Extrait d"un tableau de Spitzweg représentant un bibliothécaire
Dictionnaire de théologie

Christ – Messie – Oint

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Bien plus qu’un nom propre, le terme « Christ » désigne une véritable fonction spirituelle. Traduction du mot hébreu « Messie » signifiant « Oint », ce titre met en lumière une personne appelée et accompagnée par Dieu pour une mission particulière. Comprendre cette notion permet de saisir la vocation de plusieurs grandes figures bibliques, l’identité de Jésus de Nazareth, ainsi que la dimension universelle de cet appel qui résonne encore aujourd’hui.


Le sens originel : Christ, Messie et Oint

Christ, ce n’est pas le nom de famille de Jésus mais c’est une fonction, comme roi, président ou charpentier. Christ est un mot grec (Christos), qui se traduit en français par Oint, et se dit en hébreu Messie. Dans la Bible hébraïque, un messie (un christ) (avec des minuscules), c’est une personne qui a reçu un sacre, une onction, faisant de lui un serviteur de Dieu, chargé d’une responsabilité particulière (un ministère).

  • Un prophète est chargé d’annoncer le point de vue de Dieu.
  • Un prêtre est chargé de prier Dieu, et de l’adorer.
  • Un roi est chargé d’agir et de gouverner dans ce monde.

L’onction : un appel et une force donnés par Dieu

Cette onction est parfois faite solennellement par un prophète avec de l’huile, comme par exemple pour David, alors petit berger, et devenant ainsi le futur roi David :

« Samuel prit la corne d’huile, et oignit David au milieu de ses frères. L’esprit de l’Eternel saisit David, à partir de ce jour et dans la suite. Samuel se leva, et s’en alla à Rama. » (1 Samuel 16:13)

L’huile est en effet dans la Bible non seulement un signe de sacre (d’envoi en mission par Dieu), c’est aussi un signe de bénédiction par laquelle Dieu nous donne de la force, de la sagesse, et autres qualités nécessaires pour faire notre mission la main dans la main avec Dieu lui-même. C’est utile car bien des personnes qui sont ainsi appelées par Dieu ne se trouvent pas assez compétentes pour la mission (trop jeune comme Jérémie, peu compétent comme Moïse, impur comme Ésaïe…). Avec la mission, Dieu nous donne la force de l’accomplir.

Une onction spirituelle et universelle

Mais cette onction n’est pas toujours faite par un prophète envoyé et guidé par Dieu. Parfois cette onction est donnée directement par Dieu et est plutôt une onction d’Esprit Saint.

  • Un roi complètement païen a reçu l’onction d’après Ésaïe 45:1 « Ainsi parle l’Éternel à son oint, à Cyrus, qu’il tient par la main droite pour terrasser les nations devant lui… « . C’est d’une très très grande ouverture, brisant les jugements que les humains sont rapides à donner sur un critère de croyances, de religion ou de rites. Cyrus n’a pas reçu l’onction d’huile de quiconque, mais une onction d’Esprit Saint directement par Dieu.
  • L’onction peut être donnée par un prophète mais autrement qu’avec de l’huile. Le prophète Élie reçoit cette mission « Tu oindras Élisée […] pour prophète à ta place. » (1 Rois 19:16), Élie le fera en mettant simplement son manteau sur les épaules d’Élisée.
  • Jésus lui-même n’a pas reçu d’onction pour devenir Christ : « Dieu a oint du Saint-Esprit et de force Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu en faisant le bien… » (Actes 10:38)
  • Et nous-mêmes à sa suite, avons reçu l’onction d’Esprit Saint, nous sommes donc chacune et chacun, à notre façon, un ou une christ : « Celui qui nous affermit avec vous en Christ, et qui nous a oints, c’est Dieu ; lequel nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit. (un début de commencement d’Esprit Saint) » (2 Corinthiens 1:21-22)

Distinguer un christ du Christ

C’est ainsi qu’il convient de distinguer un christ (avec une minuscule) du Christ (avec un CH majuscule).

  • Un ou une christ, c’est une personne chargée par Dieu de faire avancer les choses localement pour les gens qui l’entourent.
  • Le Christ (avec un CH majuscule) c’est cela mais d’une façon totalement radicale et universelle.

