Fresque de l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe (XI-XIIe siècle) représentant Dieu parlant à Abraham - Wikicommons - Antoine Garnier
Question

Adam et Ève, enfer, prédestination : neuf questions difficiles sur Dieu

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Neuf questions difficiles sur la justice de Dieu, le péché originel, l’enfer, le salut par grâce et le sens de la croix. Un pasteur répond en écartant l’image d’un Dieu-juge pour montrer un Dieu qui aime et accompagne chacun, sans condition ni examen.


Question posée :

Bonjour Pasteur,

Plusieurs questions me taraudent sur la justice et la bonté de Dieu. Je vous remercie par avance de l’attention que vous y porterez.

  1. Le péché originel : Pourquoi une seule faute d’Adam et Ève condamne-t-elle toute l’humanité ? Est-il juste que des enfants nés innocents souffrent pour la faute de leurs aînés ?
  2. L’enfer et le salut : Condamner des pécheurs non repentis à un enfer éternel pour une vie si courte n’est-il pas disproportionné ? Qu’en est-il de celui qui meurt jeune sans avoir eu le temps ou l’occasion de connaître Christ et de se repentir ?
  3. L’inégalité face au salut : N’est-il pas injuste qu’un homme né dans une autre culture (par exemple un Chinois croyant en Krishna) ait peu de chances d’entrer au Paradis, alors qu’il n’a pas choisi son milieu de naissance ?
  4. Les béatitudes et la richesse : Quand Jésus dit « heureux les pauvres », la richesse matérielle est-elle un obstacle au salut ? Pourquoi ne pouvons-nous pas choisir notre condition humaine avant de naître ?
  5. La propitiation et le sacrifice du Christ : En quoi le sacrifice de Jésus sur la croix est-il plus grand que celui d’un homme ordinaire qui donne sa vie pour autrui, sachant que Jésus savait qu’il ressusciterait trois jours plus tard ?
  6. L’imperfection humaine : Si aucun homme n’est juste, l’humanité n’est-elle pas simplement une création incomplète de Dieu ? La vie est-elle un examen où l’homme est puni de ne pas être né parfait ?
  7. L’origine du mal : Si Dieu a tout créé, a-t-il également créé le mal ?
  8. La perfection du Paradis : Comment le Paradis peut-il être un lieu parfait s’il accueille des humains imparfaits ? Et comment y être heureux si certains de nos proches ou enfants brûlent en enfer ?
  9. La foi et la naïveté : Faut-il être naïf pour croire plus facilement, et est-ce juste sachant que nous ne naissons pas tous avec le même degré de crédulité ?

Que la paix de Jésus soit sur vous.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir Monsieur,

Et bravo de vous poser des questions, c’est non seulement autorisé mais c’est indispensable pour avancer. Comme le dit l’Évangile selon Jean, Christ est cheminement, fidélité et vie : c’est chercher ainsi Dieu avec sincérité et confiance en lui.

1. Le péché originel : une image de l’égocentrisme humain, non une punition héréditaire

Bonne remarque. L’interprétation développée au Ve siècle par saint Augustin en particulier est assez bien inventée mais épouvantable, comme vous le soulignez. Il ne faut pas comprendre cette histoire comme parlant du passé, mais comme parlant de toute personne humaine vivant au monde. Nous sommes Adam et Ève (comme l’indiquent ces noms, « humain » et « vie »), et cette histoire parle de l’attitude fondamentalement problématique qui consiste à choisir son propre désir de l’instant comme Dieu. Le résultat n’est pas une punition de Dieu, mais de la peine, car l’égocentrisme engendre de la peine, de la difficulté à vivre.

Je ne vois pas en quoi le fait d’être né serait contraire à l’innocence. Vous allez me dire que notre conception a été sexuelle ? Mais cela n’a rien de fondamentalement impur, c’est au contraire une bénédiction de Dieu. Et si certaines pratiques égocentriques peuvent rendre le sexe source de souffrance et même de mort, cela ne dévalorise pas pour autant cette dimension de la relation dans le couple.

