Extrait d"un tableau de Spitzweg représentant un bibliothécaire
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Le doute n’est pas le contraire de la foi, mais son moteur. En théologie comme en science, remettre en question ses certitudes permet d’éviter l’intégrisme et d’accueillir une compréhension de Dieu plus profonde, authentique et ancrée dans la réalité de l’existence.


Le doute comme moteur de progression

La science progresse en se remettant en question, en réfléchissant sur ce qui fait qu’une expérience ne cadre pas tout à fait avec le modèle théorique, en cherchant ainsi à le perfectionner. C’est comme cela qu’Einstein a perfectionné la physique de Newton avec la relativité, que Planck, Bohr, Heisenberg et Schrödinger ont développé la mécanique quantique. S’ils n’avaient pas douté de leurs modèles, la science n’aurait pas progressé et progresse encore.

Théologie et certitude : le risque de l’idolâtrie

La pensée théologique avance également grâce au doute. Celui qui n’aurait pas de doute en théologie serait bien trop certain de ce qu’il pense. Il confondrait la théologie et Dieu lui-même. On n’est alors pas loin de l’idolâtrie, cette sorte d’erreur qui consiste à prendre une construction humaine comme Dieu. Déjà en ce qui concerne une personne humaine, elle sera toujours bien plus que tout ce que peut dire sur elle son meilleur ami. Pour Dieu, c’est encore plus compliqué, par conséquent le doute est sagesse, et ne pas douter serait une manifestation de l’orgueil humain, de cette folie de l’outrepassement (de l’hubris) qui fait tant de dégâts, qui est source de tant d’intolérance et de haine. On touche alors à l’intégrisme.

Repenser l’existence de Dieu

Pour ce qui est de l’existence de Dieu, on peut évidemment en douter à différents degrés puisque, comme le dit Jésus, « Personne n’a jamais vu Dieu. » (Jean 1:18), mais il y a bien des choses qui existent que nous n’avons jamais vues (par exemple l’amour ou notre trisaïeule). Ce serait dommage de trancher cette question trop vite. Tout dépend de ce que l’on entend par le mot Dieu. Si l’on pense à un vieux monsieur barbu assis quelque part dans le ciel, il n’existe effectivement pas. Si l’on entend par Dieu ce qui est créateur dans notre vie, ce qui fait que nous évoluons et que l’univers évolue, alors je pense que l’on approche déjà d’une certaine idée de Dieu.

Le doute, un allié de la foi authentique

Le contraire de la foi, ce n’est donc pas le doute, mais c’est plutôt de ne pas s’intéresser à Dieu. Celui qui doute s’intéresse quand même à Dieu, il se bat avec la Parole de Dieu, avec une certaine expérience de lui ou de ses actions, avec ce qu’il comprend de lui. C’est comme cela que l’on progresse… à condition de continuer à chercher.

C’est alors un doute fécond, c’est un espace où nous pouvons accueillir la nouveauté que Dieu désire nous apporter aujourd’hui à nous spécifiquement ! Cette part de doute est alors une chance que nous nous donnons pour progresser, pour approfondir, pour nous élever, pour affiner, pour enrichir de plusieurs nuances notre théologie et notre éthique, notre foi.

L’inconfort d’une foi en recherche

Je sais aussi que c’est inconfortable de ne pas avoir des certitudes en béton armé, cette ouverture à la recherche de Dieu peut sembler un peu inquiétante au début, mais une foi authentique est à ce prix, c’est comme ça que Dieu pourra vraiment entrer en résonance avec notre personnalité, avec les circonstances présentes de notre vie. Comme le dit Blaise Pascal, qui dans un moment de doute a reçu cette pensée importante : « Console-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé ! » (Pensées 553)

L’exemple de Jésus sur la croix

C’est ainsi que Jésus, accablé de souffrances sur la croix, se met à douter du fait que Dieu l’accompagne et qu’il est bon. Que fait Jésus alors ? Il prie ! Il s’adresse à ce Dieu qu’il ne sent plus présent en ces termes : « Eli, Eli, lema sabachthani ?« , c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27:46). C’est inspirant pour nous, et il retrouve sa confiance en lui.

Surmonter le doute destructeur

Il y a aussi un doute destructeur, parfois introduit comme un poison dans notre cœur par des contretémoignages de personnes se présentant comme des modèles de foi. Parfois aussi, le doute destructeur vient d’un trop-plein de malheur alors que l’on avait toujours entendu que Dieu était « tout-puissant » et voilà qu’un malheur particulièrement injuste nous accable, par exemple la mort d’un enfant alors que nous avions demandé à Dieu de toute notre âme de le guérir, et voilà que la maladie a été la plus forte. L’écart entre l’idée de Dieu que nous avions en tête et l’expérience est tel, et cela arrive à un tel moment qu’il arrive hélas que la personne cesse aussitôt de chercher Dieu. Au moins pour un temps. C’est extrêmement dommage car la foi lui aurait été bénéfique comme ouverture vers Dieu qui, s’il n’est pas tout-puissant, est certes infiniment puissant et nous accompagne.

D’où l’importance d’avoir une foi en recherche, plus fondée sur la recherche de Dieu, et l’expérience que la personne de Dieu est toujours au-delà de l’idée que nous nous faisons de Dieu. Dès lors, quand notre expérience de vie ne cadre pas avec notre idée de Dieu, cela nous amène à la réviser sans pour autant rejeter Dieu.

pasteur Marc Pernot

Cet article est extrait de notre dictionnaire des Mots qui piquent (niveau 3). Voir aussi le Petit Dictionnaire de Théologie (niveau 2), les Définitions de base (niveau 1), et les Notions (niveau 4).

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