À quoi sert de vivre en famille si nous mourons un jour et tout abandonner après ma mort ?

Par : pasteur Marc Pernot

Les Peanuts : Un jour, chacun de nous mourra, Snoopy. C'est vrai, mais tous les autres jours, nous vivrons.

Charly Brown et Snoopy contemplant un bord de mer :
Charly Brown : Un jour, chacun de nous mourra, Snoopy.
Snoopy : C’est vrai, mais tous les autres jours, nous vivrons.

Question d’un visiteur :

Bonjour
Pourquoi Dieu m’a t il crée?
Pourquoi il m’a donné une famille s’il sait qu’un jour je vais mourrir et tout abandonner tout après ma mort?
Parfois j’ai peur de mourrir et laisser ma petite fille et ma femme?
Est ce qu’on est vraiment obligé de vivre en famille?

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir Monsieur

Bravo pour votre questionnement profond, mettant l’existence humaine en perspective. Bravo pour l’esprit de responsabilité qui vous anime. Bravo d’intégrer Dieu à ce questionnement.
Toutes ces qualités sont non seulement très utiles mais essentielles (à mon avis) pour effectivement vivre sa vie d’une bien belle façon, quelles que soient les circonstances.
C’est vrai que notre vie en ce monde est courte entre notre naissance et notre mort. D’autant plus qu’il faut une trentaine d’année pour arriver à être (à peu près) adulte (dans le meilleur des cas, j’en ai 62 et j’ai l’impression parfois qu’il serait temps que je grandisse un peu plus…)
La brièveté de la vie et le fait que quittions ce monde en devant tout abandonner : cela est effectivement digne de nous faire réfléchir. Mais comment ?
  1. Ça peut désespérer de la vie ?
  2. Au contraire, cela peut faire sentir l’urgence de vivre et de valoriser chaque journée comme précieuse, chaque rencontre comme unique, et les moyens dont nous disposons comme étant à investir de la plus belle des façons possibles…
Franchement, je trouve la 2ème façon de considérer la brièveté de notre vie me semble plus belle et plus vraie que la première.
La première façon de considérer notre existence est comparable à l’attitude d’un homme qui enverrait sa Maserati à la casse parce qu’elle ne peut pas voler comme un avion ni l’amener sur la lune comme une fusée.
Ensuite, est-ce bien certain que l’on meure en abandonnant tout à notre mort ? Ce n’est pas exact.
  • C’est vrai que l’on n’emporte pas ses possessions matérielles, mais elles restes, elles, sur terre. Si nous avons aidé une personne, si l’on a réjouit d’un cadeau, peint un tableau, cette beauté et cette joie a construit quelque chose, a changé le monde.
  • J’ai perdu mon père il y a 10 ans, je n’ai pas l’impression qu’il a « tout abandonné » à sa mort puisque quelque chose de lui vit en moi, très profondément.
  • Personne n’en sait rien mais il n’est pas impossible qu’il en soit de même pour mon père, et que lui aussi garde vivant actuellement l’amour dont il a aimé et l’amour dont il a été aimé ? Cela me semble plausible.
Mais au delà de l’utilité de ce que nous avons pu ainsi construire, il y a la beauté. Nous sommes une œuvre d’art, notre existence même. Que penser d’une personen qui, en regardant une peinture de Van Gogh ou le Cervin se détachant sur le ciel se détourne en disant : « bof, ça ne sert à rien » ? C’est vrai que cette personne serait manifestement passée à côté de la valeur de l’existence même de ces objets.
Même une rose perdue au fond d’une steppe où personne ne va jamais, par son existence même cette rose a embelli le monde et a donc une vraie dignité, une valeur. C’est ce que dit le grand mystique du  XVIIe siècle Angélus Silésius dans le plus célèbre de ses quatrains :

« La rose est sans pourquoi,
Elle fleurit parce qu’elle fleurit,
N’a d’elle-même aucun soucis,
Ne demande pas : suis-je regardée ? 
»
Le pèlerin chérubinique I, 289

Pourquoi Dieu vous a-t-il créé ?
  • Au moins comme cette rose : juste parce que votre existence même embellit le monde. Peut-être pour telle ou telle personne, pour le monde lui-même. Et en tout cas pour Dieu.
  • Ensuite, la personne humaine n’est pas comme un moulin à café pour avoir un usage bien défini. Nous ne naissons pas avec une fonction imposée, ni pour un but prédéfini. Cette indétermination fait partie de la beauté, de la grandeur mais aussi de la difficulté de l’existence humaine. Cela dit, vous m’avez l’air d’être une personne qui a la chance de ne pas être dénuée de talents et de profondeur. Vous êtes équipé pour faire face à ce défi, de façon toute personnelle. Et là encore, la foi et la réflexion sont à mon avis les deux jambes sur lesquelles nous avançons dans ce domaine. La théologie et la philosophie d’un côté, de l’autre : la prière pour ouvrir chaque journée, la regarder comme une chose précieuse, et la clore par la prière.
Bien sûr que la mort nous fait peur, néanmoins. Nous avons peur de toutes les pages qui se tournent : peur quand nous quittons le cocon familial (si nous avons eu la chance d’en avoir un) pour voler de nos propres ailes. Peur de changer de métier, peur de s’engager dans un couple, de faire un enfant, peur de partir à la retraite, peur de vieillir, peur quand tout va bien que cela cesse, peur quand une catastrophe nous tombe dessus, peur de mourir. C’est normal. Chaque changement est une petite mort, cela nous entraîne. Mais au delà de cette fluidité de la vie, c’est nous qui demeurons, et qui vivons chaque journée. Notre dignité n’est pas mesurée à nos performances, à notre « réussite ». De toute façon, nous sommes déjà nous-même. Qu’avons nous à faire alors ? Faire ce que l’on peut, comme on peut, avec sincérité, à la fois avec sérieux et responsabilité, mais aussi avec légèreté, après tout si notre vie est comme une œuvre d’art, nous avons le droit d’improviser.
Mais bien sûr que personne n’est obligé de vivre en couple s’il n’en ressent pas la vocation. Et personne, vivant en couple, n’est obligé de faire des enfants, s’il ne pense pas que c’est sa vocation. Ce serait épouvantable de mettre la pression sur une personne pour ce genre de projet ! Il y a un million de façon d’avoir une vie féconde. Et encore une fois l’humain n’est pas un moulin à café pour devoir obligatoirement « servir à quelque chose ». C’est pour la beauté du geste.
Pour terminer sur une touche de légèreté, cette case des Peanuts, montrant Charly Brown et Snoopy contemplant un bord de mer :
  • Charly Brown : Un jour, chacun de nous mourra, Snoopy.
  • Snoopy : C’est vrai, mais tous les autres jours, nous vivrons.
C’est exactement ça.
Et Dieu vous bénit, vous, votre femme et votre fille, cette famille, cette équipe que vous formez.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Print Friendly, PDF & Email

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. Issjan dit :

    Esque si on meurt on vie tjr on nous ?

    • Marc Pernot dit :

      Bien des chrétiens pensent que la vie continue après la mort.
      Mais nous verrons bien. En attendant, il y a une vie à vivre avant la mort, et le vrai défi est là.
      Avec l’aide et la bénédiction de Dieu

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *