Je ne comprends pas la nature du Saint-Esprit : est-il une personnalité indépendante ou la puissance de Dieu ?

Par : pasteur Marc Pernot

décor en forme de colombe sur une poutre - Photo by Tamara Menzi on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour cher Pasteur, j’ai besoin de votre aide car je ne comprends pas la nature du Saint-Esprit.
Car je ne crois pas en la trinité qui est pour moi est une hérésie qui d’ailleurs ne repose sur aucune des écritures qui a été créé par le concile de Nicée en l’an 325 de notre par l’empereur Constantin car pour ma part je ne crois qu’en un seul et unique Dieu et je n’ai qu’un seul Seigneur et Maître son fils Jesus-Christ mais je ne comprends pas la nature du Saint-Esprit je n’arrive pas à comprendre sa nature si il a une personnalité indépendante comme Dieu et Jesus
Pouvez-vous m’aider à comprendre la nature du Saint-Esprit ?
Le Saint Esprit : personne ou force ?
De vos connaissances théologique comment voyez-vous le Saint-Esprit ? comme une personnalité indépendante comme Dieu et Jesus ou comme une force et une puissance agissante de la volonté et de l’esprit de Dieu ?

Merci par avance de m’aider à comprendre le Saint-Esprit ?

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Le terme d’hérésie est péjoratif, il fait référence à l’idée qu’il y aurait une pensée unique qui devrait s’imposer à tous, une pensée qui serait donc transcendante c’est-à-dire rendant compte parfaitement d’une vérité qui dépasse par définition même tout langage et toute pensée.

Mais vous êtes tout à fait en droit de ne pas adopter personnellement la doctrine de la trinité. La preuve, c’est que les 10 premières générations de chrétiens n’ont jamais entendu parler de ce concept, et qu’il a fallu encore bien des générations avant que cette doctrine devienne majoritaire parmi les chrétiens, et il y en a toujours eu pour ne pas l’adopter.

En ce qui concerne le Saint Esprit, il s’agit d’une image, celle du souffle ou du vent léger, pour parler de l’action de Dieu en ce monde. On le sent mais on ne le voit pas, on l’inspire et il nous donne la vie. Il est offert à tous gratuitement comme l’atmosphère terrestre. Les anciens pensaient qu’il était immatériel et pourtant il agit sur la matière. Il est mouvement et pourtant on ne sait où il naît et où il aboutit… Bref, c’est une belle façon d’exprimer notre expérience de Dieu en ce monde.

Ce n’est donc pas un autre Dieu, mais exprime Dieu dans un certain sens.

Amitiés fraternelles

Marc

pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

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Marc Pernot

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2 réponses

  1. Ornithorynque dialectique dit :

    Bonjour,

    Pour ma part il me semble que même si le mot trinité n’avait pas été formé, les notions de Dieu le Père, de Jésus Christ le Fils unique, et du Saint-Esprit étaient déjà diffusées, comme dans plusieurs passages de l’Evangile de Jean par exemple. Il me semble que c’est plutôt la notion de « substance commune » qui vient de la période des premiers grands conciles du IVème siècle.

    Voici quelques citations de la patristique où apparaissent les mentions du Père, du Fils et du Saint-Esprit, formulations proches de la trinité donc sauf erreur de ma part.

    Tout d’abord deux citations de la première épître de Clément de Rome, évêque de Rome quelque temps après Pierre (2ème ou 4ème évêque de Rome dans l’histoire, mais à cette époque la notion ultérieure de pape n’existait probablement pas encore). Cette première épître de Clément est considérée comme le plus ancien texte de la patristique (textes des Pères de l’Eglise) apostolique (ceux qui ont connu au moins un apôtre), donc le plus ancien texte non apocryphe ou gnosticisant après le Nouveau Testament. Au milieu de nombreuses citations de la Bible hébraïque, les textes du Nouveau Testament cités dans cette épître proviennent de l’évangile de Matthieu, de l’épître de Jacques et des épitres pauliniennes ou pseudo-pauliniennes. Il s’agit donc d’un auteur de tendance plutôt judéo-chrétienne (Matthieu-Jacques), également à l’écoute de Paul. Cette épître est datée d’environ 95-97 après Jésus Christ, donc du premier siècle (!), même s’il n’a pas été retrouvé de manuscrit antérieur aux grands codex du IV-Vème siècle où elle apparaît vers la fin du Codex Alexandrinus (Vème siècle).

