17 novembre 2019

Soren Kierkegaard - dessin
Foi

Seigneur Jésus-Christ, puissions-nous devenir contemporains de toi (Søren Kierkegaard)

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Dans cette méditation, le philosophe et théologien danois Søren Kierkegaard (1813-1855) établit notre rapport au sacré en développant l’un des concepts phares de sa pensée : la contemporanéité avec le Christ. Pour Kierkegaard, la foi ne saurait se réduire à un héritage culturel, à un savoir académique ou au simple souvenir nostalgique d’un événement révolu. La foi implique une exigence bien plus radicale : celle d’abolir l’écart des siècles pour se tenir aujourd’hui même face à Jésus, dans l’instantanéité d’un choix personnel et existentiel.

En priant pour saisir le Sauveur non pas dans une gloire abstraite, mais dans le paradoxe de son abaissement terrestre — « signe de scandale » pour la seule raison humaine —, Kierkegaard nous confronte à la dimension de la grâce. Et cela change tout. À travers la relecture de l’appel du Christ (« Venez à moi, vous tous qui peinez »), il met en lumière un amour si absolu qu’il renverse toutes les logiques : un Dieu qui ne se contente pas d’attendre l’homme, mais qui vient au-devant de sa misère.

Un texte puissant, à la fois intime et incisif, qui invite le lecteur à vivre la foi comme un saut au cœur du présent.

Par : pasteur Marc Pernot

Du philosophe Søren Kierkegaard (1813-1855), cette méditation sur le Christ :

Cela fait dix-huit siècles que Jésus marchait sur cette terre; mais il ne s’agit pas assurément d’un événement parmi d’autres événements qui d’abord, une fois passés, passent dans l’histoire, et qui ensuite, passés depuis longtemps, passent dans l’oubli. Non, sa présence ici, sur la terre, ne deviendra jamais quelque chose de passé, ni donc quelque chose de plus en plus passé – si toutefois la foi se trouve sur la terre; car si elle ne s’y trouve pas, alors oui, à ce moment-là, cela fait bien longtemps qu’il a vécu. Aussi longtemps au contraire qu’il y aura un croyant, il faudra bien également, pour qu’il le soit devenu, qu’il ait été et qu’il soit, comme croyant, contemporain de sa présence, exactement comme ses contemporains; cette contemporanéité est la condition de la foi, et plus précisément déterminée, c’est la foi.

Seigneur Jésus-Christ, puissions-nous aussi, de la même manière, devenir contemporains de toi, te voir sous ta véritable apparence et dans le milieu de la réalité, comme tu cheminais sur la terre. Et non pas te voir sous l’apparence d’un souvenir vain et muet, ou plein d’un enthousiasme irréfléchi, ou plein de causeries historiques t’ayant déformé. Car cette apparence n’est alors pas celle de l’abaissement dans laquelle t’a vu le croyant, et qu’il n’est pas possible qu’elle soit celle de la gloire où personne ne t’a vu encore.

Puissions-nous te voir comme ce que tu es, comme tu fus et comme tu seras jusqu’à ton retour dans la gloire: comme signe de scandale et objet de la foi. de toi. L’homme de peu pourtant sauveur du genre humain et rédempteur, qui par amour vint sur terre pour chercher ceux qui étaient perdus, pour souffrir et mourir et pourtant préoccupé – hélas! à chaque pas que tu fis sur terre, chaque fois que tu appelais les égarés, chaque fois que tu étendais ta main pour produire un signe et un miracle, chaque fois que, sans bouger ta main, sans défense, tu endurais l’opposition des hommes – de devoir répéter encore et encore : bienheureux celui qui ne se scandalise pas de moi. Puissions-nous te voir ainsi et puissions-nous alors ne pas devoir nous scandaliser de toi.

Venez à moi, vous tous qui peinez et qui ployez sous le fardeau,
je vous donnerai le repos.

Oh! Chose étrange! chose étrange que celui qui doit apporter le secours,
que celui-là soit celui qui dit: Venez!
Quel amour!

C’est déjà avec amour que l’on peut aider, aider alors celui qui implore de l’aide;
mais proposer de soi-même le secours!

Et le proposer à tous!

Oui, et précisément à tous ceux qui ne peuvent secourir à leur tour!

Le proposer, non, le crier, comme si le sauveteur était lui-même celui qui avait besoin de secours, comme si pourtant il était aussi, lui qui veut et qui peut aider tous les hommes, en un sens celui-là même qui est dans le besoin, au point qu’il en ressente le besoin, et ainsi qu’il ait besoin de secourir, qu’il ait besoin de ceux qui souffrent pour les secourir.

Søren Kierkegaard,
L’école du christianisme (Exercice en Christianisme), tome 17 des œuvres complètes, p.7

 

À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la notion de Christ – Messie – Oint, voir l’article dédié dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.

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