attrapé la varicelle, par exemple, et chercher à l’entourer, le soigner.

Je suis loin d’être certain que mon collègue ait raison quand il affirme que « Dans la Bible, le blasphème contre Dieu ne recouvre pas une offense à la divinité, mais un mépris du prochain. » Peut-être mon collègue veut-il dire par là que Dieu n’est de toute façon pas vulnérable et que la personne à qui l’on fait du tort en blasphémant serait plutôt ceux qui vivent par la foi en ce Dieu. C’est vrai. Mais l’intention du blasphème, le geste de son auteur peut tout à fait s’adresser à Dieu lui-même, contrairement à ce que dit le collègue. Par exemple dans la prière secrète d’une personne fort éprouvée par un drame personnel, il est assez fréquent et normal dirais-je, de passer par un moment de révolte, qui se dirige parfois contre Dieu (selon l’idée que la personne se fait de Dieu et de sa providence). Ce n’est pas juste puisque Dieu n’est jamais derrière une catastrophe qui arrive. Bien entendu. Même si la personne blasphème alors, Dieu comprend. Il est vrai que la Loi de Moïse parle de lapider la personne qui blasphème, cela n’implique évidemment pas d’exécuter une personne disant un blasphème contre Dieu, mais plutôt d’éliminer par des soins ce qui, dans cette personne est en colère contre Dieu.

Ensuite, c’est vrai que cela n’est pas sympa d’injurier la foi d’une autre personne. Et cela ne nous fait pas tellement plaisir. Mais bon. Ce genre d’attitude n’atteint pas ma foi. Cette attitude parle plus de ce qui est dans le cœur de la personne qui cherche à blesser une autre personne en l’attaquant dans une chose qui est très importante pour elle : sa foi, sa théologie, sa religion. C’est un comportement cruel et grossier, voilà tout. Souvent crétin, aussi. Par exemple, je n’irais jamais dire à une personne que c’est ridicule de s’intéresser à des personnes payées des millions pour pousser un ballon dans un filet, car quand elles y arrivent c’est pour l’en sortir aussitôt. Si le foot n’intéresse pas quelqu’un, cela ne lui donne aucune raison de me moquer d’une autre personne que cela ferait fait vibrer. Et puisqu’il y a des millions de personnes que ça passionne, c’est que cela doit bien avoir un intérêt, même si, moi, je ne le vois pas. Penser à cela est une saine humilité. En ce qui concerne la foi, cela devrait au moins être la même chose. Car c’est certainement encore plus profond qu’une simple activité.

Bravo de ne pas ennuyer votre compagne athée. Le respect marche dans les deux sens, évidemment. Vos enfants, si vous en avez, auraient la chance, la grande grande chance d’avoir en même temps un témoignage de foi chrétienne (par vous), un témoignage de réflexion philosophique (j’espère, par votre amie) et un témoignage de respect mutuel qui serai ainsi un vaccin contre une foi sectaire traumatisante.

Dieu vous bénit et vous accompagne
+ Merci pour les encouragements !!!

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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1 réponse

  1. Christophe dit :

    Nous sommes au cœur d’une des mécaniques anthropologiques les plus essentielles des sociétés humaines : la violence et le sacré. Blasphémer c’est transgresser un tabou, le sacré, qui érige la divinité au rang d’intouchable. User de violence, c’est profaner une autre forme de sacralité, celle qui touche à la vie, à l’intégrité et au divin présent en l’humain. Pourtant toutes les sociétés humaines ont utilisé la violence comme moyen de résoudre les crises qui les menacent, comme l’a fort bien exposé René Girard. Seul le christianisme a renversé cette logique, en renversant l’ordre ancien et en révélant l’absurdité du cycle de la violence. Un homme qui se prétend « fils de Dieu » et meurt sur une croix constitue le scandale absolu, le blasphème par excellence, notamment parce qu’il expose l’impasse de toute logique sacrificielle qui s’appuie sur l’illusoire séparation entre l’homme et Dieu. Mais s’il ressuscite, toute cette logique qui appelle plus de violence pour venger la violence subie devient caduque. Renoncer à blasphémer contre tous les sacrés établis, c’est pour les Chrétiens abdiquer face à l’origine de la violence, le mimétisme. Et renoncer au caractère subversif, à la puissance émancipatrice du Verbe et de la Résurrection.

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