Pourquoi l’Eglise a-t-elle autant fondé l’autorité de Dieu sur la crainte ?

illustration - statue représentant un ange souriant http://www.flickr.com/photos/8545333@N07/2674149375

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Cher pasteur pasteur Marc Pernot,

Je suis déjà venue vous rendre une petite visite, et comme l’adresse est excellente, je me permets de revenir avec une nouvelle petite question !

Voilà ce qui me chagrine. Je découvre en moi ce Dieu qui n’est qu’Amour, et cela est source d’émerveillement et d’une joie infinie.

  • Pourquoi alors l’Église a-t-elle autant travaillé à fonder l’autorité de Dieu sur la crainte ? Pourquoi chercher à fonder l’autorité parentale sur l’autorité de Dieu  » désobéir à ses parents c’est désobéir à Dieu » disait un prêtre lors de son homélie. Je crois avoir lu de telles choses chez Paul.
  • Et surtout, si l’amour de Dieu est infini, cela signifie qu’il nous aime de manière inconditionnée. Sinon, ce n’est plus de l’amour, mais une forme de chantage. Son Amour est tellement grand que Dieu en Jésus Christ est capable d’aimer même ses ennemis. Je trouve que cela est formidablement bien dit dans le film des hommes et des Dieux de Xavier Beauvois.

Cela signifie que nous recevons tous gratuitement l’amour de notre Père : même « vivant » dans le péché( 1); même les non-baptisés(2); même ceux qui ne croient pas en lui (3), parce que la liberté ( de ne pas croire) qu’il nous accorde est une marque de sa bonté. Il nous laisse venir à lui.

Des passages dans la Bible semblent contredire mes points 1,2,3; et pas seulement dans l’Ancien testament.
Par ex, je lis en ce moment L’Évangile selon Saint-Jean que j’aime beaucoup. Il me semble que dans certains passages, il est dit que seul « celui qui croit peut bénéficier de la vie éternelle… »  » celui qui croit en Lui n’est pas jugé, mais celui qui ne croit pas est déjà jugé » Jean 4.9.18

Pour ma part, je tâche de comprendre les choses ainsi : Dieu ne nous récompense pas de le louer en nous donnant la vie éternelle ( Son amour ne serait plus un don mais un échange); mais bien plutôt : en répondant à l’Amour de Dieu, nous en sortons comme grandi. Cet Amour produit des effets, il nous change véritablement; en ce sens il nous « guérit ». Ces effets ne sont donc pas des récompenses décidées a priori. La vie éternelle, c’est donc aussi cette porte qui s’ouvre ici et maintenant, et qui nous ouvre vers l’amour du prochain en Dieu.

Merci si vous avez le temps de m’apporter votre éclairage, qui est pour moi très appréciable.

Pensées fraternelles

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Je reprends votre beau témoignage et vos importantes questions dans l’ordre :

Pourquoi alors l’Église a-t-elle autant travaillé à fonder l’autorité de Dieu sur la crainte ?

Parce que de tout temps, le pouvoir est une des grandes tentations. Cela est bien exprimé dans l’Évangile, d’ailleurs, Jésus lui-même étant tenté de mettre ses dons au service de son pourvoir personnel (Luc 4). Cette ivresse du pouvoir personnel s’exprime dans tous les milieux possibles, évidemment, et donc certains l’expriment dans le cadre de la religion. Avec un succès certain, car ce domaine est très sensible, comme vous l’exprimez très bien à travers votre propre expérience, touchant à ce que nous avons de plus intime, de plus vital.

Et la menace est un levier redoutablement efficace. Elle a été très utilisée par ceux qui veulent tenir le peuple sous leur coupe.

C’est vrai qu’il existe des versets de la Bible que l’on peut utiliser en ce sens. Il est bien entendu possible de faire de ces passages une autre lecture que celle-ci, il suffit de partir du principe de base que Dieu est amour pour trouver facilement des interprétations qui ne fonctionnent pas sur le registre de la menace. Mais pour celui qui, au contraire, cherche à bien « ternir » les fidèles sous sa coupe, c’est du pain béni.

Si l’amour de Dieu est infini, cela signifie qu’il nous aime de manière inconditionnée. Sinon, ce n’est plus de l’amour, mais une forme de chantage. Son Amour est tellement grand que Dieu en Jésus Christ est capable d’aimer même ses ennemis. Cela signifie que nous recevons tous gratuitement l’amour de notre Père : même « vivant » dans le péché( 1); même les non-baptisés(2); même ceux qui ne croient pas en lui(3), parce que la liberté ( de ne pas croire) qu’il nous accorde est une marque de sa bonté. Il nous laisse venir à lui.

