nature morte avec sablier, livre, clef et fleurs - Photo de Nathan Dumlao sur https://unsplash.com/fr/photos/LPRrEJU2GbQ
Foi

Quatre propositions & trois prières sur le temps

Par : pasteur Marc Pernot

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1ère proposition : Dieu est éternel, mais pas intemporel

Dieu est éternel, mais cela ne veut pas dire qu’il soit hors du temps. Il est éternel car il existe certainement depuis toujours (sinon il faudrait qu’il y ait quelque chose de plus ancien que lui qui l’ait créé, et c’est cette réalité qui serait Dieu). Il est aussi éternel car il est et sera toujours. Mais Dieu n’est pas pour autant intemporel. Il agit dans le temps, il lui faut du temps pour créer, et il est très patient. C’est pourquoi la Bible ressemble plus à une collection de livres d’histoire qu’à une bibliothèque de théologie, de philosophie ou de religion.

Si nous nous intéressons tant à Jésus-Christ, c’est pour son message, sans doute, mais c’est surtout parce que le Christ est un acte de Dieu pour nous. Ce que Dieu réalise en Christ est tout à fait sans précédent. Quand Dieu intervient c’est pour toujours pour créer quelque chose de neuf, l’histoire bascule donc à cet instant, il y a un avant et un après qui n’est pas la simple conséquence de que qui précédait. C’est pourquoi notre temps ne tourne pas en rond comme les saisons, grâce à Dieu notre temps n’est pas comme le temps des cerises qui revient chaque année. Mais chaque instant de l’histoire humaine est unique.

Dieu intervient dans l’histoire. Il tient compte de la situation présente pour réagir. Puis son action se déploie dans le temps. C’est ce que montre, par exemple, le récit de la création dans la Genèse. Même Dieu a besoin de temps pour créer. D’autant plus que, lui, a le temps (c’est le moins que l’on puisse dire), il est patient et cela vaut mieux puisqu’il a choisi de créer plutôt par la persuasion que par la violence.

Les actes de Dieu dans l’histoire nous montrent un peu qui il est, d’où l’importance de transmettre la mémoire de ses actes et de réfléchir sur cette mémoire de génération en génération. Nous pouvons contribuer à constituer ce trésor en poursuivant la réflexion sur cette mémoire et en témoignant de l’action de Dieu dans notre temps.

Dieu change le cours de l’histoire. Mais l’histoire change Dieu, aussi. C’est ce que montre bien des pages de la Bible même si cet aspect est souvent oublié, malheureusement. Dieu n’est pas immuable comme un lingot d’or, mais il est vivant et il est en relation avec le monde. Il avance, il écoute, il regarde, il aime, il tient compte de nos choix et de nos espoirs. Dieu évolue ainsi au cours du temps, tout en restant fidèle à lui-même, bien sûr. La Bible nous dit même que Dieu regrette parfois quelque chose qu’il a fait et qu’il se convertit (par exemple au déluge ou avec Jonas).

 

2 ème proposition : Il y a un temps opportun (le kairoV)

Pour souligner l’importance de cette notion de temps opportun, les théologiens ont souvent la coquetterie d’employer le mot grec καιρός (kaïros). Cette notion est fondamentale pour la théologie chrétienne puisque le temps est sans cesse nouveau, comme nous venons de le voir, les moments ne sont pas égaux. Une chose bonne à un moment donné peut être impossible à réaliser une autre fois, elle peut aussi être mauvaise à un autre moment. Tout est une question de circonstance, d’adéquation entre l’instant et l’action. C’est ce que développe l’Écclésiaste avec sagesse : Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux… (Eccl. 3)

Dans notre vie également, le temps ne tourne pas en rond comme les saisons dans la nature. Chaque année, chaque journée est particulière. Et quand nous prenons une décision, grande ou minuscule, nous changeons le cours de l’histoire.

