20 mai 2026

Un pèlerin traverse une grande forêt dans la brume - Photo de Johanneke Kroesbergen-Kampssur https://unsplash.com/fr/photos/une-personne-a-velo-sur-une-route-entouree-darbres-5VTbXynZFWA
Foi

Peut-on avoir la foi et douter ? Réflexion sur le mal, notre faiblesse, l’actualité

1x
100%

Cet article propose des éclairages théologiques et philosophiques face aux interrogations profondes sur l’existence du mal, la faiblesse humaine et l’évolution du monde. Il montre comment le doute, loin d’être un échec de la croyance, constitue une composante normale, saine et féconde du cheminement spirituel.


Question :

Bonjour,

Catholique, non pratiquant, tous les sacrements reçus dans une cathédrale. 10 ans de scoutisme, pèlerin de saint Jacques de Compostelle.

Le doute persiste.

Comment le Créateur a-t-il pu créer le Mal, de même puissance, semble-t-il, que lui, et dominant l’humanité depuis sa création, selon nos modestes connaissances ?

Au moment de l’arrestation de Jésus, Pierre, qui vivait constamment en sa compagnie, avait une parfaite conscience de sa nature divine. Cependant, il l’a trahi (accomplissant la prédiction) par peur, plus forte que l’amour ? Comment peut-on être plus fort que Pierre 2000 ans après, n’étant attaché qu’aux écrits traduits, voire interprétés ? La prière, me direz-vous ! Elle a pour effet de susciter la « réflexion » sur le sujet, mais n’apporte pas de solutions (apparentes) aux questions ou demandes posées, et s’il semble qu’une porte s’ouvre, il y en a 100 autres derrière à ouvrir.

Quant aux événements internationaux et à l’évolution de la déshumanisation du monde, j’y vois comme un reflet de l’eschatologie. (très imaginatif)

Mon âge me permet d’espérer une réponse proche à ces questions.

J’espère juste que le doute sera transformé en certitude au dernier moment.

Je suppose que vous partagez cette dernière phrase ! (Nous ne sommes que des humains !)

Ultreïa & suseïa !

Réponse :

Cher Gérard,

Excellent ! C’est beau d’exercer ainsi sa foi de façon ecclésiale et de façon individuelle avec ardeur. Bravo de vous poser des questions, et en plus de vous poser des questions fondamentales, c’est courageux et, je le pense, fécond.

Sur l’existence du mal

La question de l’existence du mal et de la souffrance est une question théologique et philosophique importante. Certains ont assuré qu’elle n’avait pas de réponse, que c’était « le grand mystère de la foi » : je trouve que c’est une façon un peu cavalière de masquer les incohérences et les insuffisances de ses propres doctrines d’un voile pudique. Or, comme vous le montrez bien dans votre touchant témoignage, ne pas répondre à cette question est nocif pour notre foi, c’est nocif pour notre façon de vivre les événements difficiles, et c’est nocif pour la façon de trouver notre vocation en ce monde. Comment prier le cœur ouvert un Dieu dont on soupçonne qu’il lui arrive de torturer ou de laisser torturer des enfants alors qu’il aurait pu réagir ? Comment lutter contre le mal si on pense que, d’une certaine façon, Dieu en est la cause ou le permet ?

Or cette question a des réponses. Elle en a même beaucoup, dont certaines me semblent intéressantes et d’autres moins. Comment trier ? Il me semble essentiel de garder l’assurance que Dieu n’est jamais derrière aucune souffrance, que Dieu n’en approuve aucune, qu’il les supprimerait toutes d’un coup de baguette magique si cela lui était possible. Car la bonté radicale de Dieu me semble un point essentiel de ce que nous a fait découvrir Jésus-Christ.

Par conséquent : quelles réponses ? Voir par exemple : cet article, cette prédication.

Pour ce qui est de Pierre

Les apôtres sont souvent présentés dans les Évangiles sous un pas très bon jour : ils ne comprennent rien, sont ambitieux, chassent les pauvres gens, trahissent.

C’est sans doute en partie historique.

C’est aussi un encouragement pour nous : même si nous ne sommes pas géniaux, nous avons notre place dans l’église, mais même dans l’équipe agissante, comme nous le pourrons.

