Je crois en quelque chose, mais moi je ne l’appellerais pas Dieu

Par : pasteur Marc Pernot

La création d'Adam par Dieu, selon Michelange (chapelle sixtine)

Effectivement, Dieu n’est certainement pas à l’image de cette représentation, mais on on comprend tout de suite de quoi parle cette image.

Question d’un visiteur :

Je ne veux croire en aucune religion vu la méchanceté des gens, vu les choses horribles qui se passent sur cette terre, vu toute cette souffrance. Mais je ne suis pas pour autant athée, car je ne crois pas non plus en l’homme. Je crois en quelque chose oui bien sûr, mais moi je ne l’appellerais pas Dieu, Bouddha, Allah (je ne l’appellerais pas d’un nom donné par l’homme). Je sais qu’il y a quelque chose, j’y crois. Mais alors suis-je Déisme ou Théisme, car je crois seulement en l’univers et en quelque chose de puissant. (Cela dit je respecte tout à fait les croyants et les pratiquants, je ne donnent aucun jugement). Je pensais au Bouddhisme, mais il y a des points qui ne me plaisent pas.
Si je peux me permettre de l’écrire, je crois au « Dieu » de la mort : Anubis.
Si je peux me permettre de l’écrire, je n’ai point peur du « Diable », seul l’homme est mauvais.

Pouvais-vous m’éclaircir sans me juger. Sachant que mes réponses je les aurai quand je serai dans l’au-delà… J’ai besoin de m’ éclaircir car j’ai envie de « prier » mais comment faire dans mon cas.

Merci beaucoup & j’aime beaucoup votre page web… En attente d’une réponse.-

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Vous avez raison de distinguer entre religion et Dieu, et de relativiser les noms que l’on donne à la transcendance… Il est toujours utile de ne pas confondre l’essentiel et l’accessoire, le mot et la réalité qu’il désigne, le symbole et ce à quoi il est censé renvoyer.

Je suis d’accord qu’il y a plein de choses qui ne vont pas dans la nature et en l’humain. Mais il y a aussi plein de belles choses dans la nature et même : des qualités merveilleuses dans l’humanité, dont la capacité de créer de belles choses.

Bien d’accord avec vous, il me semble plausible, raisonnablement, de penser qu’il existe une source au bien qui existe. Car la science et l’expérience quotidienne montrent que spontanément un système physique va dans le sens d’un désordre croissant.

Complètement d’accord avec vous que cette source dépasse tout ce que l’on concevoir, et que le minimum de sagesse impose de faire preuve d’humilité et de prudence en pensant donner à ce « quelque chose » un nom. D’ailleurs, les hébreux ont choisi, à un certain moment de leur histoire, de ne plus prononcer le nom qu’ils donnaient traditionnellement à Dieu dans leur langue (YHWH qui se prononçait quelque chose comme Yahouh). Cela rejoint votre démarche.

Pourquoi alors appeler quand même ce « quelque chose » par le mot « Dieu », en français ? Parce que cela aide à communiquer en société de mettre un mot sur ce que l’on a en tête, sur ce que l’on est en train de réfléchir, et ce sur quoi on a envie de discuter avec une ou des autres personnes.Une fois que l’on a bien conscience des limites et des dangers de ce que l’on fait en appelant « Dieu » ce « quelque chose », cela nous permet d’entrer en débat avec des millénaires de penseurs et avec de multiples cultures. Parce que ce qui est complexe, c’est que chacun met ce qu’il veut derrière ce mot « Dieu ». C’est un peu comme le mot « beau ». Ce n’est pas parce que certain ont une notion du beau qui ne me plait absolument pas que cela m’interdirait de donner ma propre définition de ce que je trouve beau ? C’est précisément ce qui permettra d’en discuter et de chercher ce que pensent les autres d’employer commodément ce mot courant « Dieu » pour parler de la transcendance. Il y a effectivement une quantité de notions et d’attributs mis sur le dos de Dieu qui ne me plaisent pas : juge terrible, tout-puissant, colérique, ayant tout écrit d’avance dans un grand livre… tout cela n’entre pas dans ce que je mettrais dans ce que je pense que Dieu est. Alors, quel Dieu ? Quelles qualités ? Il est important de chercher à le penser par soi-même car cela a une influence sur ce que nous vivons et ce que nous espérons, très concrètement. D’accord avec vous pour le distinguer de l’univers et de le dire puissant. Je dirais qu’il est puissant, mais pas tout-puissant. Il est une suggestion d’évolution sans cesse proposée, jamais imposée, à l’univers et à l’humain. Il est la source, la force puissante, l’idéal qui nous anime, l’Amour avec un grand A, inconditionnel, donnant la vie le mouvement et l’être ?