Pour les chrétiens, Jésus de Nazareth est le Christ. Depuis 2000 ans, des milliards de Juifs et de païens ont effectivement reçu de lui une vie nouvelle. Il est le Prophète ultime, le Grand-Prêtre ultime, et le Roi. Mais il est même plus que cela, il me semble, il est celui par qui toute personne, même la plus simple, est à sa mesure prophète (écoutant et annonçant la Parole de Dieu), prêtre (en priant Dieu) et roi (en agissant dans le monde au service des autres).

Bien des Juifs ont reconnu en Jésus le Christ, à la suite des apôtres, de Marie, et de bien d’autres disciples de Jésus, hommes et femmes, qui étaient tous des Juifs. D’autres personnes du peuple juif attendent encore le Messie.

pasteur Marc Pernot

Cet article est extrait de notre Petit Dictionnaire de Théologie (niveau 2), voir aussi les Définitions de base (niveau 1), les Mots qui piquent (niveau 3), et les Notions (niveau 4).

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2 Commentaires

  1. César dit :

    Cher pasteur,
    Pourquoi dire Jésus-Christ plutôt que Jésus-Messie, Jésus-Oint/Roi ou Jésus-Sauveur ? Est-ce par rapport à une volonté d’universalisation via le grec, un lien avec la Septente ? Le terme a-t-il le même sens dans l’ancien testament et dans l’ancien ?
    (Merci encore et désolé de toutes ces questions car je vous ai envoyé des questions il y a une semaine)
    Mes salutations amicales

    1. Marc Pernot dit :

      Vous avez raison, on utilise le mot grec, Christ, plutôt que le mot hébreu, Messie. Mais c’est exactement la même notion. Pourquoi alors utiliser le mot « Christ » ? c’est d’abord dû au fait que le Nouveau Testament a été écrit en grec. Mais c’est plus qu’un hasard de l’histoire : l’adoption de cette langue à l’époque fait partie de l’ouverture de l’Évangile à toutes les nations. En effet, le grec était la langue commune au monde l’époque. D’ailleurs, bien des juifs de ce monde ne connaissaient plus l’hébreu, mais seulement le grec, c’est pourquoi la Bible hébraïque qui a été traduite en grec dès -300. Cette ouverture à toutes les nations remonte elle-même à loin, elle était déjà contenue dans la promesse donnée à Abraham en Genèse 12. Ensuite, c’est le Messie, donc le Christ, qui accomplit ces promesses de bénédiction pour toutes les nations. Et comment les bénir, leur apporter l’Évangile, si on ne parle pas leur langue ?

      Alors pourquoi ne pas traduire le mot Messie en français « Oint » plutôt que de garder la transcription du mot grec Christos ? C’est vrai qu’en français nous avons une difficulté avec le mot « oint » qui est difficile à entendre et prononcer. Mais de toute façon ce serait un mot trop général, parlant de n’importe quelle personne qui a reçue une onction, comme les rois à Saint-Denis ou à Aix-la-Chapelle. Le fait de garder le mot « Christ » montre qu’il s’agit de quelque chose de plus spécifique. Il s’agit d’une vocation unique dans l’histoire de l’humanité qui consiste à apporter la bénédiction et donc le Salut de Dieu à toute personne de tout peuple de toutes les époques. C’est pourquoi il a été choisi de garder ce mot technique « Christ » pour rendre ce côté unique et spécifique de la mission dont nous pensons que Jésus a hérité, et s’est merveilleusement saisie.

      Vous avez raison, on pourrait dire Jésus Sauveur avec un S majuscule. Mais cela ne renverrait pas précisément aux promesses de la Bible hébraïque qui sont effectivement importantes pour comprendre quel type de Salut on peut attendre de ce Christ, de Jésus.

      Mais l’essentiel n’est pas tant dans la façon dont on appelle la mission que Jésus a remplie. L’essentiel, c’est plutôt le rapport que, nous, nous aurons avec Jésus, et voir si effectivement il change quelque chose à notre façon de vivre et d’espérer.

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