Extrait d"un tableau de Spitzweg représentant un bibliothécaire
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Cet article explore la signification profonde des figures du diable et de Satan à travers le prisme de la théologie biblique. En remettant en perspective les croyances dualistes, il propose un éclairage sur l’origine du mal, la souffrance et la part d’ombre inhérente à la nature humaine, bien loin des représentations d’une puissance maléfique personnifiée.


Le diable : une puissance maléfique ou une métaphore ?

Certains pensent qu’il existe une puissance négative personnifiée (ayant une volonté propre) : le diable, ou Satan, ou le Malin. D’autres pensent qu’il y a une seule et unique puissance transcendante, un seul Dieu, et qu’il est bon.
L’enjeu n’est pas mince, car pour combattre une maladie, il est essentiel de ne pas se tromper de diagnostic. Si une personne, par exemple, attribue à un diable d’être la cause de son cancer, alors qu’il est en réalité dû à une exposition à l’amiante, cela ne va certainement pas aider. Au contraire, cette personne va continuer à rester exposée non seulement à l’amiante mais encore à une crainte irrationnelle.

L’origine du mal et de la souffrance : hasard ou volonté divine ?

Si l’on analyse les causes du mal qui nous arrive, est-ce que l’hypothèse que ce soit une sorte de surpuissance invisible qui cherche à faire du mal sur terre est vraisemblable ? Une sorte de dieu méchant (ou d’ange déchu, si l’on veut l’appeler comme ça) cherchait à faire le mal, il enverrait des cancers ou des coups de foudre sur les personnes les plus merveilleuses. Or, nous observons que les catastrophes naturelles frappent au hasard, indépendamment de la valeur spirituelle et morale de la personne. Nous observons que les cancers sont dus soit à une cause concrète comme l’amiante dont je parlais, soit sont simplement dus au hasard, ne frappant pas en priorité les personnes les plus rayonnantes de bien et de bonté.
Que donne la même observation pour ce qui concerne le bien et la santé ? Dieu, tel que le présente Jésus-Christ, cherche à faire du bien à toute personne et à toute la création. Le fait même qu’il existe encore du bonheur et de la vie, qu’il y ait de la bonté et de la beauté dans ce monde matériel est un miracle absolument improbable. Cela me semble justifier que l’existence d’une source de vie est l’hypothèse la plus vraisemblable. Son œuvre est encore en cours, comme le montre cette prière de Jésus : « Notre Père… que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Matthieu 6:10). Le travail de création est en cours, et nous sommes invités à nous joindre à cet effort.

Le diable et Satan dans la Bible

Pourtant, quelques textes de la Bible parlent du diable ou de Satan. Il y en a fort peu comparé à l’ensemble des pages de la Bible, et l’on n’est pas obligé de comprendre ces textes comme parlant d’une personne individuelle surpuissante dans l’invisible qui serait une source de maux en ce monde.

Le refus du dualisme dans la Genèse

À l’époque de la Bible, parmi les voisins des Hébreux une théologie assez répandue était dualiste (avec deux dieux, un bon qui construit et un mauvais qui démolit, avec des anges dans chaque camp). La plupart des personnes qui ont écrit la Bible connaissaient cette façon de voir, mais ils s’en distinguent délibérément par leur compréhension du monde avec un Dieu unique, comme nous le voyons dans le livre de la Genèse. Pour eux, la création du monde ne se fait pas dans une lutte entre une puissance du bien (Dieu) et une puissance du mal (diable, esprit du mal, ou dieu des ténèbres), mais Dieu crée le bien en mettant de l’ordre dans le chaos (Genèse 1:1-5).
Peut-être que certains auteurs de la Bible ont gardé dans un coin de leur théologie des traces de pensée dualiste, comme on voit quelques traces de polythéisme dans certains des textes les plus anciens de la Bible (par exemple : Psaume 82:1 ; Psaume 136:2). Mais ce n’est pas certain du tout que quand ils parlent du diable ou de Satan, ils aient cru à l’existence d’une personne maléfique dans le ciel ou sous la terre. En tout cas cela ne nous oblige pas du tout à le penser.

Le sens originel des mots « Satan » et « diable »

Car « Satan » veut dire tout simplement « ce qui est ennemi », et « diable » veut dire littéralement « ce qui divise, ce qui éparpille ». Ce sont des noms de fonctions, tout simplement. Le fait que ces mots ont été simplement transcrits au lieu d’être traduits dans nos éditions de la Bible est trompeur. En faisant cela, le « traducteur » des textes hébreux et grecs de la Bible choisit de personnifier ce qui est source de mal dans notre monde, alors que, même si l’on croit en une puissance méchante, ce n’est en tout cas pas la seule source de maux.

