Pourquoi faudrait-il aimer Dieu ? Est-ce que Jésus a pu dire « ceci est mon sang » « ceci est mon corps » ?

Par : pasteur Marc Pernot

jeune femme regardant un coucher de soleil dans la campagne - Image par Free-Photos de Pixabay

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur le Pasteur,
J’ai deux questions qui me taraudent en ce moment.

La première:
Pourquoi faudrait – il aimer Dieu?
Pourquoi Dieu demande t-il qu’on l’aime?

La deuxième:
Jésus devait très certainement être un rabbin. Comment a t il pu dire « ceci est mon sang » « ceci est mon corps ». J’ai de gros doutes.
cela me parait « rajouté bien plus tard.
Je ne sais si Jésus est Dieu, je le vois mal se reprocher à lui-même de s’être abandonner sur cette croix infamante.
Cependant pourquoi pas. Mais je crois que je préfère un Jésus homme, humain capable de « monter au charbon » alors qu’il se sait foutu et qu’il va s’en prendre plein la tête.
Il faut pour le moins beaucoup de courage et peut être s’être perdu d’amour »fou » pour se laisser massacrer comme ça.
J’admire Jésus, l’homme. Dieu… je ne sais pas mais je crois que non.

Merci à vous d’avoir fait ce site.

Cordialement.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir Monsieur

Pourquoi faudrait – il aimer Dieu?

D’abord, il me semble utile de remarquer que le verbe « aimer » ici, ne signifie pas avoir des sentiments, mais quelque chose comme : s’intéresser à, tenir compte de.

  • Je dirais que, pour pouvoir manger de bons fruits, il est une bonne idée d’aimer l’arbre. Premièrement.
  • Ensuite, Dieu est pour nous plus qu’une source, il est une aide, un secours, un accompagnement. Avoir une bonne relation régulière de confiance apporte énormément.
  • Enfin, l’être humain est appelé à être créatif dans ce monde, personnellement, librement. La question est de coordonner toutes ces individualités, c’est ce que nous essayons de faire par l’intelligence et la compassion, mais Dieu serait un petit peu comme une personne avec une vision plus globale et plus élevée, cherchant à éclairer les consciences des uns et des autres afin de mieux nous coordonner, et que les chantiers principaux puissent avancer, et si possible que pas une seule personne ne soit oubliée dans un coin sans secours.

Ensuite, ce n’est pas vraiment un « il faut aimer Dieu », mais plutôt « il est bon et agréable d’aimer Dieu ». C’est ce que disent bien des personnes que j’ai rencontrées. Et que cela a changé leur façon de voir la vie et leur place dans ce monde.

Cela dit, oui, je pense que vous avez raison, je pense que Dieu espère qu’on l’aimera. Mais à vrai dire, tout ce que l’on dit sur la façon dont Dieu penserait est un petit peu schématique, car Dieu est une toute autre sorte d’être que nous.

Je ne suis pas certain que Dieu ait besoin d’amis, au sens où nous avons besoin d’être aimé. Peut-être. Il semble qu’il soit un être de relations. Et il a lancé un projet difficile en créant des êtres capables de liberté et de création. Cela peut tout à fait mal tourner et ça tourne mal parfois. Cela ne peut marcher que s’il y a un petit peu d’entente, de coordination dans l’équipe, et en particulier avec lui. On peut donc penser que Dieu espère que nous établirons ces liens de confiance avec lui et des liens de compassions et de respect entre nous. Mais c’est là encore une façon de parler bien trop humaine de ce qui est d’un autre ordre.

Concernant Jésus, la chair et le sang et sa nature ?

Je pense que vous avez raison, Jésus avait sans doute une formation biblique et théologique assez soutenue. L’évangile selon Luc nous le présente à 12 ans en train de discuter avec des théologiens à Jérusalem. Il me semble qu’il avait aussi une formation philosophique non négligeable tellement il y a des affinités entre les philosophes présocratiques, par exemple.

Parler au sens figuré, par métaphore, images, et paraboles n’était pas du tout rare ou inhabituel dans la littérature grecque (par exemple l’Odyssée qui était étudié à l’école) que dans la Bible Hébraïque et son interprétation à l’époque de Jésus (étudiée à la synagogue).

Il me semble que Jésus a pu dire cela, oui, prenez et mangez mon corps, ma chair. D’autant plus qu’en hébreu, le mot « chair » est le même que le mot « évangile (bonne nouvelle) ». Donc le sens figuré est facile à comprendre, il n’est bien évidemment pas question que ses auditeurs lui mordent le bras pour arracher un bout de steak tartare, de là cette phrase est à lire au sens figuré comme de manger sa façon d’être et son évangile. L’expression qui consiste à manger la parole, manger les écritures se trouve déjà dans la Bible de l’époque de Jésus (Ezéchiel 3:1-3), dans le sens d’assimiler ces paroles, non pas de les adopter comme des dogmes ou des lois, mais de les digérer, de les intégrer à notre propre être, qu’elles nous rendent plus en forme, plus vivant, plus aimant, plus enthousiaste et confiant en Dieu…

Ensuite, c’est vrai que la rédaction des évangiles s’est faite sur une génération, de 30 à 85 peut-être, et qu’il y a donc certaines paroles qui sont des mots de Jésus lui-même et des paroles, des récits qui ont été composés par les témoins de Jésus afin de rendre compte de ce qu’ils ont reçu de lui par ses gestes, sa façon d’être, ou qui condensent son enseignement.

Penser que Jésus est un homme humain génial et pris d’un amour fou pour ce monde et pour les humains est tout à fait légitime. Que d’autres pensent que Jésus serait Dieu, ou qu’il serait « vrai Dieu et vrai homme », cela leur appartient mais ne vous oblige pas à penser la même chose. Si jamais une personne, croyant bien faire peut-être, vous disait qu’un chrétien est « bien sûr » obligé de croire ceci, ou de ne pas penser cela… l’attitude de ce chrétien manifesterait son intolérance à lui, et ce n’est pas nécessairement utile de discuter avec une personne intolérante (c’est fatiguant et met une mauvaise ambiance). Il est possible de répondre : oui, on peut penser cela, je comprends.

Quant à Dieu : il vous bénit et vous accompagne.

Bravo pour votre questionnement, vos réflexions, votre sincérité.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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