extrait du tableau de Rembrandt (1606-1669) "Les pèlerins d’Emmaüs.", musée Jacquemart-André, Paris.
Bible

Jésus « dépasse »-t-il les grandes figures bibliques ? Son corps prendrait la place de la Tente de l’Alliance de Moïse ?

Par : pasteur Marc Pernot

extrait du tableau de Rembrandt (1606-1669) "Les pèlerins d’Emmaüs.", musée Jacquemart-André, Paris.

Question posée :

Bonjour

Jésus lui-même dans les évangiles, enseigne que le Christ est plus que Jonas, Salomon, David, avant Abraham… Jésus « dépasse »-t-il les grandes figures bibliques ?

Jonas : Matthieu 12.41. Les hommes de Ninive se lèveront, lors du jugement, avec cette génération, et ils la condamneront, parce qu’ils ont changé radicalement à la proclamation de Jonas ; et pourtant il y a ici plus que Jonas.

Salomon : Matthieu 12.42. La reine du Sud se réveillera, lors du jugement, avec cette génération, et elle la condamnera, parce qu’elle est venue des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon ; et pourtant il y a ici plus que Salomon.

David : Luc 20:41 Il leur dit : Comment peut-on dire que le Christ est le fils de David ? 42. David lui-même dit, dans le livre des Psaumes (Psaume 110.1) :
Le Seigneur (YHWH) a dit à mon Seigneur (Adonaï) : Assieds-toi à ma droite, 43. jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. 44. David, donc, l’appelle Seigneur ; comment peut-il être son fils ? => Jésus sous-entend que le Messie, le Christ, est aussi Adonaï, Seigneur.

Jésus enseigne qu’une voie de salut au moins (si ce n’est toutes) passe(nt) par l’Alliance d’Abraham en Genèse : Luc 19.6. Tout joyeux, Zachée descendit vite pour le recevoir. 7. En voyant cela, tous maugréaient : Il est allé loger chez un pécheur ! 8. Mais Zachée, debout, dit au Seigneur : Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai extorqué quoi que ce soit à quelqu’un, je lui rends le quadruple. 9. Jésus lui dit : Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d’Abraham. 10. Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

Abraham : Jean 8.58. Jésus leur dit : Amen, amen, je vous le dis, avant qu’Abraham vienne à l’existence, moi, je suis.

Parmi la Loi, Jésus fait surtout référence à une partie du Décalogue (tout en assouplissant le shabbat hebdonadaire, le shabbat étant au service de l’humanité, et non l’humanité au service du shabbat : Marc 2:27. Et il leur disait : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat, 28. de sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat. » ), et à l’amour du prochain comme soi-même. Ce qui simplifie considérablement, au point qu’ainsi simplifiée, elle devient comme naturellement inscrite dans le coeur des humains, comme un principe d’amour, de prévenance et de bienveillance pour autrui dans la mesure du possible, une référence intuitive, primordiale. La Loi est toute entière résumée par deux principes, clefs en vue de la vie éternelle d’amour ouvert à Dieu et aux autres : Luc 10:25. Un spécialiste de la loi se leva et lui dit, pour le mettre à l’épreuve : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? 26. Jésus lui dit : Qu’est-il écrit dans la Loi ? Comment lis-tu ? 27. Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain, comme toi-même. 28. Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela, et tu vivras

Jésus enseigne qu’il est le berger au même titre que l’Éternel du Psaume 23 : 1. De David. Le SEIGNEUR (YHWH) est mon berger. Luc 18:18. Un chef lui demanda : Bon maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? 19. Jésus lui dit : Pourquoi me dis-tu bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Jean 10.11. C’est moi qui suis le bon berger. => Jésus est bon berger donc bon + berger

Jésus est oint physiquement par une femme à Béthanie : il devient Christ (= oint d’huile, Messie en hébreu) au sens propre au moins à partir de ce moment là.

L’épître aux Hébreux interprète la venue de Jésus Christ entre autre comme l’instauration d’un nouveau culte dont il serait le grand prêtre, à la façon de Melchisédek (littéralement le roi de justice) dans le livre de la Genèse.
Le corps de Jésus prend la place de la Tente de l’Alliance (Exode) et du Temple construit par Salomon (1-Rois) et reconstruit du temps d’Esdras, puis agrandi au temps d’Hérode. Le sang de Jésus remplace symboliquement et une fois pour toutes (du moins quand on y fait référence) tous les sacrifices animaux qui devaient être constamment répétés du point de vue du pardon et de la possibilité d’accès au salut offert par Dieu à ceux qui souhaitent entrer dans l’Alliance pour devenir ses enfants. Avec le Christ il devient alors possible de rentrer dans l’Alliance de la Spiration, ce Souffle de Vie et d’Amour qui brûle par fois en nous à l’improviste comme en témoignent les disciples d’Emmaus en Luc 24:32 Et ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Ecritures ? ».

