Je préfèrerais dire : « Je crois en l’Amour », car le mot « Dieu » évoque une entité toute-puissante peu sympathique

Un livre ouvert avec deux pages formant un cœur - Photo by Hush Naidoo on UnsplashPar : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Cher pasteur,
Je vous écris parce que je me pose beaucoup de questions sur le langage en ce moment, et sur la manière dont ce dernier influe sur notre vision du monde. Je me suis notamment mise à écrire en écriture inclusive depuis quelques temps.
Je me rends compte que le mot « Dieu » est pour moi connoté quasi-négativement : je ne peux pas m’empêcher d’imaginer un barbu assis sur son trône, qui passe son temps à juger les pauvres êtres humains que nous sommes et nous culpabilise et nous menace sans cesse.
Quand j’emploie le mot « Amour » pour parler de Dieu au contraire, j’imagine quelque chose, quelqu’un.e d’infiniment bon.ne. Dire « Je crois en Dieu » pour moi est presque gênant ; je préfèrerais dire : « Je crois en l’Amour. » D’ailleurs, parler de « Dieu » renvoie toujours dans l’imaginaire de la plupart des gens à une entité toute-puissante, qui tire les ficelles de nos vies. « Dieu » a aussi beaucoup servi à justifier un grand nombre d’oppressions. Aussi, je comprends parfaitement les athées quand iels sont gêné.e.s à l’idée d’un Dieu infiniment bon : cela peut paraître presque oxymorique, car on a chargé ce mot de beaucoup de sang, de beaucoup de choses terribles et terrifiantes au cours de l’Histoire.
Y a-t-il des théologien.nes, des mystiques, des croyant.e.s qui ont fait le même choix que le mien, celui de parler d’ « Amour » plutôt que de « Dieu » ? Il me semble avoir vu des choses semblables chez les poètes métaphysiques anglais ; mais je connais mal le sujet. Auriez-vous des noms de personnes qui ont fait ce choix à me citer ? Cela m’intéresserait de lire ces auteurices.
Je suppose ne pas être la seule à m’être fait cette réflexion.

Je vous remercie d’avance pour votre réponse !

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Je suis parfaitement en phase avec vous pour voir Dieu comme amour, tendresse, amitié.

Et si vous êtes plus à l’aise en disant « je crois en l’Amour », c’est bien votre droit. C’est aussi la définition de Dieu que donne Jean dans sa 1ère lettre « Dieu est amour ». Et il en tire l’excellente conséquence « quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu », à l’inverse de tous les dogmatismes. L’apôtre Paul également, définit Dieu comme amour et précise ce qu’il entend par là dans son « hymne à l’amour » (1 Corinthiens 12:31 à 14:1), en effet, dans ce texte, l’amour est éternel, il nous précède, courant devant, c’est donc une théologie que Paul développe ainsi.

Vous êtes donc en bonne compagnie en pratiquant cette confession de foi.

Il me semble très salutaire aussi, comme vous le dites, de retrouver une féminité de Dieu, pas seulement une masculinité (que je reconnais comme pouvant être toxique). Là aussi, vous n’êtes pas seule puisque dans la Bible cela est bien présent, même si trop rarement (j’ai mis quelques exemples ici : https://jecherchedieu.ch/temoignages/dieu-notre-mere-qui-est-aux-cieux-selon-la-bible-elle-meme/). Il faudrait aussi souligner que bien des modes de présence de Dieu pour nous est exprimé au féminin dans la Bible Hébraïque : La shekhina (présence de Dieu), la rouar (le souffle de Dieu, sa dynamique de création, l’Esprit saint).

En même temps, pour nourrir le débat, je verrais quelques limites à se contenter de remplacer le mot « Dieu » par le mot « amour » :

  • Il n’est pas inutile de ré-évangéliser la notion de Dieu comme vous le faites. Peut-être serait il intéressant de dire alors « je crois en Dieu, c’est à dire en l’Amour » afin de participer à cet effort. Car en abandonnant le mot de Dieu, on renonce précisément à donner une meilleur définition de cette notion habituellement utilisée en langue française pour désigner la transcendance, ce mot est utile pour entrer en dialogue avec des millénaires de cultures, de religions et de philosophies.
  • Le mot « Dieu » est en grand besoin d’être évangélisé, c’est vrai, mais le mot « amour » aussi, surtout que l’amour dont on parle alors n’est pas celui de la Saint-Valentin, ni de cet « amour » qui est tarifé, ni du pouce bleu sur les réseaux sociaux. Ce n’est d’ailleurs pas le même mot en grec, alors que la langue française est ambiguë avec le mot « amour ». La notion de « tendresse » de Dieu serait pas mauvaise, moins ambiguë, peut-être qu’il lui manque un côté activement créateur ?
  • L’excellente Lytta Basset appelle Dieu « la source », c’est très finement trouvé, je pense. C’est un mot moins piégé, se rapproche du sens de ce nom de Dieu donné dans la Bible Hébraïque : YHWH. Car Dieu est source d’être, il est proposition offerte pour faire vivre, rendant l’autre plus en forme tout en le laissant être lui-même, pas seulement aimant ce qui est (ce qui est déjà excellent, c’est vrai). Et on peut être valorisé d’être aimé, encore plus quand il s’agit de Dieu, mais « la source » cela invite à un geste pour prendre l’eau et la boire, geste évoquant la foi comme réponse au don de Dieu. En plus, « la source » est un féminin, ce qui n’est pas négligeable afin de nous aider à revenir de loin.
  • Mais peut-être serait-il bon de prendre plusieurs notions et non une seule, au moins deux afin d’ouvrir un espace, comme le fait Jésus quand il dit « je suis le chemin, la fidélité et la vie ».
  • Peut-être que dans cette définition il serait sympa de trouver un verbe plutôt que des notions figées.
  • A propose de la prière, « Amour » est pas mal dans le sens où la prière est d’abord une contemplation, et aussi le fait de se présenter, soi et sa propre vie, devant Dieu. Méditer sur ce que l’entend par aimer, et placer sa vie face à l’idéal qu’est l’amour. En même temps, la prière devient formidable quand elle devient un « je » qui s’adresse à un « tu », comme dans une relation de personne à personne. Je me demande si j’ai tellement envie de m’adresser à une notion fusse-t-elle l’amour ?

Bravo pour ces recherches profondes et salutaires.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

PS. Si vous le désiriez, vous pouvez aller voir la conférence d’hier sur : Qu’entend-on quand on dit « Dieu » ?

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2 réponses

  1. Sandrine dit :

    L’appellation dans l’ancien Testament est belle je trouve, « l’Eternel ».

    • Marc Pernot dit :

      Je trouve aussi. On pourrait même mettre l’Éternelle au féminin que je trouverais cela pertinent. Hélas, des traductions modernes « traduisent » le mot YHWH hébreu par « Le Seigneur » ce qui me semble être un contresens. Un contresens de tradition ancienne, certes, mais un contresens quand même. Donnant une idée de Dieu très autoritaire et surplombante, alors que YHWH est plus une source profonde et salutaire.

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