A force de spiritualiser l’interprétation des miracles, ne méprise-t-on pas le corps ?

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3 réponses

  1. L'auteur de la question dit :

    Merci beaucoup pour cette réponse très riche ! Désolé, je n’ai pas été très clair sur ce que j’entendais par “manichéen”. Je veux dire par là : “ceux qui considèrent que le monde sensible est mauvais”. Le fait que le protestantisme réformé veuille se débarrasser de toute représentation de Dieu, de tout signe, de rites, n’est-ce pas la manifestation d’un certain dégoût pour la matière (“On ne mélange pas le sacré et la matière”) ? Je sais que les protestants réformés d’aujourd’hui ne sont pas comme ça, qu’ils aiment les images dans les musées par exemple ou qu’ils ne sont pas contre le plaisir, et vous l’avez très bien expliqué dans votre réponse… Mais n’y a-t-il pas une gêne vis-à-vis de la matière quand on ne veut pas s’en servir pour manifester le divin ?

  2. Marc Pernot Marc Pernot dit :

    C’est vrai que le protestantisme est souvent très (trop ?) prudent dans la représentation du divin.

    Cela répond au fait que l’Evangile du Christ, c’est que la “Parole (de Dieu) a été faite chair” (Jean 1:14), que la grâce de Dieu, son souffle créateur, sa bienveillance et sa tendresse s’incarne dans la personne humaine en chair et en os. L’Evangile n’est pas “la Parole a été faite farine et jus de raisin”, ni que la Parole a été faite rite, église et doctrines. Mettre en avant le premier “la Parole a été faite chair” en Christ afin que la Parole s’incarne dans notre chair n’est à mon avis pas une gêne vis à vis de la matière, bien au contraire.

    Alors, d’accord pour mettre en place une pédagogie afin de nous aider à faire précisément que les réalités divines, immatérielles, s’incarnent dans nos êtres et dans nos vies. Que lors de la communion, du pain et du vin viennent représenter le don de Dieu en Christ, que nous soyons invités à le prendre et le manger afin de manifester notre désir que ce don s’incarne en nous, cela me semble pouvoir être favorable à une belle démarche pour certaines personnes qui y seraient sensibles. Le “prenez et mangez ceci est mon corps” de l’institution de la Communion me semble dire cela : qu’en prenant et en mangeant ce qu’incarne le Christ, cela s’incarne en nous, et nous devenons, individuellement et collectivement corps du Christ. Néanmoins, il y a le risque de prendre le symbole pour la réalité. Il y a différentes approches pédagogiques pour rendre compte de cette incarnation du divin dans l’humain. Personnellement, je trouve dangereux quand on présente le pain de la communion comme étant “le corps du Christ” ou “le pain de vie”. Les mots ont un sens, et ce sens influe sur notre conscience, ces mots disent que l’on “la Parole de Dieu a été faite cellulose”, qu’elle s’incarne dans une matière inerte. On a le droit de le penser, mais si on ne le pense pas il vaut mieux ne pas le dire. Pour moi, en suivant l’Evangile selon Jean 6, le pain de vie c’est le Christ, ce n’est pas de la cellulose. Donc, je ne dis pas “le pain de vie” en parlant d’un bout de pain à la communion. Je ne pense pas que ce soit une gêne vis à vis de la matière, mais afin de dire que la Parole s’incarne dans cette matière organisée d’une façon un petit peu particulière qu’est la personne humaine vivante.

    De même pour le baptême, l’eau est pour moi le signe de la grâce et de la bénédiction de Dieu pour la personne telle qu’elle est, bébé ou adulte. Cette grâce manifeste la fin de tout chantage, elle ouvre ainsi une liberté extraordinaire. Une confiance. C’est donc utile de baptiser, c’est un geste qui peut nous aider à prendre en compte cette réalité invisible. Mais l’eau n’est pas l’eau vive, l’eau de la vie éternelle. C’est de l’eau d’Evian, ou de l’eau du robinet ou de l’eau du Jourdain, qu’importe. C’est un signe.

  3. L'auteur de la question dit :

    Merci pour votre réponse ! je crois comprendre mieux.

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