L’eucharistie pourrait avoir cette symbolique de rentrer dans la nouvelle alliance, celle d’Abraham + celle du Nouveau Temple, les symboles du corps et du sang du Christ entrant dans le corps des communiants à l’eucharistie,
Matthieu 26.26. Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain ; après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit et le donna aux disciples en disant : Prenez, mangez ; c’est mon corps. 27. Il prit ensuite une coupe ; après avoir rendu grâce, il la leur donna en disant : Buvez-en tous : 28. c’est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu en faveur d’une multitude, pour le pardon des péchés. 29. Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai avec vous, nouveau, dans le royaume de mon Père. Les communiants deviennent alors sarments dont Jésus Christ ressuscité est la vigne, en vue de produire des fruits entre autres d’amour, pour ses prochain(e)s comme pour ses ennemis si possible, de compassion, et de pardon :
Jean 15:4-8 Demeurez en moi, comme moi en vous. Tout comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure dans la vigne, vous non plus, si vous ne demeurez en moi. 5. C’est moi qui suis la vigne ; vous, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi, comme moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; hors de moi, en effet, vous ne pouvez rien faire. 6. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on ramasse les sarments, on les jette au feu et ils brûlent. 7. Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et cela vous arrivera. 8. Mon Père est glorifié en ceci : que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez mes disciples.

Ainsi que le propose les 7 demandes de la Prière du Notre Père :
Matthieu 6:6-13
6. Quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
7. En priant, ne multipliez pas les paroles, comme les non-Juifs, qui s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. 8. Ne faites pas comme eux, car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. 9. Voici donc comment vous pouvez prier :
Notre Père céleste,
(1 A) Que la sainteté de ton Nom soit reconnue,
(2 B) 10. Que ton règne vienne,
(3 C) Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
(4 Centre) 11. Donne-nous aujourd’hui notre pain pour ce jour ;
(5 C’) 12. Remets-nous nos offenses, comme nous aussi nous l’avons fait pour ceux qui nous ont offensé ;
(6 B’) 13. Ne nous fais pas entrer dans l’épreuve,
(7 A’) Mais délivre-nous du mal.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Bravo pour cette belle étude !

Christ récapitule et dépasse les figures bibliques

Je suis du même avis que vous, Jésus « dépasse » les grandes figures bibliques et les récapitule. Votre liste est bien trouvée, Jésus récapitule Jonas (prophète pour les non juifs), Salomon (et son temple, évoquant Dieu comme proche, accessible, au milieu de son peuple, et pour toutes les nations), David (roi et mystique), Abraham (alliance personnelle avec Dieu, et là encore, pour toutes les nations), Moïse (Jésus accomplissant la loi dans l’amour), Melchisédek (le prêtre, roi de la paix)…

Jésus est-il Christ seulement en récapitulant et dépassant ces figures essentielles de la Bible hébraïque ?

A mon avis, cela ne suffit pas à définir la mission de « Christ ». Car le salut ultime donné en Christ serait alors une merveille que l’on contemple en spectateur.

C’est cela, mais c’est aussi infiniment plus que cela.

Ce salut nous concerne directement, personnellement, intimement. En tout cas, il est fait pour cela.

C’est ce que l’on attendait depuis les grands prophètes pour une Nouvelle Alliance : « L’Eternel dit : Je mettrai ma loi au-dedans d’eux, Je l’écrirai dans leur cœur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple. Celui-ci n’enseignera plus son prochain, Ni celui-là son frère, en disant: Connaissez l’Eternel! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu’au plus grand, dit l’Eternel ; Car je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché. » (Jérémie 31:31-34).

Chaque personne devient prêtre, prophète et roi

La Nouvelle Alliance initiée par le Messie c’est ainsi que chaque fidèle devient christique, en ligne directe personnellement avec Dieu : prophète ou prophétesse (éclairé par l’esprit) et prêtre (faisant monter nos prières vers Dieu, recevant son pardon sur les humains), capable de construire la paix autour de lui (comme un roi ou une reine), recevant un appel et une vocation personnelle comme Abraham et Sarah. C’est donc chaque personne individuelle qui devient christique avec quelque chose de Jonas, de Salomon, de David, de Moïse, d’Abraham et de Melchisédek et même de Jésus…

Dans ce sens, ce n’est pas seulement le Christ qui devient le tabernacle, le nouveau temple. C’est chacun de nous qui, personnellement devient le temple de l’Esprit, comme promis par Jésus en évoquant le « paraclet », qu’il nous envoie pour qu’il soit en nous (Jean 14:16,17) et nous enseigne directement toute chose, c’est ce que nous dit le récit de Pentecôte (Actes 2), c’est ce que développe l’apôtre Paul « vous êtes le temple de Dieu, et l’Esprit de Dieu habite en vous » (1 Corinthiens 3:16). Quand il est raconté que le voile du temple se déchire à la mort de jésus, c’est pour dire que le monde entier devient le « saint des saints », c’est la terre entière qui est ainsi sanctifiée, et non quelques sanctuaires revendiquant un caractère particulièrement sacré (souvent pour des intérêts commerciaux, comme le dénonce Jésus au temple de Jérualem).

Le service de Jésus comme Christ n’est donc pas seulement d’être un champion de la foi, un super héros, il est un faiseur de champions, il nous prépare à l’étape ultime de notre développement, et c’est ensuite réalisé, progressivement, par l’Esprit en chacun. Nulle personne n’est totalement démunie d’Esprit, nous sommes seulement appelés à le laisser abonder en nous, se déployer en nous. C’est le chemin d’une vie entière, pas après pas. Il est de fait que pour beaucoup d’entre nous, les sacrements, le culte, mais surtout la prière personnelle et la réflexion, le service de l’autre et l’aide des autres… tout cela nous aide à grandir par l’Esprit. Mais l’essentiel reste ce travail de l’Esprit en nous, dans le secret de notre intimité.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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