La bénédiction est bien plus qu’une simple formule religieuse. En explorant ses racines grecques et hébraïques, cet article révèle comment elle associe l’expression d’une bienveillance profonde à une force créatrice de vie, de liberté et d’alliance au quotidien.
Dire du bien
En français, comme dans les autres langues latines et en grec, bénir signifie littéralement « dire du bien ». C’est déjà formidable que Dieu pense du bien de nous, c’est encore plus qu’il nous bénisse en disant du bien de nous. Ça fait un bien fou. Il nous le dit au plus profond de nous et nous le captons parfois par surprise, sinon en nous ouvrant à lui par la prière, il nous le dit par les promesses contenues dans la Bible, par les paroles du culte… Il nous dit sa grâce éternelle, son pardon, sa joie de nous voir exister et vivre, il nous dit que nous sommes son enfant bien-aimé, il nous dit de ne pas avoir peur : tels sont les témoignages contenus dans la Bible à travers bien des textes et récits. Et cela, il le dit à chacun de nous personnellement, individuellement (Voir en Nombres 6:23-27) où la bénédiction is donnée au singulier)
C’est une bonne idée de nous-mêmes bénir, en ce sens, les personnes de notre entourage (même si ce n’est pas nécessairement dit sur un ton religieux ni avec le nom de Dieu, c’est à sentir en fonction de notre interlocuteur). Bénir cela commence en pensant du bien de la personne, cela se poursuit en disant le bien que l’on pense d’elle.
C’est une bonne idée de bénir son Dieu par une prière de louange et en témoignant du bien qu’il nous fait. Cela nous recentre sur le meilleur et la source du meilleur.
Faire du bien
Mais en hébreu, la langue de la première partie de la Bible, bénir signifie encore bien bien plus que « dire du bien ». Ce serait plutôt faire du bien : la bénédiction de Dieu, c’est le don de la vie, du bonheur et de la paix. Bénir, c’est donner la vie, et c’est donner du sens à la vie, compter sur l’autre. C’est pourquoi la bénédiction de Dieu est en général associée à une vocation qu’il adresse à la personne afin qu’elle apporte quelque chose au monde par sa personne, sa créativité, sa lumière.
Bénir une personne, c’est lui souhaiter que Dieu l’aide à se développer et à s’épanouir pleinement et à rayonner autour d’elle.
Bénir Dieu, c’est lui laisser de la place dans notre existence, c’est le laisser s’exprimer en nous, créer en nous ces dimensions nouvelles que sont la foi, l’espérance et l’amour.
Quand on dit la bénédiction de Dieu sur une personne ou sur un groupe de personnes, on accompagne souvent les paroles de bénédictions tirées de la Bible par un geste de la main comme ouverte en direction de la personne. Ce geste très ancien d’imposition des mains rappelle bien que par sa bénédiction, Dieu est en train de créer la personne.
Apporter la paix, et établir une articulation avec l’autre
Pour comprendre ce qu’est profondément la bénédiction dans la culture de la Bible, il est bon de noter que le mot bénir en hébreu se dit « barakh » (בָּרַךְ, racine b-r-k), mot que nous connaissons en français pour dire l’agenouillement du chameau (on dit que le chameau baraque quand il arrive à l’étape pour se reposer du trajet) : en réalité le mot français est passé par la langue arabe, cousine de l’hébreu, et il s’agit de la même racine que dans l’hébreu « bénir ». Effectivement, la bénédiction vise à faire que la personne soit bien dans sa vie, c’est lui permettre de se reposer enfin comme à une étape, et se préparer à la suite de la vie. La bénédiction vise cela : souhaiter à la personne d’atteindre la pleine réalisation de son être.
Et donc, effectivement, le mot bénédiction en hébreu signifie en même temps « le genou » (berekh בֶּרֶךְ), cette articulation précieuse qui nous permet de nous tenir debout et de marcher, de courir, de cheminer même par-dessus des obstacles. Cela nous indique un sens très profond de la bénédiction : elle est à la fois un attachement (comme dans le genou avec les ligaments croisés) tout en laissant à l’autre sa liberté de mouvement, avec souplesse : c’est ensemble alors que les deux membres articulés ainsi peuvent « marcher ». C’est exactement ce que cherche à tisser la bénédiction de Dieu avec nous, appelant, si possible, notre propre bénédiction donnée à Dieu : c’est alors une véritable alliance entre Dieu et nous, sans aliénation, Dieu restant Dieu, et nous restant (voire devenant) nous-mêmes. Et ça marche alors formidablement bien.
