C’est tellement difficile de vivre la division entre chrétiens que parfois j’ai envie de baisser les bras et d’être seul.

un groupe de jeunes lève le poing en signe d'union ou de combat - Photo by Sophia H. Gue on Unsplash

Lever le poing en signe d’union ou de combat ?

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour pasteur,

Je suis triste quand je vois la division chrétienne. Personnellement je ne crois qu’aucune branche n’a totalement raison. Pourquoi ne prenons nous pas selon ce que l’Esprit nous inspirent sans exagération bien sur ce qui nous semble bon ? Et pourquoi juge-t-on autant les branches qui ne font pas comme nous, alors que bien souvent nous les connaissons pas vraiment.
Je crois effectivement qu’il y a des choses à dénoncer quand cela va parfois trop loin, pour exemple moi étant catholique, je rejoins la pensée de l’abbé Pierre sur la mariologie ou il dit : « Je suis choqué par l’accumulation récente des dogmes concernant Marie… l’église a certainement le souci de répondre à la dévotion populaire » « Mais il y a des écueils. Celui de la déshumaniser » et il dit tout simplement de ne pas faire de Marie quelqu’un qui nous est différent c’est une femme et « Marie prendrait-elle la place des déesses de l’Antiquité contre lesquelles le christianisme primitif a lutté » et de ne pas en faire « une quasi- divinité incorruptible » ; il invite à se garder de ce danger d’une monté de la mariologie, et de la place de certain Saints.

Oui il faut savoir dire avec « Amour » ce qui ne va pas, mais vraiment bien des fois je me dit « mais pourquoi ? »… tant de haine. Quand nous aimons nos amis nous sommes très loin de la perfection, mais quand nous haïssons d’autres chrétiens que sommes nous ? Quand nous décidons que « l’Esprit n’est pas présent dans cette église ou cette autre église ? Que sommes nous.
J’ai bien aimé ce que le pape Francois à dit « allez dans les périphéries », allez vers c’eux qui ne sont pas comme vous c’eux qui ne pensent pas comme vous, car quand on reste dans sa petite église ont s’enferme dans une façon de penser, et finalement on produit une foi faible.

Je suis vraiment triste. Car certains chrétiens pensent avoir La Vérité, se sont les secrétaires de Dieu. Ils ne pensent pas que leurs visions est plus proche de l’évangile, mais que leurs paroles sont l’évangile. Mais si ce n’étais que ça après vient la critique que nous devons tous accepté, mais l’exhortation du Christ, de retirer la poutre dans ton oeil avant de vouloir ôter celle de ton « frère »., est aujourd’hui si vrai. L’exemple que je prendrais cette fois est l’organisation de l’Église, et je rejoins encore la pensée de l’abbé Pierre qui prononce ces mots, la papauté « reste trop puissante et reflète encore le visage du pape/empereur ». « il ne s’agit pas de supprimer la papauté mais de revenir à des fonctions plus modeste ». Mais quand certaines branches critiquent… alors que leurs églises suivent le même schéma, ou ont des mégas church je me dit que la haine est bien présente.

Et au final qu’est ce qu’un chrétien sans l’Amour ? Je suis persuadé que si nous demandions à un homme païen le premier mot qui lui viendrais quand il entend le mot chrétien il ne pense pas à Amour mais à son contraire, comme l’a dit Gandhi « Sans doute serais-je chrétien, si les chrétiens l’étaient vingt-quatre heures par jour. ».
Que dois-je faire si je veux me marier avec une femme d’une autre branche, et qu’elle même semble embourbé dans tout cela également ? Parfois j’ai envie d’abandonné, j’ai plus envie d’être chrétien, je me dis que tout cela c’est de la… excusez moi pour ce mot, de la merde (Non pas Dieu mais faire partie de ce groupe, je ne dit pas que nous sommes tous comme cela). J’ai envie d’être seul, mais je sais que je tomberais dans le piège de me créer une foi faible. Ça me fais mal… durant ces derniers mois ma foi n’a jamais grandit aussi fortement, et la raison principale, bien sur Dieu à donné croissance, Gloire à lui, mais je ne suis pas resté juste avec moi même ou les gens qui pensent comme moi, et je ne dis au final, Bénis soit ton nom Éternel.
Mais je ne comprends pas. Excusez moi pour ce pavé. Que Dieu vous bénisse.