    – Epitre aux Corinthiens de Clément de Rome I 21,8-22,1 :
    21,8-9
    Donnons à nos enfants une éducation en Christ. Qu’ils apprennent quelle est auprès de Dieu la puissance de l’humilité, la force d’un pur amour, combien la crainte de Dieu est belle et grande, et sauve tous ceux qui vivent en lui, dans la foi et la simplicité du coeur. Car il sonde nos pensées et nos désirs : son souffle est en nous, quand il le voudra il le reprendra.
    22,1
    La foi en Jésus-Christ nous garantît tous ces biens, et lui-même, par le Saint-Esprit, nous exhorte en ces termes :
    venez enfants, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte de YHWH (du Seigneur en grec).
    Quel est l’homme qui désire la vie, qui aime les jours où l’on goûte le bonheur ?
    […]
    Ils crient et YHWH les entend, il les délivre de toutes leurs angoisses.
    [citation du Psaume 33,12:18]

    – Epitre aux Corinthiens de Clément de Rome I, 42,1-3
    1. Les apôtres ont reçu pour nous du Seigneur Jésus la bonne nouvelle. Jésus le Christ a été envoyé par Dieu
    2. Le Christ vient donc de Dieu, les apôtres du Christ. Ces deux missions procèdent en bel ordre de la volonté de Dieu.
    3. Pourvus d’instructions, remplis de certitude par la résurrection de notre Seigneur Jésus Christ, affermis par la parole de Dieu, ils partirent, avec l’assurance de l’Esprit-Saint, annoncer que le Royaume de Dieu était proche.

    Voici ensuite une citation de la lettre d’Ignace d’Antioche aux Ephésiens (fait partie de celles citées par Eusèbe de Césarée, et considérée à ce titre comme authentique). Les lettres (authentifiées) d’Ignace d’Antioche sont datées d’environ 110 après Jésus Christ.
    Lettre aux Ephésiens d’Ignace d’Antioche, 18,1
    […] Notre Dieu, Jésus le Christ, a été porté dans le sein de Marie, selon le plan de Dieu ; il est issu de la lignée de David et du Saint-Esprit ; il est né, il a été baptisé pour purifier l’eau par sa passion. […]

    A remarquer aussi que Jésus y est désigné comme notre Dieu…

    Autre citation :
    Lettre aux Ephésiens d’Ignace d’Antioche, 9,1
    […] Vous êtes les pierres du temple du Père. Vous avez été rassemblés pour l’édifice de Dieu le Père. Vous avez été élevés jusqu’au faîte par l’engin de Jésus-Christ, qui est la croix, et par le câble du Saint-Esprit. Vous avez été hissés par votre foi, et la charité est le chemin qui vous conduit à Dieu […]

    Autre citation :
    Lettre aux Magnésiens d’Ignace d’Antioche, 13,1
    Veillez donc à rester fermement attachés aux préceptes du Seigneur et des apôrtes, et « vous réussirez dans tout ce que vous entreprendrez », dans la chair et l’esprit, avec foi et amour, selon le Fils, le Père et l’Esprit, au commencement et à la fin […].
    13,2 Soyez soumis à l’évêque, et les uns aux autres, comme Jésus Christ en sa chair le fût à son Père, et les apôtres au Christ, au Père et à l’Esprit. Et qu’ainsi l’union règne tant parmi vos personnes que dans vos esprits.

    Voici enfin une citation de la Didache, datée elle aussi des années 100 du fait des références à une double hiérarchie itinérante (prophètes) et « fixe » (évêques, presbytres et diacres) comme aux premiers temps de l’église chrétienne, même s’il le texte n’a été retrouvé que dans un unique manuscrit de 1056 :
    7.1 Pour le baptême, procédez de la sorte : au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dans une eau vive. 7.2. Si tu n’as pas d’eau vive, baptise d’une autre eau ; à défaut d’eau froide, prends de l’eau chaude. 7.3. Si tu n’as assez ni de l’une ni de l’autre, verse trois fois de l’eau sur la tête, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

    Cela semble suivre Matthieu 28:19
    πορευθεντες ουν μαθητευσατε παντα τα εθνη βαπτιζοντες αυτους εις το ονομα του πατρος και του υιου και του αγιου πνευματος
    Allez donc dans toutes les nations, faîtes y des disciples, baptisez les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
    attesté dans les codex Sinaïticus, Vaticanus et Alexandrinus du IVème et Vème siècle (contemporains des grands conciles donc).

