« Carpe diem » et foi chrétienne ?

Par : pasteur Marc Pernot

un coquelicot dans un champ de blé mur - Image par Ralf Kunze de Pixabay

« Voici, je vous le dis, levez les yeux, et regardez les champs qui déjà blanchissent pour la moisson. » (Jean 4:35).

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Dans votre petit dico de théologie, pouvez-vous ajouter  » carpe diem  » ?

merci !

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Merci pour cette suggestion intéressante, mais pas évidente. Car, à mon avis, il y a dans l’Évangile du Christ quelque chose qui va bien avec la philosophie de vie du « carpe diem » et aussi quelque chose qui la contredit radicalement.

La question est aussi de savoir ce que l’on entend par cette attitude du « carpe diem ». Certaines personnes l’utilisent pour vivre dans la jouissance égoïste. Ce n’est pas rendre justice à la philosophie épicurienne qui est plus fine que cela, il y a une invitation à faire quelque chose de bon du jour présent, ce qui est assez large pour inclure de belles choses à faire, pas seulement de profiter égoïstement.

Carpe diem « Cueille le jour » (le jour présent sans te soucier du lendemain) va bien avec cet appel du Christ : « Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. À chaque jour suffit sa peine. » (Matthieu 6:34) Le Christ nous invite ainsi à ne pas trop nous poser la question de la vie future, du passé, ou des petits calculs mesquins. L’important, c’est de vivre aujourd’hui vraiment, pleinement.

Ensuite, ce que le Christ entend par une vraie vie, une vie pleine et bonne, ce n’est pas simplement de « cueillir le jour », mais c’est de le vivre comme un jour de résurrection, de vie en abondance et donc produisant de la vie, entrant dans de belles relations, espérer, servir, aimer, manifester de la gratitude. C’est autrement positif que d’être dans la jouissance et la consommation (comme certaines personnes imaginent leur « carpe diem »).

C’est pourquoi, juste avant son « ne vous inquiétez pas du lendemain », le Christ nous conseille : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu », c’est-à-dire à bâtir un monde avec plus de foi, plus d’espérance et plus d’amour. Or, aimer c’est se préoccuper d’autre que soi tout seul. Aimer c’est de la compassion, de l’espérance de l’autre, pour l’autre, pour le monde. Cette bonne préoccupation n’est pas trop (je pense) dans la philosophie du « carpe diem » qui invite à ne pas se préoccuper de ce qui ne dépend pas de nous.

Il y a pourtant quelque chose, quand même, qui me plaît dans ce « Carpe Diem », c’est un appel à être heureux. Cette espérance est légitime. Le christianisme n’est pas un appel à être triste et à se priver a priori. Que cela soit parfois nécessaire dans une situation tragique et qu’alors notre foi nous appelle à choisir le bien plutôt que l’agréable, certes. Mais dans le principe, nous dit le Christ, la vie et donc notre vie est faite pour le bonheur. En effet, jésus commence son fameux « sermon sur la montagne » par des promesses de bonheur : « Heureux… ». C’est un appel à être heureux, un appel à la louange et à la gratitude, appel à s’engager pour ce monde et pour les autres (pas seulement de profiter)… Quand on a du cœur, quand on regarde le monde et les autres vivre autour de soi, qu’est-ce que mettre à profit la journée qui vient ? Qu’est-ce qui nous réjouirait vraiment ? N’est-ce pas d’apporter du mieux être à une personne que l’on aime ? Apporter un peu de paix et d’harmonie ? Cela n’interdit bien sûr pas d’avoir du plaisir nous-même, comme une respiration, comme une préparation à agir ensuite en équipe avec Dieu pour un monde plus juste. C’est comme de prendre un bon petit déjeuner le matin avant de se mettre en route pour la journée.

Il y a enfin quelque chose de beau dans le fait de valoriser chaque jour. Il est unique, comme la fleur, ce jour présent sera fané ce soir. C’est maintenant qu’il est beau et parfumé. Le temps n’est pas un ennemi qui vient nous user, il est une chance, un cadeau, une belle opportunité. Foin de procrastination ! Ce jour est une bénédiction.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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