Cordialement

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur,

Grand merci pour cette préoccupation.

C’est une question fort délicate.
La multiplicité des sensibilités chrétiennes est une richesse. Dans le principe. Car c’est le reflet de la richesse qu’est l’individualité dans l’humanité, la personnalité de chaque individu, son histoire, ses choix.

Où est le scandale, alors ?

  • Dans le refus de cette diversité, d’abord. Car il nie le côté personnel et intime de la relation à Dieu, de la vocation de chaque personne, de la bénédiction donnée au singulier à chaque enfant de Dieu (Nombres 6:24-26). Et comme vous le dites très bien ce refus de la diversité est une façon de se juger soi-même et son petit club de copains comme étant supérieur aux autres, plus proche de Dieu, digne d’être médiateur. C’est un manque de respect, et donc un manque d’amour (même si c’est présenté comme étant de l’amour pour assister de pauvres infidèles à trouver la vraie foi – c’est à dire ma façon particulière d’avoir la foi et de penser Dieu). C’est aussi un problème spirituel car dans une certaine mesure on se met alors à la place de Dieu, on pense le posséder un petit peu à travers des croyances et des rites.
  • Dans le combat entre croyants, et pire encore le combat entre chrétiens. C’est effectivement un puissant contre témoignage. Dévastateur à cette époque où nous sommes peu nombreux comme croyants, il serait temps de se sentir unis dans le fait de chercher Dieu. Cela dit, je trouve que l’argument de Gandhi que vous citez n’est pas juste « Sans doute serais-je chrétien, si les chrétiens l’étaient vingt-quatre heures par jour. ». Un idéal élevé est par définition hors de portée. Seule une petite morale basique pourrait être vécue 24/24, ce serait déjà bien mais cela ne donne pas de souffle à une vie. La foi chrétienne doit être évaluée sur la valeur de l’Evangile du Christ et sur la personne de Jésus-Christ, pas sur la valeur « des chrétiens ». D’autant plus que « les chrétiens » ne forme pas un groupe homogène, comme tous les groupes, il en existe d’extraordinaires et des abominables, bien sûr. Quant à la cohérence entre ses idéaux et ses actes, je ne suis pas bien certain que Gandhi soit le mieux placé pour donner des leçons.

Donc oui à la diversité des sensibilités chrétiennes, dans un respect et même un amour mutuels, une cause commune qui est la personne de Jésus Christ, et son Evangile, relativisant tout le reste comme particulier.

  • Mais cela ne veut pas dire que toute sensibilité, toute église doive être honorée. Il existe quand même des mouvements où la personne humaine est broyée par des abus psychologiques et spirituels, voire financiers et sexuels. Cela existe évidemment, comme dans tout mouvement de pensée et religion. Le christianisme n’est pas à l’abri de cela, et l’Evangile n’est pas en cause. Alors faut-il faire le ménage ? Comment ? Est-ce à nous chrétiens d’exercer cette vigilance et de dénoncer, combattre ? Je ne le pense pas. C’est au pouvoir public de veiller aux abus. Pour le reste, je pense que notre mission de chrétien est de veiller à ce que nous-même, personnellement et en tant qu’église particulière, veillons à progresser dans la lucidité sur nos propres pratiques et à les améliorer pour plus de fidélité à la personne de Jésus de Nazareth, et de cohérence avec son Evangile. Comme vous le dites très bien en citant la paille et la poutre.

