Perspective : Dieu parle-t-il dans la Bible ? par Jean-Yves Rémond

Un bébé avec noeud papillon lève les bras et crie comme un orateur - Photo by Zachary Kadolph on UnsplashN°16 d’Une perspective à la foi
Eglise Protestante de Genève.
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Par : Jean-Yves Rémond

L’expression « Parole de Dieu » est déjà une expression problématique en elle-même. Et la question de savoir si Dieu parle dans la Bible en est une autre, qui interpelle tout autant. Il pourrait apparaître au croyant comme une évidence que la Bible est la Parole de Dieu. Mais est-ce tellement évident ? Car si Dieu parle dans la Bible, que signifie « Dieu parle » et comment parle-t-il ? En quelle langue ? L’hébreu ? Le grec ? Le latin, ou bien ma propre langue ?

Nous savons que la Bible n’a pas été écrite par Dieu mais par des prophètes, des rédacteurs, comme Ezra le scribe, les évangélistes, des apôtres comme Paul ou Jacques, des témoins qui nous disent que Dieu a parlé à l’humain et qu’il continue de lui parler. Ils rapportent les événements où Dieu s’est adressé à Abraham, à Jacob, à Moïse, à David, ou au prophète lui-même ou encore à Paul sur le chemin de Damas. Les prophètes retranscrivent les paroles de Dieu, selon la formule « ainsi parla YHWH ». Ceci pour l’Ancien Testament. Et c’est Dieu, pour le judaïsme, qui donne la Torah à son peuple au Sinaï, ainsi que la Loi, ce que les juifs commémorent chaque année. Il y a donc eu une « parole » comme nulle autre, une puissance de création que certains rabbins voient comme une concentration du souffle divin qui s’exprime par le Aleph hébraïque primordial, première lettre de l’alphabet hébraïque, qui ne se prononce pas vraiment et par laquelle commencent bon nombre de paroles de Dieu dans l’Ancien Testament, Dieu qui dit « Je » (Anoki), annonçant son action dans le monde. De cette action résulte en premier lieu un texte écrit, même si nous savons par ailleurs que ce texte a aussi été rédigé par des humains. Ce « aussi » a son importance, car il ouvre à l’interprétation de cet événement et du texte qui le raconte, que l’on peut voir en même temps comme un don direct de Dieu et comme le souffle qui a animé les rédacteurs de la Bible pendant environ cinq siècles au premier millénaire av. J.-C. – pour ce qui concerne l’Ancien Testament – au cours desquels ont été rassemblés les textes qui constituent une partie de notre Bible d’aujourd’hui.

Mais il est un autre aspect qui cette fois n’est plus ni historique ni diachronique, comme disent les exégètes, c’est la façon dont la Bible parle aujourd’hui, ici et maintenant, au croyant. Ce n’est plus de l’histoire, ce n’est plus de l’exégèse, c’est une relation entre Dieu et l’humain, rendue possible par la foi. Il y a donc une puissance de la Parole de Dieu qui a traversé les siècles et qui résonne dans chaque Bible quand elle est ouverte et lue avec foi.

Et puis il y a « le Verbe qui s’est fait chair et a habité parmi nous » (Jn 1,14). C’est un événement de Parole, selon le théologien Eberhard Jüngel, ce qui veut dire que l’Incarnation– la venue de Jésus dans le monde – est d’abord la confirmation qu’« au commencement était le Verbe » (Jn 1,1), c’est-à-dire que Dieu est premièrement Parole. Et cette venue se traduit par les paroles de Jésus dans le monde, qui constituent ce que nous appelons la révélation, dont E. Jüngel a pu dire que « la révélation a comme telle un langage du monde en elle-même – faute de quoi elle ne pourrait rien révéler[1] ».

Ces interprétations de « la Parole de Dieu » et du fait qu’elle « parle dans la Bible » ne sont que des suggestions. L’accès au symbolique et à la parole ayant été donné par Dieu à chaque humain en lui confiant la tâche de nommer les choses (Gen 2,19-20), il appartient à chaque chrétien, par sa parole, de dire ce qu’est pour lui, dans sa foi, la « Parole de Dieu », ce qui est sans doute une tâche infinie. C’est en ce sens que se trouve peut-être, dans ses propres paroles humaines, « la trace de l’Infini[2] ». Et c’est en particulier dans la jonction entre Parole de Dieu et parole humaine que se réalise pour chaque chrétien ce que la foi appelle la grâce, par la réponse que la première donne à la seconde qui est un pur don.

Alors, quelle est votre propre réponse à la question « Dieu parle-t-il dans la Bible ?

[1] Eberhard Jüngel, Dieu mystère du monde, Paris, Éditions du Cerf, 1997.
[2] Cf. Jean-Yves Rémond, La parole et l’Infini. A la recherche de la trace de l’Infini dans la parole humaine, Paris, Éditions du Cerf, 2021.

Jean-Yves Rémond
Docteur en théologie de la Faculté de théologie de Genève
Animateur de lectures bibliques œcuméniques

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2 réponses

  1. Pascale dit :

    Si Dieu parle dans la Bible, il parle bien plus fort à certains endroits : le premier chapitre de la Genèse est vaguement plus inspirant que certains chapitres du deuxième livre des Rois.
    Si Dieu parle dans la Bible, il ne s’embarrasse pas des contradictions.
    Si Dieu parle dans la Bible, c’est pratique parce qu’on peut lui faire dire à peu près n’importe quoi.
    Si Dieu parle dans la Bible, il faut espérer qu’il parle aussi ailleurs car, sinon, il ne parlerait pas à grand monde.
    Et pourtant, il m’est déjà arrivé d’avoir l’impression de recevoir quelque chose de Dieu en lisant la Bible, c’est d’ailleurs pour cela que je la lis.
    Et j’espère même en recevoir sans réellement m’en rendre compte, c’est d’ailleurs pour cela que je continue à la lire lorsque je n’en ai pas envie.

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