11 mai 2026

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Foi

Peut-on choisir de croire en Dieu ? Réponse à Philosophie Magazine

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La question de la volonté dans la démarche spirituelle interroge autant la raison que le sentiment. À travers un dialogue entre philosophie contemporaine et théologie, cet article explore si la foi est une expérience reçue ou un choix délibéré, offrant des perspectives pour nourrir sa propre recherche intérieure.


Dans Philosophie magazine (je vous recommande : la newsletter est gratuite et le magazine excellent), je lis cet extrait de dialogue entre un lecteur du magazine et le philosophe Charles Pépin. C’est bien intéressant et au passage cela montre que la philosophie contemporaine n’est absolument pas fermée à la théologie, à la spiritualité, à la foi. Bien sûr. Et cela nous encourage en tant que chrétiens à dialoguer aussi avec la philosophie de tous les siècles, plutôt que de nous enfermer dans notre tour d’ivoire.

Jean-Paul, lecteur de notre magazine [Philomag], trouve que “choisir de croire en Dieu” est une idée qui sonne un peu bizarre. On peut choisir ce qu’on veut manger à midi, la paire de chaussures qu’on va porter aujourd’hui… Mais peut-on choisir de croire en Dieu ? C’est le dilemme qu’il nous a transmis dans un courrier et auquel Charles Pépin répond ce mois-ci dans nos pages.

La perspective philosophique : entre raison et expérience

Charles Pépin retourne d’abord la question : pourquoi ne pourrait-on pas choisir de croire en Dieu ? Peut-être parce que Dieu, s’il existe, est au-delà des arguments.

Il prend l’exemple célèbre du philosophe Pascal, qui dit avoir été foudroyé par l’amour infini de Dieu. Comme l’écrivain Emmanuel Carrère, qui relate son expérience de foi dans le livre “Le Royaume”, Pascal n’a pas fait le “choix de la foi” : ni l’un ni l’autre n’ont pesé le pour et le contre, ou examiné des arguments. De Dieu, tous deux ont fait une “expérience”.

Or choisir, c’est analyser rationnellement avant de trancher. Et Dieu est une hypothèse assez clairement irrationnelle ! Ainsi, vouloir rationaliser la foi, ce serait trahir et la foi dans sa beauté, et la raison dans sa rigueur. Que veulent dire, alors, ceux qui prétendent avoir “choisi de croire en Dieu” ? Ils parlent sans doute plutôt de leur identité, de leur appartenance à un groupe et à certaines valeurs. En ce sens, leur choix est existentiel.

Mais Dieu n’a rien à voir là-dedans. Si Dieu est un mystère absolu, infini et inconnaissable, alors nous ne pouvons effectivement choisir de croire en lui comme on choisirait un candidat aux élections. On ne peut choisir quelque chose dont on ignore la véritable nature. Mais on peut l’éprouver, plus ou moins malgré soi. Ainsi, ceux qui disent avoir “choisi” de croire en Dieu… prouvent peut-être par là leur absence de foi !

➤ Lisez son argumentation complète dans notre nouveau numéro 199.

Réponse théologique : la pluralité des chemins de foi

Ce n’est pas une question seulement abstraite. Charles Pépin répond d’ailleurs avec les expériences très personnelles de Blaise Pascal et d’Emmanuel Carrère qui fondent leur foi sur une expérience de Dieu. Cela est plus courant qu’on ne le pense. Et effectivement cela ne se choisit pas. Je connais bien des personnes qui étaient athées, éduquées dans l’athéisme, et qui ont bénéficié d’une telle expérience par surprise, sans l’avoir choisie, ni même imaginée.

Mais il y a aussi d’autres personnes qui n’ont pas eu ce type d’expérience vive et qui choisissent d’avoir la foi. Je vous assure. Et cela pour plusieurs raisons possibles :

La foi par inspiration et héritage

J’ai vu bien des personnes qui arrivent dans mon bureau en disant que leur grand-mère (ou leur grand-père) était très croyante, que cela lui donnait un rayonnement formidable, et qu’ils aimeraient avoir la foi. Motivé ainsi, à 9/10, ce petit-fils ou cette petite-fille découvre avec bonheur ce que c’est que la foi. La leur.

La recherche intellectuelle et théologique

D’autres raisons existent : par exemple, par choix de s’intéresser à Dieu en tant que figure de leur idéal et qui font de la théologie, lisent, étudient la Bible et prient : ils entrent dans une démarche de foi qui va ensuite prendre de l’épaisseur…

Il y a aussi des personnes qui choisissent de s’intéresser à la question de Dieu parce que leur fiancé ou leur meilleur ami ou leur frère, par exemple, « a la foi » et qu’elles choisissent de s’y intéresser par curiosité respectueuse.