Face à l’existence du mal, face au scandale de la méchanceté des humains, Dieu est une force qui va dans le bon sens, même s’il n’est pas aussi efficace qu’on le souhaiterait, pas assez rapide. Et donc, je ne crois pas en Dieu malgré l’existence du mal et de la souffrance mais parce que Dieu est cette force puissante, comme vous dites, qui va dans le sens du mieux, du plus beau, du meilleur, du plus vivant.

Ensuite la religion, d’accord avec vous, « je ne crois en aucune religion ». Ce n’est pas en cela que je crois quand je pratique à mon rythme et à ma façon certains exercices religieux. C’est bien ce « quelque chose » auquel je crois, et ce quelque chose que je cherche de cette façon, ce quelque chose vers qui j’aimerais faire place, et donc prier, en quelque sorte. La religion est utile, si on la met à sa place, non comme l’essentiel, non comme sacrée, précisément pas quelque chose en quel on « croit », mais comme un exercice qui se montre seulement assez utile concrètement :

  1. Faire de la théologie c’est à dire à réfléchir en quel Dieu on croit et en quel Dieu on ne croit pas, ce qui permet de mieux cerner l’idéal que l’on se fixe, et quelles sources de progression on discerne ou on cherche. Manifestement, vous pratiquez cet exercice, avec des activités plus ou moins solitaires et plus ou moins collectives, ce qui est parfait. A chacun sa façon et son rythme.
  2. Prier. La prière est utile pour se placer concrètement face à cet idéal et s’ouvrir à cette source.
  3. parfois se relier à d’autres pour s’interpeler et se stimuler mutuellement. C’est ce que vous faites en envoyant cette question, espérant une réponse, gardant tel élément de réponse et écartant le reste.

Mais comment alors arriver à prier ?

Quand on fait de la théologie, on sait que l’on réfléchit sur un « quelque chose » qui échappe à toute équation et toute définition, tout nom. Mais néanmoins, il est un fait que depuis cent mil ans cet animal qu’est l’humain fait souvent l’expérience d’une relation avec ce quelque chose. Pas tous les humains mais une large part, dans toutes les cultures. Comment le prier ? Je dirais que l’essentiel consiste à se lancer.

  • On peut commencer la prière en partant de notre théologie, comme vous le faites : chercher à évoquer mentalement ce que l’on entend par Dieu ou ce « quelque chose » auquel on ne donne pas de nom, dans votre cas. Peu importe les étiquettes déiste, théiste, agnostique, croyant…
  • Ensuite, on peut se lancer à s’adresser à lui, à la 2e personne du singulier, dans le paragraphe précédent, on pensait Dieu comme à la 3e personne du singulier. Que fait-on en tutoyant ce « quelque chose » : on se place face à cette chose comme devant un ami que l’on appelle. Je pense que c’est effectivement essentiel. Si, comme vous le dites et comme je le pense, il y a une quelque chose de puissant qui interagit avec l’univers de façon positive, on peut s’ouvrir à cette force comme si elle était notre ami. tout en sachant très bien que c’est un ami très particulier.

Dieu, ou « quelque chose »,  vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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Marc Pernot

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3 réponses

  1. Damedom dit :

    Chaque soir je vous lis ou vous relis et je m’endors heureuse.
    Merci beaucoup

    • Marc Pernot dit :

      Merci, c’est très touchant.

      Je me couche et je m’endors en paix,
      Car toi seul, ô Eternel! tu me donnes la sécurité dans mon être
      . »
      (Psaume 4:8)

    • Montreuil dit :

      Avec humilité c’est ainsi qu’il est nécessaire de partager le talent, merci pour ce texte qui s’accorde avec la requête du suffrageant !Qui m’est un exercice spirituel,alliant le comparatif avec la notion de ce qui est beau comme suggestions, pour améliorer le son échelle de comparaison avec ce qui est pieux!
      Parfois en effet comme vous l’avez déjà énoncé et expliqué comme des paroles même de Jésus-Christ ,au sujet de prièr ,en se retirant dans une chambre portes fermées,
      Je vais prendre la mesure pour suivre cette invitation

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