L’être humain face au bien et au mal

Nous n’avons pas besoin d’aller chercher bien loin pour nous sentir personnellement concernés. Nous avons nos ennemis intérieurs, parfois terribles. Il nous arrive aussi de lutter contre le bien, de blesser ou de tuer, il nous arrive donc d’être une force qui divise et qui produit du chaos. Nous sommes divins, et nous sommes aussi sataniques et diaboliques par certains côtés, nous sommes tous ainsi, plus ou moins, ange et démon.
Mais encore une fois, hors de l’homme, je ne vois pas où serait dans l’univers l’œuvre d’un mal personnifié. Il n’y a dans le monde que l’être humain pour combiner volontairement le mal. Il n’y a que l’homme pour être, parfois, satanique. L’animal ou la nature n’en sont pas capables, ils ne combinent pas le mal. Par contre, il existe un Dieu qui est source de vie et de bonté. Il nous aide à nous soigner de notre tendance à être diabolique, et à être plutôt source de vie dans notre Univers.

En bonus : l’ange et le démon vus par Hergé

En bonus : vous pourriez aller voir sur le site des éditions de Tintin (fiche officielle de Milou (nouvelle fenêtre)), descendez jusqu’à la tentation de Milou (ou ouvrez directement l’image (nouvelle fenêtre)), qui montre une intéressante interprétation de l’ange et du démon par Hergé dans l’album de Tintin au Tibet (un des plus touchants). L’ange est notre bonne conscience exprimant la voix de Dieu en nous, celle de notre vocation. Et le démon est la figure de ce qui nous divise, ce serpent qui parle de la Genèse poussant l’homme à choisir comme dieu son propre désir pour écouter sa voix.

pasteur Marc Pernot

Cet article est extrait de notre dictionnaire des Mots qui piquent (niveau 3). Voir aussi le Petit Dictionnaire de Théologie (niveau 2), les Définitions de base (niveau 1), et les Notions (niveau 4).

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Des pistes de réflexion (Prédications & Méditations)

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6 Commentaires

  1. Deborah dit :

    Vous y dites :
    Certains croient qu’il existe une puissance négative personnifiée (ayant une volonté propre) : le Diable, ou Satan, ou le Malin. D’autres (dont je suis) pensent qu’il y a une seule et unique puissance transcendante, un seul Dieu, et qu’il est bon.

    Dans Matthieu et Luc, on parle de Jésus qui passe 40 jours dans le désert et qui est tenté par le diable à 3 reprises.

    Comment comprendre ce passage ?
    Car la tentation se fait via des questions/pièges. Donc c’est qu’il y a « quelque chose » qui les formules…

    Merci beaucoup d’avance pour votre explication.

    1. Marc Pernot dit :

      Bravo pour vos recherches.
      « diable » est le nom d’une fonction, pas d’une créature. C’est littéralement ce qui divise disperse, éclate. Ici ce qui fait cet effet sur Jésus est la tentation de mettre son pouvoir au service de lui-même au lieu de le mettre au service des autres. Apparemment. Le diable ici est la tentation qui écartèle tout humain. C’est très viscéral, c’est inscrit en chacune de nos cellules dans l’instinct de vie et de survie. Un bébé naît comme cela, égocentrique : personne ne peut lui en vouloir bien sûr, et il n’y a pas de créature maléfique derrière. Ensuite en étant aimé il découvre autre chose.
      Dieu vous bénit et vous accompagne

  2. Djigaba dit :

    Bonjour Monsieur, je lis tout cela avec beaucoup de discernement mais je désirerais vous demander âpres moult lectures pour vous q’est ce que la fornication et est ce que la bible en parle ? Merci

    1. Marc Pernot dit :

      Bonjour
      A mon avis, c’est quand on couche avec une personne sans que ce soit dans une vraie relation mutuelle, où chacun des deux pense à l’autre, est engagé vis à vis de l’autre dans un couple.
      Dans un couple marié, quand une des deux personnes impose du sexe à l’autre, ou une pratique qui n’est pas vraiment désirée par l’autre : c’est de la fornication, et même parfois du viol. Quand un homme ou une femme trompe son conjoint c’est de la fornication. Quand une personne célibataire couche dans des rencontre éphémères, c’est de la fornication.
      Ce n’est pas que Dieu soit fâché, bien entendu. C’est simplement que l’on vit de façon chaotique, et que ce n’est pas comme cela que l’on se construit une belle vie, une belle personnalité.

  3. Laura dit :

    Je suis plutôt d’accord avec vous : une force négative, cela voudrait dire, pour moi, qu’il y a quelqu’un d’aussi puissant que Dieu ou presque, et effectivement s’il existait il gâcherait la vie de tout le monde. Mais dans ce cas pourquoi Jésus exorcise-t-il des personnes dans les Évangiles ? Est-ce une « métaphore » pour dire qu’il guérit la personne ?

    1. Marc Pernot dit :

      Oui.
      Mais c’est même plus sympa que cela : cela dit à la personne que ce qui ne va pas chez elle n’est pas dans sa nature. Que cette personne est bonne et bien aimée de Dieu.
      Par exemple, on dit d’une personne : c’est un aveugle. Ce n’est pas sympa, cela met sa cécité dans sa propre nature. Alors que c’est une personne avec un nom, une personnalité. Par ailleurs, cette personne est frappée par quelque chose qui l’empêche un petit peu d’exprimer pleinement sa personnalité.

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