
L’amour de Dieu dans l’Évangile : est-ce vraiment du donnant-donnant ?
Certains passages de l’Évangile donnent parfois le sentiment que le pardon et l’attention de Dieu sont soumis à des conditions. Cet article propose un éclairage sur ces textes souvent mal compris, en distinguant ce qui relève des conséquences naturelles de nos actes d’une hypothétique punition divine. Une réflexion qui permet d’aborder la notion de justice divine sous l’angle de la guérison et de la grâce.
L’amour de Dieu paraît-il conditionnel dans la Bible ?
Bonjour Marc,
Il y a toujours un truc qui me gêne en lisant certains passages de l’Évangile : on a un peu l’impression dans certains que c’est du donnant-donnant. Dieu pardonne si tu pardonnes. Dieu te juge comme tu juges l’autre.
Donc l’amour de Dieu ne paraît pas totalement inconditionnel comme on le dit parfois. Qu’en pensez-vous ? Que vous inspirent ces passages ? Comment les interprétez-vous ? J’ai parfois l’impression qu’on cherche à trouver des significations symboliques pour nous rassurer. Mais finalement ce ne sont que nos interprétations ? Certains les utilisent pour donner une image de Dieu effroyable loin de l’Évangile, mais si on occulte tout… On édulcore peut-être un peu ce qui nous gêne ?
Merci pour vos éclaircissements.
Une justice divine basée sur le soin, non sur la rétribution
Chère Sandrine,
Je suis absolument convaincu qu’il n’y a pas une once de donnant-donnant en Dieu. C’est du pur amour inconditionnel. Et sa justice n’est pas la rétribution, mais c’est une attention de père ou de mère qui cherche le meilleur pour son bébé, qui redouble même de soin pour lui quand il ne va pas afin de l’aider à progresser.
Mais :
1. La réalité du chaos dans le monde
La vie est parfois vraiment injuste, elle, c’est vrai : offrant généreusement des catastrophes à une personne innocente. C’est le cas par exemple de cet aveugle-né que Jésus guérit : cette infirmité n’était évidemment pas du donnant-donnant, c’est dû au chaos qui existe dans la nature.
2. Les conséquences de nos actes face à la grâce
La vie fonctionne parfois selon la loi du donnant-donnant en nous faisant subir les fruits bons ou mauvais de ce que nous faisons et de ce que font les autres autour de nous. Quand on fait n’importe quoi, ou quand on fait une bêtise, cela fait du mal, ce n’est pas la volonté de Dieu, au contraire. Ce n’est pas envoyé par Dieu pour nous punir, au contraire, il va chercher à faire son possible pour que victimes et coupables puissent chacun avancer.
Quand on parle de l’aide de Dieu comme de la lumière, c’est afin de nous permettre de voir plus clair dans notre vie sur ce qui est une plus ou moins bonne chose à faire. Si nous choisissons le pire et que ça fait des dégâts, c’est malgré la volonté de Dieu. Mais c’est comme ça, comme l’eau est mouillée et le feu brûle. Dieu ne nous abandonne pas pour autant : au lieu du donnant-donnant, c’est : « Là où le péché a abondé, la grâce surabonde. » comme le dit Paul (Romains 5:20). Car Dieu ne cesse jamais de prendre soin de nous et de notre avenir, que nous soyons ou non responsables du mal qui nous arrive ou du mal que nous avons fait autour de nous.
3. La joie comme fruit naturel de l’amour
Ensuite, c’est vrai que si l’on s’ouvre à Dieu, nous sommes alors au bénéfice de la joie d’être en relation avec lui. Ce n’est pas du donnant-donnant, là aussi c’est un simple état de fait. Ce n’est pas que Dieu ne veut pas me donner de la joie quand nous lui tournons le dos, bien sûr que si, mais si la joie est d’aimer, quand je n’aime pas, le manque de joie n’est pas une punition divine, c’est simplement une conséquence.
C’est vrai dans nos amitiés, c’est vrai aussi de l’amour de Dieu. Et quand nous haïssons notre prochain, ce n’est pas que ça fâcherait Dieu, cela le soucie sans doute, mais ce vinaigre que nous avons alors dans le cœur nous fait souffrir, ce n’est pas une punition divine, c’est un symptôme et Dieu est le médecin de notre âme.
C’est de cela, je pense, que parlent les textes des évangiles.
Comprendre les passages bibliques qui « grincent »
C’est ainsi, je pense, que l’on peut comprendre vos deux passages qui grincent et qui piquent :
Le blocage du pardon (Matthieu 6:15)
« Si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » (Matthieu 6:15).
On sait par ailleurs que Dieu aime et donc qu’il donne son pardon, Il aime même ses ennemis, nous dit Jésus (Matthieu 5:44-48). Mais quand on est soi-même dans une logique du donnant-donnant, quand on pense sincèrement que la vengeance est normale et juste, on a soi-même du mal à vivre le pardon gratuit de Dieu. Mais ce n’est pas Dieu qui est alors coincé, c’est nous. Dieu, lui, ne va pas cesser d’essayer d’attendrir notre cœur et de nous ouvrir à une autre façon d’être et de réagir, celle de l’amour.
Le jugement comme un soin de l’âme (Matthieu 7:2)
De même pour « On vous jugera du jugement dont vous jugez. » (Matthieu 7:2). Contrairement à ce que l’on dit parfois, « le jugement de Dieu » est un soin qui vient nous purifier de ce qui ne va pas en nous : c’est un soin qui est si bon, si bénéfique pour nous aujourd’hui, il est à vivre dans le temps présent. C’est un travail que nous faisons avec Dieu dans la prière quotidienne.
Mais si notre idée de la justice est la brutalité, l’exclusion et la punition, la torture… comment vivrons-nous ce temps avec Dieu de la prière ? Dans la crainte de Dieu qui nous fera rentrer dans notre coquille pour nous protéger de lui ! Lui qui ne cherche qu’à nous soulager. Au contraire, si nous sommes dans des sentiments de douceur et de bienveillance, nous serons naturellement plus ouverts à l’Esprit de Dieu travaillant en nous pour nous aider à être plus en forme et plus élevés. Mais dans tous les cas, Dieu ne cesse de travailler pour changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair, en cœurs qui aiment (Ézéchiel 36:26).
Dieu vous bénit et vous accompagne avec tendresse dans tous les cas.
En écho à ce texte :
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Pourquoi l’Eglise a-t-elle autant fondé l’autorité de Dieu sur la crainte ?
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Dieu punit-il vraiment ? Ce que la Bible révèle sur son amour
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Le pardon dans l’Évangile : entre libération du passé traumatique et fin de la culpabilité

Merci beaucoup pour cette réponse. J’avoue que je suis parfois un peu perdue. Je sais qu’il ne faut pas tout prendre au pieds de la lettre et on tombe dans les fanatismes les plus fous avec des propos qui donnent une vision terrible de Dieu et qui massacrent notre Foi. Votre approche m’éclaire
beaucoup mais quand je lis certains textes, ça me pose questions sur ce qu’on interprète .
Bonne journée Marc. Merci encore.
Oui, je pense qu’il faut trier un peu dans nos sources. Eviter les sites et les réseaux nocifs, anxiogènes, haineux, sectaires. Nous concentrer sur ce qui a un bon esprit. Dans la vie comme en numérique, il est bon de soigner ses fréquentations.
Dieu vous bénit et vous accompagne