Je recherche une définition de « apophatisme » et de « apocatastase »

gravure représentant Origène (d'après le livre du XVIe siècle "Les vrais pourtraits et vies des hommes illustres grecz, latins et payens")

Origène (185 – 253)

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour,

En fait, je suis étudiante et dans le cadre de mon travail, je recherche une définition de « apophatisme » et de « apocatastase », je sais qu’ils ont une connotation religieuse mais je n’arrive pas à leur trouver un sens, ils ne sont dans aucun dictionnaire que j’ai consulté. Connaissez-vous vous leur définition ? En vous remerciant de votre éventuelle soutient et en tout cas de votre écoute.

Cordialement

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Ah que vous me faites plaisir ! Ce sont deux de mes notions préférées en théologie !

Apophatique

Une théologie apophatique ou théologie négative cherche à dire qui est Dieu en préférant dire ce qu’il n’est pas plutôt que de dire ce qu’il est. C’est une excellente idée à la fois humble ce qu’il faut et néanmoins ambitieuse. Pourquoi cette drôle d’idée ?  C’est que si l’on pense (comme en général les chrétiens) que Dieu est seul de son espèce, tout terme appliqué à lui est impropre. Car notre langage est emprunté à la description de ce monde. Pour Dieu il faudrait inventer d’autres mots qui ne s’appliqueraient qu’à lui.

Par exemple :

  • Même quand on dit que Dieu est amour, comme dans la 1e lettre de Jean, c’est ce qu’il a trouvé de plus approchant, mais cela reste relativement impropre, puisque nous ne pouvons faire autrement que de penser la notion d’amour dans le contexte des amours humaines. Or l’amour dont Dieu nous aime est par nature particulier.
  • Par contre, si l’on dit que Dieu n’a pas de haine conter la personne humaine c’est plus exact. Cela dit simplement là où Dieu n’est pas sans l’enfermer dans une définition trop étroite pour lui.

Le plus connu des théologiens de cette sensibilité est Maître Eckhart (au XIIIe-XIVe siècle) et Jean Scot Érigène au IXème siècle.

Leur humilité en théologie leur vient souvent d’un goût prononcé pour la mystique, pour l’expérience de Dieu dans la prière et la contemplation.

Même si l’on n’est pas strictement apophatique, ne parlant de Dieu qu’en disant ce qu’il n’est pas, il me semble que cette attitude du théologien apophatique est assez juste. Il me semble que c’est ainsi que l’on peut être croyant : en articulant la mystique et la théologie. À la fois en laissant la place à la prière, à la fois en faisant passionnément de la théologie et de la philosophie, avec humilité, sachant que nos formules théologiques ont des limites, et qu’il convient donc de les relativiser. C’est bien car cela laisse la place à un vrai dialogue avec les autres.

Apocatastase

C’est l’idée que toute créature de Dieu sera en définitive guérie, restaurée par Dieu (apokathistemi en grec = restaurer). Cela veut dire qu’en définitive, toute personne sera sauvée par Dieu. L’œuvre de Dieu n’est donc pas de sélectionner les uns pour le salut et les autres pour la damnation (horrible notion). Mais l’œuvre de Dieu consiste à restaurer chaque personne, la chercher, la trouver, la soigner, la restaurer, la faire grandir, l’éclairer, lui donner de la force…

Le magnifique théologien et commentateur de la Bible Origène a été accusé de soutenir le salut universel, ce qui est plutôt mal vu dans les églises qui veulent bien encadrer leurs fidèles. En effet, la menace des peines éternelles et la promesse de délices éternelles est un très efficace moyen de propagande et de manipulation.

En fait, je suispersonnellement d’accord avec l’apocatastase.

Amicalement

pasteur Marc Pernot

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