Ensuite, comment incarner cela dans notre vie personnelle, cette diversité ? En particulier dans le couple mais aussi entre parents et enfants, entre frères et sœurs, entre amis ? Bien sûr que le frottement entre nos individualités n’est jamais facile, et en même temps d’une indispensable complémentarité, afin de faire corps ensemble.

Tant qu’il y a le respect mutuel et l’ouverture à la diversité comme étant une richesse, tout va bien, et il est tout à fait possible et souvent extrêmement fécond de vivre cette diversité dans des relations entre proches, dans la vie quotidienne. Y compris dans les discussions pour présenter son point de vue, sa foi ou sa non-foi. Par contre, dès qu’une dose d’intégrisme apparaît, la relation devient blessante, il y a des yeux blessés par des pailles, crevés par des poutres, et la vie devient vite invivable. C’est donc plus sur le fonctionnement psychologique de chacun, sur le rapport de chaque personne à sa propre façon d’être, à ses croyances, à sa foi ou à son athéisme que se trouve le fond de la question.

C’est donc bien dans la question de l’amour comme vous le dites. Et comme le met en valeur l’apôtre Paul dans l’immense chapitre 13 de sa 1ère lettre aux Corinthiens. La théologie, la foi, la solidarité, la philosophie, la religion, sans amour ne valent rien, ne m’apportent rien. Alors qu’avec l’amour, la foi, la théologie, la philosophie, la générosité en actes sont source de vie. Il explique ensuite que nous ne connaissons qu’en partie et d’une façon trouble, c’est un point essentiel qui laisse Dieu comme absolu et relativise toute pensée sur Dieu comme relative, de même sur notre vision sur la vie et sur les autres, nous ne les connaissons qu’obscurément et il convient donc de faire preuve de nuances et de bienveillance.

Mais cela est difficile pour chacun de faire cette part des choses. Bien entendu.

Et donc mil fois d’accord pour votre conclusion « je ne dis au final, Béni soit ton nom, Éternel. »  Comme une prière, comme un souffle remettant au centre l’essentiel, comme un mouvement vers la source unique, ultime, commune à l’univers entier.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

PS. Voici le texte de l’apôtre Paul en 1 Corinthiens 13 (dans la traduction de la NBS), en notant que « amour » est ici en grec l’agapè, c’est à dire le respecte et la recherche de faire du bien à l’autre, et pas forcément avoir de l’affection pour l’autre.

Voyez la voie qui surpasse tout :

1Quand je parlerais les langues des humains et des anges, si je n’ai pas l’amour, je suis une pièce de bronze qui résonne ou une cymbale qui retentit. 2Quand j’aurais la capacité de parler en prophète, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi qui transporte des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. 3Quand je distribuerais tous mes biens, quand même je livrerais mon corps pour en tirer fierté, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert à rien.

4L’amour est patient, l’amour est bon, il n’a pas de passion jalouse ; l’amour ne se vante pas, il ne se gonfle pas d’orgueil, 5il ne fait rien d’inconvenant, il ne cherche pas son propre intérêt, il ne s’irrite pas, il ne tient pas compte du mal ; 6il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit avec la vérité ; 7il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout.

8L’amour ne succombe jamais. Les messages de prophètes ? ils seront abolis ; les langues ? elles cesseront ; la connaissance ? elle sera abolie. 9Car c’est partiellement que nous connaissons, c’est partiellement que nous parlons en prophètes ; 10mais quand viendra l’accomplissement, ce qui est partiel sera aboli. 11Lorsque j’étais tout petit, je parlais comme un tout-petit, je pensais comme un tout-petit, je raisonnais comme un tout-petit ; lorsque je suis devenu un homme, j’ai aboli ce qui était propre au tout-petit. 12Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière confuse, mais alors ce sera face à face. Aujourd’hui je connais partiellement, mais alors je connaîtrai comme je suis connu.

13Or maintenant trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais c’est l’amour qui est le plus grand.

1Poursuivez l’amour.

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