Le Kaïros par excellence, le juste moment entre tous, c’est celui où Dieu a donné son Fils comme sauveur du monde. À cet instant précis, Dieu ouvre une ère nouvelle, celle de la grâce et de la fidélité. Depuis cet moment-là nous ne sommes plus dans un temps ordinaire mais dans la fin des temps. C’est pourquoi les auteurs du Nouveau Testament parlent souvent au présent de la venue du Royaume de Dieu, il est à la fois déjà là et encore en train d’advenir et nous l’habitons déjà.

Il nous appartient de suivre le Christ, c’est-à-dire de comprendre le temps présent et de savoir ce qu’il est opportun de faire à cet instant, en ce kaïros, pour que notre action soit bonne et pour que notre parole soit une parole décisive. Cela demande de l’attention pour ceux qui nous entourent et pour notre monde. Cela demande aussi une conscience éclairée pour voir les réalités de plus haut, comprendre leur histoire et espérer un futur. L’aide de Dieu est absolument irremplaçable pour donner ainsi une dimension prophétique à notre liberté.

 

3 ème proposition : L’éternité, c’est maintenant ou jamais.

Vous connaissez sans doute l’histoire de ce barbier astucieux qui avait mis à demeure dans sa vitrine cette annonce publicitaire : demain on rase gratis, toujours demain, et donc jamais.

Dans la Bible, la vie éternelle n’est pas seulement une question de vie future, dans l’au-delà, après la mort de notre corps. La vie éternelle est pour tout de suite, c’est notre temps ordinaire qui reçoit une dimension d’éternité par la bénédiction de Dieu.

Jésus dit : celui qui écoute ma parole et qui croit à celui qui m’a envoyé, celui-là a la vie éternelle (au présent, c’est-à-dire dès maintenant), il ne va pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie (déjà passé de la mort à la vie, déjà ressuscité). Paul dit l’amour ne meurt jamais, Jean dit que celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui (éternellement, donc). Jean 5 :24 1 Corinthiens. 13, 1 Jean 4:16

Cette idée d’éternité dans notre temps n’est pas une idée théologique abstraite pour se rassurer à bon compte face à la brièveté de notre temps sur terre. Le temps est une notion très relative pour nous. Il y a des gens qui n’ont jamais le temps de rien faire et des gens occupés qui trouvent toujours du temps. Il y a des minutes qui durent des siècles et des dizaines d’années qui s’envolent en un souffle. Il y a aussi le temps qui passe et il y a l’éternité qui est une dimension bien réelle de notre temps.

Il y a donc une urgence, l’urgence de vivre le temps avec cette dimension-là, celle de l’éternité. Le jour du repos proposé par les dix commandements est un exercice qui nous est donné pour faire place à cette éternité. On peut avoir l’impression de perdre son temps en cessant, un jour par semaine, de produire sans pour autant chercher à « se distraire ». Mais c’est tout l’inverse. Cela nous permet de sanctifier le temps, nous dit la Bible, c’est-à-dire de prendre la mesure de la qualité du temps qui nous est donné quand il est transformé par la bénédiction de Dieu, éternisé par Dieu.

Je connais des personnes qui ont traversé une maladie grave ou un accident et qui ont maintenant un autre rapport avec la vie, avec le temps et avec les autres. Leur témoignage est précieux. Nous n’avons pas besoin d’avoir la malchance de telles catastrophes pour vivre le temps que Dieu nous donne en sachant y recevoir l’éternité dès maintenant, l’éternité de la bonté toute simple, de l’espérance et de la foi.

 

4 ème proposition : Le temps est notre allié

Nous avons parfois l’impression que le temps est notre ennemi, qu’il nous use comme l’érosion de la mer sur la côte. Il est possible de voir, au contraire, le temps comme une chance. Même si notre être extérieur se détruit, nous dit l’apôtre Paul, notre être intérieur se renouvelle de jour en jour. C’est pourquoi, nous regardons, non pas aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles ; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles…. C’est pourquoi nous marchons par la foi et non par la vue, et nous sommes pleins de confiance. 2 Corinthiens 4:16…