Il y a aussi des personnes nées dans une famille chrétienne, catéchisées, communiées, mariées à l’église et tout ce que l’on veut et dont la religion est effectivement comme une identité. On est alors protestant ou catholique comme on serait Genevois ou Vénitien. Parmi ces personnes, j’en connais bon nombre à qui il arrive, en plus, de s’intéresser un jour à ce qui n’était pour eux qu’une racine pour se l’approprier, pour la vivre. Ce choix au départ était souvent très pratique : reprendre la Bible que l’on avait reçue à 15 ans et la lire, aller à un culte de Noël et décider de poursuivre en y allant une fois par mois, par exemple.

Chercher la transcendance au quotidien

Pour certaines autres personnes, cela peut être une recherche spirituelle et philosophique, choisissant de faire attention à ce qui fait la qualité et la profondeur de la vie, au-delà de la simple matérialité, de la simple survie de nos cellules, de la course quotidienne : et chercher à prendre en compte ce qui est de l’ordre de la beauté, du sens, de la capacité à aimer. C’est déjà choisir d’avoir la foi : s’ouvrir à ce qui déborde, à ce qui est de l’ordre d’une transcendance. Il arrive que ce soit suite à une écoute de cantates de Bach ou une lecture de Dostoïevski que l’envie de creuser la question de la foi émerge, mais cela reste subliminal, cela nourrit un choix mais cela ne le contraint pas.

Donc c’est vrai que chez certaines personnes la foi s’est comme imposée à elles, pour d’autres personnes, c’est un choix personnel, effectivement, de chercher du côté de la foi. Or, comme le dit Blaise Pascal : commencer à chercher dans ce domaine, c’est déjà avoir trouvé Dieu, ou avoir été trouvé, rejoint par lui (« Console-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé »).

Conclusion : l’ambiguïté féconde du « croire »

Et pour répondre au philosophe Charles Pépin dans sa conclusion de cet extrait : Non, ce n’est pas seulement une identité, et, si : Dieu, d’une certaine façon, a tout à voir avec ces démarches et c’est bien vers lui que ces personnes avancent et souvent découvriront. Et oui, on peut choisir quelque chose dont on ignore la véritable nature, j’en suis témoin pour moi-même et pour de multiples personnes. Pour saisir cela, il faut saisir l’ambiguïté du verbe « croire » en français : il désigne à la fois deux verbes grecs différents, deux expériences différentes : celle de penser l’existence de Dieu (la croyance), et celle de s’ouvrir à la transcendance (la foi).

Et oui encore : ceux qui disent choisir d’avoir la foi ont la foi et une absence de foi (à la fois, si je puis me permettre ce jeu de mots). Mais si l’on veut bien être honnête, c’est plus ou moins le cas de chacun de nous. Il y a même cet extraordinaire homme dont l’Évangile a gardé la mémoire, confessant à Jésus : « Je crois ! (j’ai foi !) viens au secours de mon absence de foi ! » (Marc 9:24)

Et enfin : choisir d’avoir la foi, et choisir de creuser sa foi si on n’a pas choisi de l’avoir : cela me semble un des plus beaux cadeaux que l’on puisse se faire à soi-même. Il faut voir la joie et la gratitude que tant et tant de personnes ont pour ce que leur a apporté cette démarche. Que vous ayez la foi ou non, que vous croyiez en Dieu ou non, Dieu vous espère, vous attend et commence déjà à vous bénir.

pasteur Marc Pernot

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4 Commentaires

  1. Pascale dit :

    La question est étrange, dans la mesure où il me semble que la réponse se trouve dans le témoignage. S’il existe des personnes qui ont fait le choix de croire en Dieu, alors c’est manifestement possible, et pour comprendre la démarche, le meilleur moyen est de les écouter. Mais qu’on ait choisi de croire, qu’on ait vécu une expérience spirituelle, ou qu’on se situe dans une des multiples nuances entre les deux, le défi reste le même : choisir Dieu au jour le jour, dans la sincérité. C’est peut-être cela, choisir de croire en Dieu.

    1. Marc Pernot dit :

      Excellent ! Grand grand merci pour cette écoute.

  2. Lili dit :

    Merci Marc, il est vraiment passionnant cet article et je m’y retrouve à quelques endroits.

    Bien sûr qu’on peut « choisir quelque chose dont on ignore la véritable nature » : le métier qu’on exerce par exemple (et heureusement, car peut-être ne l’aurions-nous pas choisi…), son conjoint/sa conjointe (heureusement, peut-être ne l’aurions-nous pas choisi(e)…), un livre lu au hasard (heureusement, peut-être n’aurions-nous pas choisi ce passage…) alors que nous trouverons peut-être des merveilles dans ce métier, ce conjoint/cette conjointe ou ce livre. Il n’y a pas qu’avec Dieu que la véritable nature des choses nous échappe dans le choix. C’est l’essence et le drame du choix : nous devons à un moment décider sans attendre d’avoir fait le tour de la question qui est impossible à réaliser et aussi prendre le risque d’être déçu, mais s’il faut choisir il faut en passer par là.

