Peut-on se dire à la fois chrétien et protestant si l’on appartient à la mouvance unitarienne ?

une corde tressée à plusieurs brins - Image: 'Cordage 6'  http://www.flickr.com/photos/55902845@N00/2243252673 Found on flickrcc.net

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour cher pasteur,

Ma question est simple : peut-on se dire à la fois chrétien et protestant si l’on appartient à la mouvance unitarienne ?
(dans mon cas personnel je me sens à la fois chrétien réformé et unitarien.)

Merci de votre réponse et bonne journée à vous et à vos lecteurs (trices).


Réponse d’un pasteur :

Bonjour monsieur

A mon avis, cela dépend de ce que vous entendez par « unitarien ». Au sens strict du terme, un unitarien est une personne qui rejette la doctrine de la Trinité (Dieu unique en trois personnes, à la fois Père, Fils et Esprit). En général cela suppose que l’on a une conception de Jésus comme fils de Dieu, un humain révélant qui est Dieu, mais pas comme Dieu lui-même.

Il est tout à fait possible d’avoir une telle conviction et de se déclarer comme chrétien. C’était tout à fait permis pendant les premiers siècles de l’histoire chrétienne. C’est devenu plus compliqué quand l’empereur Constantin a décidé de commencer à rendre obligatoire des dogmes (à partir de 325). Cela reste compliqué dans certaines églises de ne pas être trinitaire. Mais dans l’église protestante de Genève, comme dans l’église protestante unie de France, cela n’entre pas en ligne de compte. Car ce qui nous rassemble n’est pas une doctrine mais une personne : celle de Jésus-Christ. A chacun ensuite de se forger ses propres convictions, sa propre pensée, sa foi, ses valeurs, sa façon de pratiquer, sa façon d’interpréter la Bible et de prier… dans le respect des autres personnes.

Cela implique que dans nos paroisses : il y a une diversité de pensées théologiques et de sensibilité spirituelles, non seulement parmi les fidèles mais aussi parmi les pasteurs. Cela suppose que les personnes qui participent au culte et aux autres activités aient elles-mêmes cette ouverture d’esprit, sinon c’est difficile à vivre pour la personne en question, et pour les autres paroissiens si cette personne affirme que, selon elle, on n’aurait pas le droit de se dire chrétien si l’on pense ceci ou qu’on ne pense pas cela… Tout dépend, donc, comment vous êtes « unitarien ». Si c’était pour vous inadmissible qu’un autre fidèle ou un pasteur puisse exprimer sa foi de façon trinitaire, alors effectivement il serait difficile pour vous d’appartenir à une paroisse protestante, non pas à cause de votre théologie non-trinitaire, mais à cause de ce qui serait du dogmatisme, de l’intolérance pour les autres chrétiens. Mais cela ne m’a pas l’air d’être votre cas. Et vous pouvez certainement être à la fois chrétien, protestant, réformé et unitarien ouvert.

Bonne route, et bienvenue

pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

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1 réponse

  1. Jacques Herman dit :

    il ne semble pas d’une difficulté insurmontable de considérer le divin sous trois modalités comme les états liquide, gazeux et solide de l’eau. Les trois éléments sans différence ontologique, ne sont alors pas trois hypostases *en soi » mais « pour nous ». Cette approche me semble cependant un brin modaliste et elle est relativement mal reçue dans les milieux de type « évanglique » (ou sens « evangelikal » en allemand) où on perçoit une allergie assez à l’égard de l’unitarianisme, même explicitement chrétien et évidemment à combien plus forte raison à l’égard de l’unitarianisme universaliste.
    Je suis membre d’un Eglise réformée à Lausanne et qui est largement multitudiniste (Eglise St François) et d’esprit ouvert ainsi que d’une Eglise anglaise, strictement chrétienne et unitarienne : http://www.ukunitarians.org.uk/christian/.
    Personnellement, je me considère comme chrétien, protestant, réformé, de tendance fortement libérale, unitarien assumé, et réfractaire à tout credo.Cela ne m’a jamais posé problème en Eglise. Je suis en outre très attaché à la théologie d’Albert Schweitzer, d’André Gounelle, de Marcus Borg, de Dominic Crossan et de John Shelby Spong et cela ne m’a jamais suscité d’inimitié et moins encore de rejet dans l’Eglise Réformée du canton de Vaud.
    Pour répondre à la personne qui s’adresse à Marc Pernot, je voudrais lui déconseiller de faire valoir des conceptions libérales dans les dénominations plus conservatrices, plus évangéliques et surtout celles qui relèvent de mouvances plus ou moins fondamentalistes.

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