Le temps est une chance, nous dit Paul, si nous mesurons la réalité dans sa dimension spirituelle et pas seulement dans sa dimension matérielle. C’est possible en ne marchant pas seulement par la vue mais par la foi. Il est bon, nous dit-il, de racheter le temps Éph 5:16 c’est-à-dire de lui faire subir cette transformation que le Christ opère en nous pour nous racheter, comme un esclave est racheté pour avoir la liberté et la vie. Il est bon de racheter le temps, de le convertir, comme nous convertissons de vieux francs pour faire de belles choses toutes neuves. Sauvons le temps en recherchant, par-dessus tout, le Royaume de Dieu et sa justice.Mat 6:33

Marc Pernot

Et trois prières

Psaume 39:4-7

Éternel !
dis-moi quel est le terme de ma vie,
Quelle est la mesure de mes jours;
Que je sache combien je suis fragile.

Voici,
tu as donné à mes jours la largeur de la main,
Et ma vie est comme un rien devant toi.
Oui, tout homme debout n’est qu’un souffle.

Pause.

Oui, l’homme se promène comme une ombre,
Il s’agite vainement;
Il amasse, et il ne sait qui recueillera.

Maintenant, Seigneur,
que puis-je espérer ?
En toi est mon espérance.

David, roi d’Israël,
1004-965 avant Jésus-Christ

À chaque instant

Toi qui nous as aimés le premier, ô Dieu,
nous parlons de toi
comme si tu ne nous avais aimés le premier
qu’une seule fois, dans le passé.

En réalité, c’est tout au long des jours
et tout au long de la vie,
que tu nous aimes le premier.

Quand nous nous éveillons le matin
et que nous tournons notre âme vers toi,
tu nous devances, tu nous as aimés le premier.

Si je me lève avant l’aube
et tourne, vers toi, à la même seconde, mon âme et ma prière,
tu me devances, tu m’as aimé le premier.

Quand je m’écarte des distractions,
et recueille mon âme pour penser à toi,
tu es encore le premier.

Pardonne-nous, ô Dieu, notre ingratitude :
ce n’est pas une fois
que tu nous as aimés le premier
c’est à chaque instant de notre vie.

Sören Kierkegaard,
philosophe et théologien protestant, danois, né en 1813

 

La prière de l’artisan

Mon Dieu,

Apprends-moi à bien user du temps que tu me donnes pour travailler et à bien l’employer sans rien en perdre.
Apprends-moi à tirer profit des erreurs passées sans tomber dans le scrupule qui ronge.
Apprends-moi à prévoir le plan sans me tourmenter, à imaginer l’œuvre sans me désoler si elle jaillit autrement.
Apprends-moi à unir la hâte et la lenteur, la sérénité et la ferveur, le zèle et la paix.
Aide-moi au départ de l’ouvrage, là où je suis le plus faible.
Aide-moi au cœur du labeur à tenir serré le fil de l’attention.
Et surtout comble toi-même les vides de mon œuvre.

Dans tout labeur de mes mains,
laisse une grâce de toi
pour parler aux autres
et un défaut de moi
pour me parler à moi-même.

Garde en moi l’espérance de la perfection,
sans quoi je perdrais cœur.
Garde-moi dans l’impuissance de la perfection, sans quoi je me perdrais d’orgueil.

Purifie mon regard : quand je fais mal, il n’est pas sûr que ce soit mal et quand je fais bien, il n’est pas sûr que ce soit bien.

Enseigne-moi à prier avec mes mains,
mes bras et toutes mes forces.

Rappelle-moi
que l’ouvrage de ma main t’appartient
et qu’il m’appartient de te le rendre
en le donnant.

Rappelle-moi
que si je fais par goût du profit, comme un fruit oublié, je pourrirai à l’automne;
que si je fais pour plaire aux autres,
comme la fleur de l’herbe, je fanerai au soir.
Mais si je fais pour l’amour du bien, je demeurerai dans le bien.

Et le temps de faire bien et à ta gloire,
c’est tout de suite.

Par un bâtisseur de cathédrale
anonyme du XIIe siècle

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