Comment Dieu n’a pas pu empêcher des croyants de devenir des pédophiles ?

Par : pasteur Marc Pernot

illustration - fille pleurant secrètement - by Kathryn 
 https://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/ http://www.flickr.com/photos/56695083@N00/4463180056

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Votre affirmation de l’aide puissante de Dieu et de la prière me fait bien réfléchir.

Où était l’aide de Dieu pour les pauvres prêtres pédophiles ? Car enfin, de prêtres qu’ils sont, ils ont dû certainement s’en remettre à leur Créateur! Et quel fut le résultat? Ils ont harcelé, violé, pendant tellement de temps pour certains et tout cela sous le couvert d’une hiérarchie qui elle aussi à dû se tourner vers la prière. Et quel fut le résultat ? Elle s’est tue par peur du scandale! Où était l’aide de Dieu ? Est-ce Dieu, la lumière de l’Esprit-Saint qui a soufflé le mutisme, permettant ainsi le viol de tant d’enfants innocents ?!

Tout cela permet de douter de l’efficacité de la prière, ne trouvez-vous pas ?

Bien à vous.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Madame

Je pense que j’ai du parler effectivement d’une « aide puisante », mais pas « toute puissante » de Dieu et de la prière. Même Dieu ne peut pas refermer une plaie ouverte et la cicatriser en une seconde, il faut du temps. Même Dieu ne peut pas faire repousser la jambe de quelqu’un qui l’a perdue. Jamais. Pourtant oui, la prière sert à quelque chose, et nous sommes des milliards à en témoigner. Mais ce c’est pas comme un bouton que l’on presse et qui débloque la situation.

Dieu a certainement une horreur toute particulière contre la pédophilie (bien classée parmi les maltraitances qu’une personne peut infliger à une autre). Donc Dieu lutte certainement de toute sa puissance contre cette maladie, contre sa manifestation dans des actes, Dieu fait tout ce qu’il peut pour aider les victimes à se reconstruire. Mais il n’arrive pas toujours à empêcher des personnes de commettre des crimes. Même quand par ailleurs elles prient Dieu de tout leur cœur. C’est choquant, mais compréhensible. Comment en vouloir à une mère aimante dont le fils est devenu criminel ? On peut lui dire quelle aurait dû mieux l’éduquer, et empêcher son fils de 40 ans de faire ça… Dieu est comme une mère qui essaye d’élever ses enfants et qui a parfois de gros gros problèmes de résultat.

La prière peut réellement aider une personne à progresser (parfois d’un changement spectaculaire, plus souvent dans un cheminement de croissance et de pacification, d’épanouissement du meilleur en nous, de gestion de nos faiblesses). C’est déjà en soi un miracle car il est difficile de s’améliorer. Je suis donc bien du même avis que vous : la prière devrait pouvoir faire qu’une personne qui a des tendances criminelles se porte mieux et ne fasse pas ou plus de victimes. C’est parfois le cas, la prière peut accompagner une amélioration : elle peut aider la personne à reconnaître qu’il y a un problème, un gros gros problème, et ensuite déclencher un désir de soins médicaux professionnels, et la résolution de ne pas se mettre en situation d’être tenté. C’est alors un travail d’équipe entre la personne, Dieu, les soignants, parfois l’entourage.

J’ai été aumônier des prisons pendant des années. Une part importante des détenus est composée de prédateurs sexuels ou ayant maltraité leur femme. Il n’est pas rare que ces personnes cherchent Dieu comme vous et moi, ils prient, certains préparent gentiment un gâteau avec les moyens du bord pour la réunion biblique hebdomadaire… C’est assez surréaliste, quand on y pense, de voir ces personnes être la plupart du temps absolument comme tout le monde, insoupçonnable même quand on les connaît, leur part de folie monstrueuse est comme dans un recoin obscur. C’est la même chose quand la personne est prêtre, pasteur, instituteur, beau-père, oncle, cousin ou grand père… Dieu essaye de les faire sortir de cette situation dramatique, il appelle, il crie, il tente d’éclairer cette conscience jusque dans ces coins obscurs mais c’est parfois bien difficile, une partie de l’être étant solidement verrouillée. Parfois cela demande du temps, et des soins médicaux aussi.