C’est enfin un avertissement par avance des évangélistes : il ne faut pas confondre l’Église (les apôtres) et le Christ. C’est plus qu’une différence de degré, c’est autre chose.

Pour ce qui est de la fin du monde.

Je reconnais qu’il y a des événements préoccupants dans l’actualité, mais je n’y vois rien que du très classique dans l’histoire humaine. Déjà à l’époque de la Genèse 6:5 : “L’Éternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal.” La fin de l’histoire du déluge nous montre que Dieu apprend à faire avec, qu’il fait alliance. C’est une invitation pour notre compréhension de Dieu mais aussi un encouragement pour notre propre façon d’être en ces circonstances.

Nous avons peut-être oublié après deux générations de paix entre Européens combien c’était une sorte de miracle. Nous avons tendance à trouver que c’est la normalité. Pas du tout. L’homme est un loup pour l’homme. Certes, le Christ nous invite à vivre autrement, par la foi, en aimant. Le message est entendu, mais pour quels résultats ? Ils existent mais sont décevants. Il est naturel que les progrès de l’humanité soient lents : chaque génération repart à zéro, commence par revivre toute l’évolution depuis la première cellule jusqu’à l’animal, puis apprend à parler, devient un être de culture, de réflexion, de prière, s’élève ainsi et grâce à Dieu dans une évolution quasi transcendante. Mais pour cela, il faut que chaque génération respecte suffisamment les générations précédentes pour apprendre et garder le meilleur avant d’ajouter sa propre pierre. C’est vrai en science mais aussi en humanité et dans le plan spirituel.

Ce qui est à mon avis à retravailler, donc, c’est l’éducation. Avec en particulier la culture mais aussi le respect des générations passées, au moins à titre d’inventaire. Alors nous pourrions recommencer à avancer.

Je n’y vois nulle trace de la fin du monde, ni de la sénescence de l’humanité. Mais au contraire une petite crise d’adolescence de l’humanité. Une crise assez « gratinée », c’est vrai. En général, ça passe vite et c’est pour le meilleur, mais il y a quand même du danger quand la crise d’adolescence est trop furieuse ou trop angoissée.

Conclusion sur le doute :

Le doute est complètement normal : d’abord, because, comme vous dites très bien, nous ne sommes que des humains et que Dieu dépasse tout ce que l’on peut penser et dire : comment pourrions-nous avoir une pensée absolue sur Dieu ? Par conséquent le doute est sagesse, et ne pas douter serait une manifestation de l’orgueil humain, de cette folie de l’outrepassement (de l’hubris) qui fait tant de dégâts, qui est source de tant d’intolérance et de haine.

Je pense que nous aurons effectivement des réponses quand nous serons dans la vie future, mais j’espère qu’il restera quand même quelque chose qui est de l’ordre du doute, de l’interrogation, car même alors nous ne serons pas Dieu. Même notre conjoint avec qui nous vivons chaque jour face à face : nous savons que nous ne le connaissons pas à 100 % : il doit rester pour nous en partie une énigme, cela fait partie du respect. Encore plus pour Dieu.

Le doute est fécond quand il continue à chercher, à creuser, à tâtonner car il est alors un chemin de vie. C’est manifestement votre cas. Et je vous félicite.

En tout cas, n’ayez aucune crainte, car jamais le doute et le questionnement n’ont empêché Dieu d’aimer une personne. Bien sûr. Dieu vous bénit et vous accompagne, encore et toujours, même si vous en doutiez complètement.

Comme le chemin de Saint-Jacques, la vie est une marche, et cette devise que vous citez, « Ultreïa et suseïa », donne un bel élan : « plus loin et plus haut ! », cri par lequel le pélerin encourage un autre pélerin, et par là s’encourage aussi lui-même. Mais comment pourrions-nous avoir cet état d’esprit si nous pensions être déjà arrivés comme celui qui ne doute plus ?

pasteur Marc Pernot

Partagez cet article sur :
  • Icone de facebook
  • Icone de twitter
  • Icone d'email

Articles récents de la même catégorie

Articles récents avec des étiquettes similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *