
Faut-il vraiment aimer Dieu ? Et Jésus a-t-il vraiment dit « ceci est mon corps » ?
Faut-il vraiment aimer Dieu, et pourquoi ? Et Jésus a-t-il pu réellement dire « ceci est mon corps, ceci est mon sang » ? Un pasteur explore ces deux questions avec liberté : le sens figuré de la Cène dans la culture juive de l’époque, et la possibilité de croire en un Jésus profondément humain sans que cela exclue la foi.
Question posée :
Bonjour Monsieur le Pasteur,
J’ai deux questions qui me taraudent en ce moment.
La première :
Pourquoi faudrait-il aimer Dieu ?
Pourquoi Dieu demande-t-il qu’on l’aime ?
La deuxième :
Jésus devait très certainement être un rabbin. Comment a-t-il pu dire « ceci est mon sang », « ceci est mon corps » ? J’ai de gros doutes.
Cela me paraît rajouté bien plus tard.
Je ne sais si Jésus est Dieu, je le vois mal se reprocher à lui-même de s’être abandonné sur cette croix infamante.
Cependant, pourquoi pas. Mais je crois que je préfère un Jésus homme, humain, capable de « monter au charbon » alors qu’il se sait foutu et qu’il va s’en prendre plein la tête.
Il faut pour le moins beaucoup de courage, et peut-être s’être perdu d’amour « fou », pour se laisser massacrer comme ça.
J’admire Jésus, l’homme. Jésus-Dieu… je ne sais pas, mais je crois que non.
Merci à vous d’avoir fait ce site.
Cordialement.
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir Monsieur,
Pourquoi faudrait-il aimer Dieu ?
Ce que signifie vraiment « aimer Dieu »
D’abord, il me semble utile de remarquer que le verbe « aimer », ici, ne signifie pas avoir des sentiments, mais quelque chose comme : s’intéresser à, tenir compte de.
Trois raisons d’aimer Dieu
- Je dirais que, pour pouvoir manger de bons fruits, il est une bonne idée d’aimer l’arbre. Premièrement.
- Ensuite, Dieu est pour nous plus qu’une source, il est une aide, un secours, un accompagnement. Avoir une bonne relation régulière de confiance apporte énormément.
- Enfin, l’être humain est appelé à être créatif dans ce monde, personnellement, librement. La question est de coordonner toutes ces individualités, c’est ce que nous essayons de faire par l’intelligence et la compassion, mais Dieu serait un peu comme une personne avec une vision plus globale et plus élevée, cherchant à éclairer les consciences des uns et des autres afin de mieux nous coordonner, pour que les chantiers principaux puissent avancer, et si possible que pas une seule personne ne soit oubliée dans un coin sans secours.
Ensuite, ce n’est pas vraiment un « il faut aimer Dieu », mais plutôt « il est bon et agréable d’aimer Dieu ». C’est ce que disent bien des personnes que j’ai rencontrées, et cela a changé leur façon de voir la vie et leur place dans ce monde.
Cela dit, oui, je pense que vous avez raison, je pense que Dieu espère qu’on l’aimera. Mais à vrai dire, tout ce que l’on dit sur la façon dont Dieu penserait est un peu schématique, car Dieu est une toute autre sorte d’être que nous.
Je ne suis pas certain que Dieu ait besoin d’amis, au sens où nous avons besoin d’être aimés. Peut-être. Il semble qu’il soit un être de relations. Et il a lancé un projet difficile en créant des êtres capables de liberté et de création. Cela peut tout à fait mal tourner, et ça tourne mal parfois. Cela ne peut marcher que s’il y a un peu d’entente, de coordination dans l’équipe, et en particulier avec lui. On peut donc penser que Dieu espère que nous établirons ces liens de confiance avec lui, et des liens de compassion et de respect entre nous. Mais c’est là encore une façon de parler bien trop humaine de ce qui est d’un autre ordre.
Concernant Jésus, la chair et le sang et sa nature ?
Une formation biblique, théologique et philosophique
Je pense que vous avez raison, Jésus avait sans doute une formation biblique et théologique assez soutenue. L’évangile selon Luc nous le présente à 12 ans en train de discuter avec des théologiens à Jérusalem. Il me semble qu’il avait aussi une formation philosophique non négligeable, tant il y a d’affinités avec les philosophes présocratiques, par exemple.
Parler au sens figuré, par métaphore, images et paraboles, n’était pas du tout rare ou inhabituel, ni dans la littérature grecque (par exemple l’Odyssée, qui était étudiée à l’école), ni dans la Bible hébraïque et son interprétation à l’époque de Jésus (étudiée à la synagogue).
Le sens figuré de « ceci est mon corps »
Il me semble que Jésus a pu dire cela, oui : « prenez et mangez mon corps, ma chair ». D’autant plus qu’en hébreu, le mot « chair » est le même que le mot « évangile (bonne nouvelle) ». Le sens figuré est donc facile à comprendre : il n’est bien évidemment pas question que ses auditeurs lui mordent le bras pour arracher un bout de steak tartare. Cette phrase est à lire au sens figuré, comme le fait de manger sa façon d’être et son évangile. L’expression qui consiste à manger la parole, manger les Écritures, se trouve déjà dans la Bible de l’époque de Jésus (Ézéchiel 3.1-3), dans le sens d’assimiler ces paroles, non pas de les adopter comme des dogmes ou des lois, mais de les digérer, de les intégrer à notre propre être, pour qu’elles nous rendent plus en forme, plus vivants, plus aimants, plus enthousiastes et confiants en Dieu…
Ensuite, c’est vrai que la rédaction des évangiles s’est faite sur une génération, de 30 à 85 peut-être, et qu’il y a donc certaines paroles qui sont des mots de Jésus lui-même, et d’autres, des récits qui ont été composés par les témoins de Jésus afin de rendre compte de ce qu’ils ont reçu de lui par ses gestes, sa façon d’être, ou qui condensent son enseignement.
Jésus homme ou Jésus Dieu : une liberté de penser
Penser que Jésus est un homme humain génial, pris d’un amour fou pour ce monde et pour les humains, est tout à fait légitime. Que d’autres pensent que Jésus serait Dieu, ou qu’il serait « vrai Dieu et vrai homme », cela leur appartient, mais ne vous oblige pas à penser la même chose. Si jamais une personne, croyant bien faire peut-être, vous disait qu’un chrétien est « bien sûr » obligé de croire ceci, ou de ne pas penser cela… l’attitude de cette personne manifesterait son intolérance, et il n’est pas nécessairement utile de discuter avec une personne intolérante (c’est fatigant et cela met une mauvaise ambiance). Il est possible de répondre : oui, on peut penser cela, je comprends.
Quant à Dieu : il vous bénit et vous accompagne.
Bravo pour votre questionnement, vos réflexions, votre sincérité.
En écho à ce texte :
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Besoin d’amour, de liberté. Où se place Dieu dans tout cela ?
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Dieu se soucie-t-il de nous ? Comment fait-il pour nous aimer encore alors que nous détruisons tout ce qu’il a construit ?
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Vouloir comprendre peut être néfaste pour trouver la paix intérieure, qui me lie à l’amour de Dieu
