Perspective : Bénir ? À quoi bon ? Par Elisabeth Parmentier

Un bébé avec noeud papillon lève les bras - Photo by Zachary Kadolph on Unsplash

N°18 d’Une perspective à la foi
Eglise Protestante de Genève.
Un encouragement à réfléchir, discuter :
par exemple dans les commentaires ci-dessous.

Par : Elisabeth Parmentier

Si vous me demandiez : « A quoi peut bien servir une bénédiction? »

je ne saurai que répondre que son air n’est pas l’utilité, mais la gratuité du don et l’espérance de sa fécondité. Or la fécondité est de longue haleine, et souvent de peu de visibilité…

 

Si vous ajoutiez : « Alors, à quoi bon bénir ? »,

nous serions sur une voie prometteuse, car le « bon » est l’air du monde voulu par Dieu dans sa création d’une incommensurable prodigalité : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voici, c’était très bon » (Gn 1,31). Il bénit les animaux de toutes espèces (v.22), et les êtres humains (v.28) pour qu’ils poursuivent le don de vie.

Bénir, pour les humains, c’est être de bons responsables de la création (v.28s). Poser sur ce monde magnifique, mais si vulnérable et toujours menacé, le regard accoucheur d’avenir, la main qui protège et la parole qui relève. Dans la transparence au Donateur : « Mon âme, bénis le Seigneur ; Que tout en moi bénisse son saint Nom. Mon âme, bénis le seigneur et n’oublie aucun de ses bienfaits » (Ps 103,1-2)

 

Si vous doutiez : « Alors à quoi puis-je m’attendre si je suis béni-e ? »,

nous ferions mémoire ensemble de la promesse qui contient tout : « Je suis moi-même avec toi, je te garderai partout où tu iras » (Gn 28,15). Promesse tenue pour le peuple élu et reconnue en Jésus Christ : « Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient » (Mc 11,9).

 

Et si vous insistiez : « Mais que puis-je espérer ? »,

nous essayerions de discerner au cœur de la vie, tant obscurcie par les angoisses, les maux et les malheurs, une force de résistance qui ne dépend pas de nos capacités et ne vit que d’être saisie et crue : « Car tous et toutes, vous êtes, par la foi, fils et filles de Dieu, en Jésus-Christ » (Ga 3,26).

 

Rien de plus ?

L’Eglise ne peut pas, en toute responsabilité, promettre la prospérité, la réussite, la garantie de la santé ou une protection à toute épreuve… bien que la proximité de Dieu éprouvée grâce à un humain bénissant puisse faire des miracles. Mais elle peut offrir ce que personne ne peut se dire à soi-même : une parole qui nous accorde de la valeur, et qui donne un sens à notre vie : vivre au service d’une co-humanité de frères et sœurs.
Plus simplement, l’Eglise est chargée d’annoncer avec constance et confiance : « Que le Seigneur te bénisse et te garde. Que le Seigneur fasse resplendir sa face sur toi et t’accorde sa grâce, que le Seigneur tourne sa face vers toi et t’accorde sa paix » (Nb 6,22-26)

 

Si finalement vous demandiez : « Comment puis-je bénir ? »,

nous nous laisserions mener par le Souffle qui fait naître une humanité : « Je te bénirai […] Deviens donc une bénédiction » (Gn 12,2). En acceptant de remettre au monde la fragilité d’une vie reçue en cadeau : « Ne rendez pas mal pour mal, ni insulte pour insulte ; au contraire, bénissez, car c’est à cela que vous avez été appelés […] » (1 Pi 3,9).

Lutter contre les maux dépasse nos forces. Mais propager une tranquille contagion de bonté ne dépend que de nous.

 

Elisabeth Parmentier,
professeure de théologie (Université de Genève)

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