Là aussi, nous pouvons être en articulation avec d’autres personnes par une bénédiction mutuelle : c’est établir un lien d’attachement souple, cette volonté de s’articuler à l’autre en le laissant être lui-même. C’est bien, amis, en appelant cela une bénédiction, c’est alors une façon de compter sur Dieu pour créer, maintenir et encore embellir cette alliance humaine. C’est une saine humilité et une merveilleuse ambition. C’est ce genre de liens qui prennent sens quand des parents, parrains et marraines font baptiser leur enfant, quand deux fiancés se marient… par exemple.
Cet article est extrait de notre Petit Dictionnaire de Théologie (niveau 2), voir aussi les les Définitions de base (niveau 1), les Mots qui piquent (niveau 3), et les Notions (niveau 4).
Pour aller plus loin sur ce thème
Des pistes de réflexion (Prédications & Méditations)
- Prédication : Comment bénir une personne que l’on aime ? (Livre des Nombres 6:22-27 ; Évangile selon Luc 15:3-7)
- Prédication : La bénédiction du Dieu du chiffre 7 (Évangile selon Luc 1:39-56)
- Prédication : Je suis comblé de chances : comment le vivre ? (Marc 10:23-29 ; Matthieu 6:9-13 ; 1 Corinthiens 13)
- Prédication : Ne vous sentez pas contraint de pardonner, cela vient comme une bénédiction
- Méditation : Tous nos vœux de bénédiction ? En préparant nos cartes traditionnelles, cette formule m’interroge.
- Méditation : L’Éternel dit « Je vous sauverai et vous serez bénédiction… » (Zacharie 8:13)
- Méditation : « L’Éternel dit à Abram : Va… tu seras bénédiction » (Genèse 12:1)
- Méditation : « J’ai mis devant toi la vie et la mort, choisis la vie afin que tu vives. » (Deutéronome 30:19)
- Méditation : « Vous les bénirez en disant : Que Dieu te traite comme Ephraïm et comme Manassé ! » (Genèse 48:20)
- Méditation : « Avec nous seront grâce, miséricorde, paix, de la part de Dieu… » (2 Jean 1:3)
- Prière : « Amène la paix, le bonheur, la bénédiction, la vie, la grâce et la miséricorde » (prière juive de la Amida)
- Prière avant le repas : une bénédiction inspirée de la tradition juive
- Prière : La bénédiction de mes prières inexaucées








Bénédiction Bénis sois-tu
Et que de dire de l’expression « Bénis sois-tu ! » en s’adressant à Dieu. Cf à la fin d’une prière de Lyta Basset (On dit que tu ns parle mais je n’ai jamais entendu ta voix….). Bien sûr on peut comprendre…
mais l’expression est bien plus souvent comprise et utilisée dans le sens recevoir la bénédiction… Dommage.
Alors donner à Dieu une bénédiction… . On comprend….
En hébreu y-a-t-il l’utilisation de cette expression dans les deux sens ?. probablemnet que oui…
Oui, en effet, « bénir » en hébreu est de la racine du mot « genou ». Bénir, c’est s’articuler sincèrement avec l’autre. Une articulation est faite d’attachement, et de souplesse, laissant à l’autre la liberté de son propre mouvement. Il en est ainsi entre Dieu et nous. Il est donc excellent que la bénédiction soit dans les deux sens. Dieu nous bénit certainement, la question plus délicate est de savoir si nous-mêmes bénissons Dieu, un peu, moyennement, beaucoup ou passionnément. Si nous le considérons comme un employé, ou si nous le considérons comme un ami… Le bénir c’est cela, et c’est ce qui permet alors d’avancer, grâce à cette bénédiction mutuelle.