Je suis parfaitement d’accord avec vous sur ce point, bien entendu.

Comment lire alors les passages du genre « celui qui croit a la vie éternelle… celui qui ne croit pas est déjà jugé » ? Votre lecture du jugement comme une simple conséquence de notre façon de vivre est à mon avis pertinente. Celui qui s’ouvre à la source de la vie est vivant et de plus en plus vivant. Celui qui ne boit pas à la source a bien soif, devient fiévreux et peut en mourrir. Et cela malgré l’amour de Dieu. J’ajouterais que si l’on part du principe manifesté en Christ que Dieu aime et aimera toujours chaque personne individuelle, on peut comprendre que le jugement entre le juste et le méchant ne consiste pas à sélectionner des personnes (soit en fonction de leur performances soit « à la tête du client »), mais ce jugement traverse chaque personne pour l’aider. Ce n’est donc pas « celui qui… » mais « ce qui, en chacun de nous…  » est gardé ou éliminé. Le jugement de Dieu n’agit pas comme une sélection de telle ou telle personne, comme à l’entrée de l’école polytechnique, mais le jugement de Dieu, comme vous le dites très bien, ce jugement c’est l’amour. Comment Roméo juge-t-il Juliette ? Il garde ce qu’il y a de mieux dans sa Juliette, il ne retient pas contre elle ce qui est moins bon ou mauvais en elle, mais il espère l’aider à progresser, à devenir meilleure de jour en jour.

Cette lecture d’un jugement de Dieu comme amour me semble une évidence quand on voit Jésus agir, et cela nous conduit à interpréter des passages qui ont pu être exploités pour menacer les populations en une belle promesse, celle d’un salut que Dieu nous donne, nous aidant à être libéré de ce qui en nous est source de mort, laissant s’épanouir ce qui est meilleur en nous, et développant encore ce meilleur.

Voir par exemple ces documents sur ce site :

Vous dites ensuite :

Dieu ne nous récompense pas de le louer en nous donnant la vie éternelle ( Son amour ne serait plus un don mais un échange); mais bien plutôt : en répondant à l’Amour de Dieu, nous en sortons comme grandi.

Tout à fait d’accord, encore. Comme vous le dites, l’amour est sans chantage. La question n’est donc pas celle de l’amnistie (Dieu de toute façon nous aime et nous aimera au maximum ». Cela n’a donc aucun sens, à mon avis, de prier Dieu pour le salut de mon père décédé, comme si Dieu avait besoin d’être convaincu de l’aimer un peu plus, ou de faire plus pour lui !

Mais comme vous le dites aussi très bien : la prière, le culte, la lecture de la Bible, l’ouverture du cœur à l’autre… favorise une ouverture à l’Esprit de Dieu, c’est ainsi, de fait :

  • une ouverture au jugement de Dieu (qui est donc une bénédiction, une service qu’il nous apporte, un soin),
  • c’est une ouverture à la dynamique d’évolution de Dieu qui attendrit notre cœur, éclaircit notre vue, assouplit notre nuque, délie nos membres, élève notre être et lui permet non seulement de tenir un peu plus debout et d’avancer, mais d’être plus créatif…

Il y a donc, oui quelque chose qui est de l’ordre de la guérison mais c’est aussi plus que cela, c’est un supplément de création.

C’est pourquoi nous ne sommes plus sous la crainte devant Dieu, comme le disent les apôtres :

Et nous, nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous,
et nous y avons cru.

Dieu est amour
et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu,
et Dieu demeure en lui.

La crainte n’est pas dans l’amour,
mais l’amour parfait bannit la crainte,
car la crainte suppose un châtiment,
et celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour.

Pour nous, nous l’aimons,
parce qu’il nous a aimés le premier.

1 Jean 4:16-19

Certainement, les despotes religieux et les sectes en tout genre tremblent d’indignation quand ils entendent cette théologie enracinée dans l’assurance de l’amour de Dieu. Comment ? Vous n’imaginez quand même pas que Dieu pourrait vous sauver en dehors de notre église, de notre tradition ? Sans notre autorité, sans nos indications, avec une théologie différente de la nôtre ? Sans nos rites, nos sacrements ?

Et bien oui, pourquoi pas ? puisque Dieu est amour.

Et si nous l’aimons ce sera par joie de l’aimer, ce ne sera pas parce que nous aurions peur de lui. Car « l’aimer » ainsi ce serait encore un calcul égoïste de notre part, ce ne serait donc pas de l’amour.

Et si nous faisons allons à l’église, c’est pour la joie de débattre avec d’autres personnes, chercher avec d’autres, chanter Dieu avec d’autres…

Amitiés fraternelles

pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

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