Les églises, les institutions et les familles ont trop voulu cacher ces faits par honte, se rendant complice de ces crimes et en laissant d’autres se commettre. C’est inacceptable, évidemment. Et c’est largement dénoncé aujourd’hui. Il y a des progrès, et il y en aura encore à faire. Le pire c’est que ces responsables pensent bien faire en « pardonnant » à ces personnes, en leur laissant une autre chance. En faisant cela, la personen qui pourrait faire quelque chose se fait plaisir à elle-même, fière de vivre le pardon, fière de sa grandeur d’âme ! C’est une terrible et souvent criminelle erreur. Pour les victimes passées que cela continue à martyriser, pour leur entourage, et pour de potentielles victimes futures. C’est même mauvais aussi pour la personne malade elle même qu’ils maintiennent en situation de ne pas travailler honnêtement sur ses fautes passées, sur son problème qui demeure, cette personne est maintenue en situation d’irresponsabilité et dans le risque de chuter encore. Le pardon ce n’est pas cela. Pour tout le monde, et la victime et le coupable, la faute doit être dite, et des mesures doivent être prises. Une personne qui a eu une fois ce penchant n’est tout simplement pas faite pour être en situation de croiser des jeunes. Comme moi, qui suis mauvais pour faire de la musique, ne suis pas fait pour être premier violon au Wiener Philharmoniker, ce qui est bien désolant, certes, mais le pardon n’a rien à voir avec le fait de me refuser ce poste.

Bravo pour votre belle révolte, et pour votre espérance en Dieu pour nous aider à avancer.

Il vous bénit et vous accompagne.
p style= »text-align: center; »>pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

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3 réponses

  1. André dit :

    Entre le rejet et l’écoute, je me suis souvent posé la question de savoir comment une personne qui prend conscience d’avoir ce genre de penchant pourrait trouver une oreille attentive et une main secourable avant de passer a l’acte. Parce que prier c’est sans doute bien, mais je pense qu’un soutient bien plus tangible doit être nécessaire, ne serait-ce que déjà pour pouvoir simplement en parler. Idée saugrenue sans doute mais je pense qu’il devrait y avoir un numéro vert pour les auteurs de ce genre de faits, et ils sont nombreux. 4 affaires de viols sur mineurs aux assises de vannes rien que pour cette session…

  2. Christelle dit :

    C’est en projet :

    https://www.ouest-france.fr/faits-divers/pedophilie/prevention-vers-un-numero-d-appel-pour-les-pedophiles-6032750

    Sans doute utile pour certains, cependant, pour suivre psychologiquement des personnes sous injonction de soins, je m’avoue sceptique… Mais tout est bon à prendre bien sûr.

    • Marc Pernot dit :

      Vous avez raison. Il faut que cela vienne de la personne, sinon, ce n’est pas facile du tout.

      J’ai en tête deux criminels sexuels qui ont fait la démarche eux-mêmes d’aller consulter un psychiatre pour s’en sortir. Malheureusement c’était après des premières victimes, mais c’est déjà ça.

      Je me souvenais aussi qu’il y a quelques années, en Allemagne, les services publics avaient fait une campagne publicitaire pour appeler les personne ayant des penchants de criminel sexuel d’aller consulter sans attendre de passer à l’acte. C’est intéressant que l’article que vous citez en parle.

      C’est pourquoi je me suis senti encouragé à parler de cela, dans l’espérance qu’une personen concernée fasse cette démarche. Sait-on jamais. Pour que des personnes soient épargnées d’être victime et lui de pouvoir vivre sans basculer dans cette horreur.

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