Ensuite, le nouveau-né est certes non coupable ; néanmoins il est né égocentrique et inachevé. Ce n’est pas sa faute, et son manque est donc de ne pas être achevé, ayant à grandir physiquement, psychologiquement, spirituellement, existentiellement, éthiquement. Cela montre que le fait d’être un humain abouti n’est pas derrière nous, dans le passé ou dans notre origine, mais dans l’avenir, avec l’aide de personnes qui nous aiment, avec notre propre participation et dans la création continue de notre être par Dieu.

2. Le salut par grâce, et non par la croyance-œuvre ni le repentir conditionnel

Je ne pense absolument pas que Dieu envoie qui que ce soit dans l’enfer éternel ! Comme vous le dites, ce serait envoyer ou laisser à la mort son propre bébé chéri. On est sauvé par grâce, par le seul fait que Dieu nous aime et nous garde. Dire que seule la personne qui croit en Jésus-Christ serait sauvée fait de la croyance une œuvre, et de Dieu un impitoyable examinateur. C’est ensuite par la confiance en Dieu, cette confiance qu’avait le Christ et qu’il a manifestée, que nous laissons Dieu travailler en nous et nous créer encore, et devenir ainsi un petit peu plus à son image, comme le Christ.

Il existait des humains en chemin ainsi avant que Jésus n’apparaisse dans l’histoire ; il parle d’ailleurs lui-même d’Abraham et de sa foi. C’est ainsi qu’avant même la figure d’Abraham, il était possible d’être avec Dieu.

Dieu n’a pas besoin de notre repentir pour nous aimer et nous garder. Sinon, là encore, ce salut ne serait pas de la grâce mais conditionné à notre performance individuelle. Or, ce n’est pas ainsi qu’une mère aimante aime son enfant, et Dieu est encore plus aimant qu’une mère aimante. C’est pour la personne elle-même que la repentance est importante, pour s’ouvrir et se préparer à progresser, à grandir et à se laisser soigner par Dieu de ce qui est malade quelque part au fond de nous quand nous faisons le mal.

Voir https://jecherchedieu.ch/dico-de-mots-qui-piquent/theologie-economie-du-salut/

3. Aimer vaut plus que se dire chrétien : l’exemple du Chinois croyant en Krishna

En disant cela, vous faites de la croyance en Jésus-Christ une œuvre et de Dieu un examinateur impitoyable. Mais comme le dit Jean dans sa première lettre : « quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu, car Dieu est amour », et celui qui dit aimer Dieu mais qui n’aime pas son frère est un menteur. Jésus parle aussi de ceux qui lui disent « Seigneur, Seigneur » et qui font n’importe quoi. Cela veut dire qu’un « chrétien » étroit d’esprit et fier de lui n’est pas plus avancé qu’un Chinois qui ne connaît pas Jésus mais qui vit, grâce à Dieu, quelque chose dans son cœur et dans ses actes qui est de l’ordre de l’amour manifesté par le Christ. Ensuite, c’est vrai que celui qui médite sincèrement sur ce que le Christ a vécu et annoncé est bien préparé à faire confiance en Dieu.

4. Les béatitudes : une lecture spirituelle, non matérielle

Il ne faut pas lire cela matériellement, mais par l’Esprit. Quand Jésus va chez le riche Zachée, quand il célèbre la foi du centurion, ou quand il est reçu avec ses disciples chez Marthe, il s’agit manifestement de personnes riches, voire très riches. L’Évangile nous dit d’ailleurs que le ministère de Jésus était soutenu matériellement par des personnes riches. L’avoir matériel n’est ni mauvais ni bon en lui-même : ce sont des moyens qui peuvent être extrêmement utiles dans les mains d’une personne qui cherche à faire le bien.

La question est de se sentir « quelqu’un de bien » à cause de ses moyens matériels, car avec cette façon de voir on a plus de mal à chercher la vie par l’Esprit, et on risque d’avoir, et donc de mépriser, celui qui n’a pas beaucoup d’argent, ce qui n’est pas sympa.