    Enfin le nombre symbolique de 153 poissons péchés par les apôtres en Jean 21 pourrait être une suggestion du nombre 3 (ce ne sont que des interprétations possibles bien sûr, mais il y a bien écrit 153):
    153 = 100 (multitude, 10*10) + 50 (graphie proche de pentecote en grec) + 3, donc mise en relation lors de la Pentecôte de la multitude avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit
    153 = 100 (nombre carré = 10^2) + 28 (nombre triangulaire, somme des nombres de 1 à 7) + 25 (nombre sphérique, carré d’un nombre n dont la suite des chiffres se termine par ce nombre n, ici n=5), donc combinaison de 3 ordres
    [autres interprétations : (1) il semble qu’il y avait 153 espèces de poissons connues à cette époque, pécher 153 poissons désignerait alors toutes les sortes de poissons, toute l’humanité, mais rien ne dit qu’un poisson de chaque espèce a été péché ; (2) 153 = somme des nombres de 1 à 17, avec 17 = 10 (multitude) + 7 (création, idée de complétude) ]

    • Ornithorynque dit :

      Excusez-moi, une interprétation convergente m’est venue. Je récapitule les principales interprétations données ci-dessus en les faisant converger :
      a. 153 est un nombre dit triangulaire (appelation attestée par Evagre le Pontique (345-399)), c’est-à-dire une somme de nombres successifs en partant de 1, qui peut se représenter par un triangle. Ce triangle pourrait symboliser la Trinité. C’est la somme des 17 premiers nombres, avec 17 = 10 + 7, 10 symbolisant la multitude, donc les humains, les chrétiens…, et 7 la création, la complétude, le cosmos. On a donc un nombre 153 qui associe Trinité, multitude des humains et complétude du cosmos.
      b. 153 se décompose aussi en 100, 50, et 3 : 100 représente à nouveau la multitude en tant que 10*10 (multitude de multitude), 50 représente la pentecôte (cf le mot grec pour dire cinquante), la durée de 50 jours après Pâques, et 3 serait la Trinité : Trinité et multitude des humains sont mis en relation via l’événement (qui peut devenir éternellement présent) de la Pentecôte.
      c. 153 = 100 (nombre carré = 10^2) + 28 (nombre triangulaire, somme des nombres de 1 à 7) + 25 (nombre sphérique, carré d’un nombre n dont la suite des chiffres se termine par ce nombre n, ici n=5), donc combinaison de 3 ordres : mais quels ordres ? Ici le symbole du triangle (du nombre triangulaire 28) renverrait à la Trinité, le symbole du carré (nombre 100) à la Terre, nature et humanité sur Terre, et le symbôle de la sphère (nombre sphérique (et carré) 25) au Ciel, cosmos ou métaphysique. La Terre, le Ciel et la Trinité sont ainsi reliés symboliquement.

      Au final, la Trinité serait mise en relation de trois façons avec l’humanité, dans une triple interprétation : avec la création, via l’événement de la Pentecôte (mise en relation entre humanité et Divinité métaphysique via le Saint-Esprit), avec le Ciel, cosmos ou métaphysique.

      Bien sûr ce ne sont que des interprétations. Mais dans le débat pour savoir si la conscience trinitaire était présente avant les conciles ou non, et surtout depuis le début de la rédaction des textes du Nouveau Testament… ça peut être un argument. Beaucoup plus difficile à ajouter qu’une simple mention « baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » qui serait appliquée discrètement par les scribes à partir de telle ou telle époque dans les manuscrits sous l’injonction des superviseurs eux-mêmes suivant les instructions des conciles, les manuscrits les plus anciens s’étant souvent dégradés avec le temps en fragments. Il me semble en tout cas que cela puisse être un symbôle ancien (ce nombre 153).

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