    Et à partir de ces expériences mystiques comme celle de Pascal, de Claudel, il me semble qu’il y a aussi un choix. La personne ne décide certes pas de faire cette expérience mais décide bien de ce qu’elle va en fera, non ? en parler ou non, chercher à la prolonger ou aller voir un psy, écrire un livre, faire des conférences… et déjà en l’interprétant dans sa propre compréhension. Descartes aussi a eu une illumination ou révélation dans son poêle en Hollande et ne s’est pas tourné vers Dieu pour autant (croire dans votre sens 1) mais par contre il a eu foi (croire dans votre sens 2) dans sa méthode puisque cela a largement déterminé son existence de philosophe et ses écrits ultérieurs.

    Par rapport au choix de chaussures ou du menu, Pépin met l’accent sur le fait que la raison peut les étudier et déterminer en pesant le pour et le contre et que pour Dieu ce n’est pas possible car relevant d’une dimension inconnaissable pour la raison. Mais il y a une différence plus importante : c’est justement le choix comme alternative. Nous choisissons entre telle ou telle paire, entre tel ou tel menu, que nous comparons. Mais avec Dieu cela ne fonctionne pas. Ce n’est pas seulement parce que Dieu, dans sa nature n’est pas accessible à la raison que cela n’a pas de sens de choisir de croire en lui mais surtout parce qu’il ne peut être réellement l’objet d’un choix dans ce sens-là. Avec quoi pourrions-nous le comparer pour évaluer à partir d’un choix rationnel ce qu’il faudrait choisir ? puisqu’en face il y a le « ne pas croire ». Parlerait-on de choisir une paire de chaussures si le rayon était constitué de paires toutes identiques ? car on ne choisit pas entre une paire de chaussures et son absence. Et il n’y a pas plus d’éléments rationnels qui pousseraient à choisir l’athéisme. Il me semble qu’on ne choisit pas plus de ne pas croire que de croire au sens d’une évaluation des bonnes ou mauvaises raisons.

    L’argument de l’adhésion à un groupe, à une identité est quant à lui assez faible. Il ne me semble pas fondateur. On peut choisir des rites par identification oui, cela arrive on baptise, on fait sa communion, on se marie pour faire comme tout le monde dans la famille. Mais cela est sans rapport avec choisir de croire me semble t -il. Ou alors je ne vois pas.

    Donc, ok pour dire que « choisir de croire » est un choix d’un genre particulier, un choix existentiel, un choix qui fait exister d’une certaine façon l’individu qui fait ce choix. Mais je ne dirais pas que « choisir de croire » relève d’un manque de foi, au contraire puisque c’est un horizon qui est choisi, peut-être un peu plus flou que pour ceux qui disposent de la « foi du charbonnier » ou qui ont fait une expérience spirituelle intense. « Choisir de croire » semble même dans cette perspective le synonyme d’espérer.

    1. Marc Pernot dit :

      Chère Lili,

      Je ne sais pas si l’on peut dire que « Dieu relève d’une dimension inconnaissable pour la raison », la preuve : les théologiens et philosophes de tout bord en discutent ardemment depuis toujours et partout.

      Et Dieu en tant que « préoccupation ultime », Dieu en tant qu’objet de notre adoration, Dieu en tant que sujet d’expériences pour les humains depuis des dizaines de milliers d’années et ce que l’on en fait, Dieu en tant que « ce qui est créateur dans l’univers » : tout cela est largement accessible à la raison. Dieu en tant qu’être est certes un petit peu plus inaccessible à la raison, bien que.

      Nous pouvons comparer, comme pour une paire de chaussures, ce qui nous convient ou non dans tous ces champs de pensée, d’inspiration et d’expérience. Choisir la paire avec laquelle nous marcherons bien.

      Selon la foi que les personnes ont ou non, leur vie change très concrètement, selon la ou les fois de leurs citoyens, les peuples se développent de telle ou telle façon. Cela peut s’analyser et se réfléchir.

      Ce n’est donc pas seulement une alternative entre le « croire » et le « ne pas croire » : il y a un continuum entre les deux, des degrés, et il y a aussi toutes les couleurs de l’arc-en-ciel dans les façons de « croire », et dans la manière dont on le vit concrètement, ou non.

      Avec encore ma gratitude pour vos formidables apports à notre réflexion.

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