5. La « propitiation » en question : le vrai sens du sacrifice de la croix

L’idée que vous évoquez de « propitiation » est à mon avis fondamentalement contraire à ce qu’a manifesté Jésus-Christ : l’amour de Dieu. Ce concept de « propitiation » est issu de religions où Dieu fait commerce de ses bénédictions, où il faut attirer ses faveurs par des sacrifices, des offrandes, des rites et des prières. Tout cela est radicalement contraire à la grâce de Dieu manifestée en Christ. Cette théorie de la « propitiation » arrange bien les Églises où l’on veut dresser les fidèles et les amener à penser et à agir comme le veut l’Église en les menaçant du terrible jugement de Dieu. Cette théorie de la propitiation, et non de la grâce de Dieu, est basée sur une mauvaise traduction du grec. Voir https://jecherchedieu.ch/dico-de-mots-qui-piquent/bible-propitiation-victime-propitiatoire/

Jésus n’est pas mort sur la croix pour convertir Dieu afin qu’il nous aime et nous pardonne mieux ! Jésus est mort sur la croix parce que des intégristes ont vu d’un mauvais œil ce que Jésus manifestait. Et Jésus a accepté d’aller jusqu’au bout par amour pour l’humanité, par fidélité à Dieu et à son amour. La croix est donc un appel afin que nous, humains, nous nous convertissions. Lui, Dieu, n’a besoin de rien ni de personne pour nous aimer. Ce qu’il apporte n’est pas l’amnistie de nos fautes dans un compte qu’en tiendrait Dieu (celui qui aime ne garde pas les comptes des fautes de l’autre). C’est autrement que le Christ nous sauve du péché : en nous réconciliant, nous, avec Dieu, qui n’a jamais cessé de nous aimer.

Jésus n’a pas l’air ravi de quitter ce monde qu’il aime, et ses amis. Car c’est cela que signifie mourir, aussi, même si la vie continue autrement ensuite. Je ne pense pas qu’il faille comprendre la résurrection du Christ comme une réanimation temporaire de son cadavre, mais comme une expérience de foi de ses disciples.

6. Nul n’est juste, mais Dieu aime quand même : la vie n’est pas un examen

Oui, aucun homme n’est juste, mais Dieu nous aime quand même. C’est ce qu’a manifesté Jésus par sa vie et ses paroles. Cela suffit.

Le reste est un discours culpabilisant destiné à faire peur aux fidèles de certaines Églises, pour mieux les dresser.

Comme vous le dites, c’est de naissance que nous sommes imparfaits, inachevés. Et il faut toute une vie pour avancer, progresser, avec et par la grâce de Dieu. La vie n’est pas un examen ; la voir ainsi, c’est pourrir sa propre vie et sa propre mentalité, en nous poussant à agir pour « faire notre salut », ce qui est de l’égocentrisme, le contraire de la foi (confiance) en Dieu et en son amour. Au contraire, parce que Dieu nous a déjà promis la vie, nous pouvons à notre tour vivre par amour, généreusement, sans arrière-pensée.

7. Dieu ne crée pas le mal, il crée la vie

Non, Dieu est en train de créer. Il est créateur dans le présent, et pas seulement dans le passé. Et Dieu ne crée pas le mal. Il est le Dieu de la vie. Comme le dit Jean : « La nouvelle que nous avons apprise de Christ, et que nous vous annonçons, c’est que Dieu est lumière, et qu’il n’y a point en lui de ténèbres » (1 Jean 1.5).

Sur la question du mal, voir : https://jecherchedieu.ch/dictionnaire-de-theologie/mal-existence-du-mal-de-la-souffrance/

8. Le jugement de Dieu et la qualité première de l’homme

Le jugement de Dieu ne sélectionne pas des personnes, il garde le meilleur, ce qui est pur en chaque personne. C’est cela, l’amour.

Voir https://jecherchedieu.ch/dictionnaire-de-theologie/jugement/ et https://jecherchedieu.ch/dictionnaire-de-theologie/justice-justification/

Je ne sais pas. Je dirais que la plus grande qualité de l’humain, c’est d’être soi-même. C’est ce que Dieu aime en nous. Ensuite, c’est l’amour, et la gratitude. C’est le fait d’avancer, de progresser avec l’aide de Dieu, la main dans la main. Et peut-être le fait d’être créateur, d’exprimer librement ce que nous sommes de bien et de bon, en embellissant le monde ?

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Pour approfondir : Retrouvez l’éclairage théologique sur ce que signifie péché originel au sein du Petit Dictionnaire de Théologie.

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