Il est tout de même apaisant de pouvoir prier pour que Dieu accueille nos morts, non ?

Un corbillard dans un cimetière (illustration) - photo MP

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur et merci de votre écoute

Je suis « néophyte » dans le Protestantisme, j’adhère à la plupart de ses principes ; une chose me gêne cependant, l’idée qu’il ne faille pas prier pour les morts. Certes, j’admets que le purgatoire soit une invention de l’Eglise catholique.

Certes aussi, « Dieu sait ce qu’Il fait » ; (mais dans ce cas, pourquoi prier pour les vivants, il suffit de dire « que ta volonté soit faite » ?)
Pourtant, que penser d’une personne qui a vécu toute sa vie loin de toute religion, mais une vie honnête et généreuse, ne serait-elle pas « élue » seulement parce que « mécréante »?
Dans ces cas, il est tout de même apaisant pour ses proches de pouvoir prier pour que Dieu l’accueille… il me semble qu’il faut être trés fort pour ne pas user de ce recours……

Merci d’avance pour votre réponse

Réponse d’un pasteur :

Chère Madame

Sentez vous d’abord d’être chrétienne à votre façon, protestante à votre façon. La vraie bonne religion est, pour un individu donné à un moment donné de sa vie : de faire ce qui le rapprochera de Dieu et de la vie. Si cela vous fait du bien dans votre deuil de prier Dieu pour les morts. Tant mieux.

Mais c’est vrai que l’on propose plutôt de ne pas prier pour les morts. Pourquoi ? Du point de vue théorique, c’est vrai, il ne me semble pas sain de penser que notre prière arrangerait le parcours de vie future pour ceux que nous aimons.

  • Cela me semble extrêmement injuste et cruel. La pauvre veuve, abandonnée de tous, dont plus personne ne se souvient du nom serait désavantagée dans la vie future aussi par rapport au riche à la nombreuse famille qui pourra faire dire des messes par millier ?
  • Cela me parait non plus pas très sain dans notre rapport à Dieu, nous n’avons pas à le convaincre de quoi que ce soi, et encore moins à aimer ! Nous avons plutôt à recevoir de lui son point de vue à lui, et recevoir une capacité nouvelle à aimer en vérité.

Mais cela dit, chacun fait ce qu’il pense être juste, théologiquement, spirituellement, et existentiellement. La seule mauvaise façon de prier c’est de ne pas prier du tout. Ensuite, il n’est pas mauvais d’essayer de s’élever, de purifier sa prière.

Une évolution favorable sur ce point me semble être de transformer sa prière pour les morts en une prière en pensant à ses morts. Pour que Dieu vivifie notre mémoire de chacun, qu’il purifie, guérisse, et parfois ressuscite notre relation avec ceux que nous aimons. Alors, c’est même plus qu’apaisant, c’est transformant. Nous ne prions donc pas pour les morts. Mais je dirais que l’on peut prier pour notre relation avec ces personnes qui sont disparues, certes, mais qui sont vivantes dans le cœur et la pensée, dans l’existence de ceux qui les aiment et qui pensent à eux.

De même, quand on prie pour ceux que l’on aime, ou pour une situation, ce n’est certainement pas pour apprendre à Dieu qu’il y a la guerre, ou des pauvres quelque part et qu’il devrait s’en occuper un peu, ou un peu mieux. Il le fait et il est « à fond » pour tenter de faire avancer les situations de la meilleure des façons possibles. Mais nous pouvons néanmoins penser devant Dieu aux situations qui nous tiennent à cœur, et sans doute y penser un peu mieux avec lui et grâce à lui.

D’une manière générale, il me semble mieux de demander à Dieu ce qu’il en pense plutôt que de lui dire ce que nous ferions si nous étions à sa place (nous ne le sommes pas et nous n’avons aucune idée des enjeux ni de ce qu’il peut faire ou non).

Pour ce qui est d’une personne « mécréante », c’est à dire qui ne pense pas à Dieu par sa pensée, ni par la religion, ni par la réflexion, ni même par la prière… D’abord, Jésus nous apprend que Dieu va jusqu’à aimer son ennemi, il y a donc de la marge pour une personne « seulement » mécréante. Mais en plus, Jésus nous conseille d’aimer Dieu, de le chercher de tout son cœur de toute son âme, de toute sa force et de toute sa pensée. Comme vous le dites, une personne qui ne reconnaît pas Dieu par sa pensée mais qui a une vie relativement honnête et généreuse, cette personne n’est pas complètement détachée de Dieu, elle aime alors Dieu par son cœur, son âme et sa force. C’est donc loin d’être nul. C’est ce que nous dit l’apôtre Jean dans sa première lettre : « toute personne, sans condition, qui aime : cette personne est née de Dieu et connaît Dieu ». Par contre,nous dit-il, une personne qui dit aimer Dieu mais n’aime pas son frère : il y a là un vrai problème de cohérence.

Mais dans tous les cas, nous dit encore Jean dans cette lettre, l’amour parfait (de Dieu) chasse toute crainte. Le secret de la vie éternelle, c’est d’abord et avant tout le fait que Dieu nous aime. Il garde certainement celui ou celle qu’il aime. Pourquoi alors aimer Dieu, le prier, pourquoi se fatiguer à aimer les autres, rendre service ? Porce que c’est bien et que cela fait du bien. C’est par amour et non pour acheter quoi que ce soit. Car l’amour de Dieu, et ses dons, ne s’achètent pas (comme tout véritable amour et comme tout fruit de l’amour).

Avec mes amitiés, et mes sincères pensées.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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1 réponse

  1. Timothée dit :

    « La vraie bonne religion est, pour un individu donné à un moment donné de sa vie : de faire ce qui le rapprochera de Dieu et de la vie. Si cela vous fait du bien dans votre deuil de prier Dieu pour les morts. Tant mieux. » ==> Je ne suis pas d’accord.
    Pour moi il faut uniquement écouter ce qu’enseigne la Parole de Dieu, ce qui n’est absolument pas ce que vous dites.

    Cordialement

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