Jésus est-il en agonie jusqu’à la fin du monde (comme le dit Blaise Pascal) ?

Christ crucifié (peinture de Vélasquez vers 1632)

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Monsieur,

J’ai du mal à comprendre comment Pascal peut dire que « Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde » ou comment un croyant dans un camp d’extermination nazi a pu répondre à un homme en colère devant la pendaison atroce d’un prisonnier, qui lui demandait « Où est ton Dieu en ce moment ? » « Tu ne le vois donc pas ? » répondit-il. « Il est là, sur la potence ! ». Cela voudrait dire, non sans grandeur, que le Christ réellement souffre dans les personnes victimes de pauvreté, d’injustice et de violence. Mais Calvin n’a t-il pas dit que le Christ est « mort une fois pour toutes »?

Ma question n’est pas très clairement formulée mais j’ose penser que vous la prendrez en compte néanmoins.

Je vous remercie

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir madame

Votre question est très très claire.

En ce qui concerne « Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde », il me semble que cela nous appelle, tous, chacune et chacun, à le soutenir, à l’aimer, à l’entourer, à être pour lui un ami fidèle. Contrairement à Pierre, Jacques et Jean qui se sont endormis quand quand il pleurait de devoir être exécuté, ou quand presque tous l’ont laissé seul en croix.Bien entendu, le Jésus historique est mort une fois pour touts sur la croix. Mais c’est ce qu’il a manifesté sur terre qui est encore souffrant, crucifié, ne vous semble-t-il pas ? Notre époque est peut-être la moins violente et la moins haineuse (malgré tout ce qui nous choque) de toute l’histoire de l’humanité, mais l’amour de Dieu et l’amour du prochain que manifestait Jésus sont quand même un peu à la peine, non ? Pascal a raison d’attirer notre attention là dessus, sur ce hiatus entre ce qu’espère Jésus et ce que nous vivons ? Cet appel à répondre à sa prière au moins en ne nous endormant pas mais en veillant avec lui, pleurant avec lui sur ce manque de cohérence entre ce que nous savons être le bien et ce que nous arrivons à vivre (collectivement et individuellement) ? Bien entendu, cette contemplation de la souffrance du Christ était dans l’air du temps au XVIIIe siècle, et cela nous inspire beaucoup moins aujourd’hui, à juste titre car il vaut mieux fixer les yeux sur le but, sur l’idéal visé, plus que de toujours ruminer sur nos manques et notre insuffisance, et en pleurer. Mais il peut y avoir des positions plus équilibrées entre exagérer la repentance et ignorer nos progrès à faire. Surtout quand, précisément, nous sommes avec Dieu en qui nous avons un ami de toute confiance, un allié et non un juge.

Voir cette pensée de Pascal en rapport avec ce thème : http://www.penseesdepascal.fr/Hors/Hors14-moderne.php

Pour ce qui est de la terrible scène dans un camp d’extermination nazi, désignant le supplicié sur la potence comme figurant le Christ, c’est évidemment un témoignage poignant. Chacun a sa propre façon de vivre sa foi, et je ne sais pas ce que je ressentirais dans une situation de cette sorte. D’un point de vue théologique, cela met dans un certain sens en valeur Dieu comme sauvant le monde non par la force mais en rejoignant, en épousant la cause de ceux qui sont faibles, opprimés, persécutés. C’est peut-être ce qu’a pu sentir cette personne témoin de cette scène : que Dieu ne les avait pas abandonné mais qu’il était à leurs côtés, souffrant avec eux par la méchanceté humaine. Ce serait ce que dirait un chrétien en lisant cela Là encore, ce n’est pas Jésus, l’homme de l’histoire, qui était là, assassiné par les nazis, mais la justice et l’amour du prochain qu’il a incarnés. Mais ce témoignage est tiré de Ce serait ce que dirait un chrétien en lisant cela Là encore, ce n’est pas Jésus, l’homme de l’histoire, qui était là, assassiné par les nazis, mais la justice et l’amour du prochain qu’il a incarnés. Mais ce témoignage est tiré de « La Nuit » d’Élie Wiesel, le témoin de la scène est donc un juif et non un chrétien. Peut-être, donc, que le témoin de cette scène s’est réellement senti totalement abandonné par Dieu dans sa détresse totale. C’est aussi ce qu’a vécu David quand il prie le Psaume 22, et Jésus à sa suite sur la croix.

Donc oui, Jésus est mort « une fois pour toutes », manifestant que l’amour de Dieu est absolu, prêt à tout donner pour un seul d’entre les humains. Mais le sens de ce don demeure, disant que l’amour de Dieu est plus fort que la mort, et que cet homme assassiné injustement est gardé par cet amour pour toujours. Et que, avec nous, Dieu pleure de ne pas avoir pu convaincre l’humanité de ne pas permettre cette folie.

Merci pour ces deux passages qui sont profondément interpellants.

Dieu vous bénit et vous accompagne

par : pasteur Marc Pernot

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :

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1 réponse

  1. ANDIRAN nathan dit :

    Oui. La réponse du Pasteur est pleine de sens. Une petite histoire racontée dans le Talmud nous aide à illustrer un peu la réponse.
    « Des disciples viennent rendre visite à un grand Rabbi de Rome afin de l’interroger .
    _Dis-nous, Rabbi, quand et où le Messie reviendra t’il ? Et le Rabbi de leur répondre: « Allez dans les faubourgs de la ville, là où sont les plus pauvres et les plus délaissés. Et si vous voyez des hommes qui leur apportent aide et soins, alors le Messie est déjà là. En somme, en faisant ce que le Christ nous enjoint de faire, nous donnons à voir un Christ vivant et ressuscité. En nous dédouanant de cela, nous donnons à voir un Christ agonisant.

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