Une femme prend à deux mains les mains d'une autre femme pour lui mo,ntrer sa compassion - Image by AndPan614 from https://pixabay.com/photos/together-hands-prayer-touch-5928481/
Développement

Comment vivre l’injustice d’un point de vue spirituel ?

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La confrontation à la maladie ou à l’épreuve soulève souvent la question de l’injustice et de la place de Dieu. Cet article propose une réflexion théologique qui déconstruit l’idée d’un Dieu tout-puissant responsable du mal, pour présenter une foi qui invite non pas à l’acceptation passive, mais à une collaboration active avec le divin pour la santé et la justice.


Monsieur le Pasteur,

Une de mes connaissances souffre de migraines et de maux de tête en permanence. Ceux-ci sont notamment dus à une opération chirurgicale. Elle met en marche des procédures pour en savoir plus sur le processus en cours.

J’ai conseillé à cette personne de prendre une certaine distance avec ces procédures – tout en les mettant en place – et d’essayer de moins stresser. Cela pourrait améliorer sa situation, je pense. Une thérapeute lui a parlé de spiritualité. J’ai moi-même essayé de lui en parler, de parler de Dieu avec mes mots, mais sans pouvoir la toucher.

La question qu’elle m’a posée aujourd’hui : comment, d’un point de vue spirituel, accepter l’injustice ?

En communion fraternelle.

La réponse de l’Évangile face à l’injustice

Cher Monsieur,

Grand bravo d’entourer ainsi tellement fraternellement cette personne souffrante, c’est génial. Je pense que vous avez raison, la foi est pour nous un formidable atout dans les bons jours, évidemment, mais aussi dans les moments difficiles.

Au sens de l’Évangile, je ne pense pas qu’il soit question « d’accepter l’injustice » d’un point de vue spirituel. Au contraire, le Christ nous appelle dès ses premiers mots (dans les béatitudes de Matthieu 5:6 et 10) à avoir faim et soif de justice, à se donner pour que la justice avance en ce monde.

Dieu est-il responsable de la maladie ?

Mais seulement voilà, il existe en effet de l’injustice en ce monde et la maladie en est certainement une, bien souvent. Ce qui peut troubler, c’est que l’on a parfois dit que Dieu était tout-puissant, que tout était dans sa main, la santé comme la maladie. Je trouve ça tout à fait horrible, faux, nocif. Dieu est toujours du côté du bonheur, de la santé, de la justice.

Mais seulement voilà, il n’est pas un magicien, Dieu travaille comme source d’évolution sur le long terme, et il travaille aussi par son appel qu’il nous adresse à chacune et à chacun de nous à travers une soif de justice, à travers une soif de vie et de bonheur pour nous et ceux qui comptent pour nous.

Travailler avec Dieu pour la vie

C’est bien ce que disent les Béatitudes de Jésus. C’est ce qu’il dit aussi dans cette prière que les chrétiens aiment beaucoup, le Notre-Père, où Jésus dit : « Notre Père, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » (Mattieu 6:10). C’est donc qu’effectivement la volonté de Dieu n’est pas entièrement faite sur la terre et qu’il y a du travail à faire.

Dans un autre passage de l’Évangile, selon Jean cette fois-ci, Jésus dit : « Il faut que nous (et non pas seulement « je ») fassions les œuvres de celui qui m’a envoyé » (Jean 9:3-4). Jésus dit cela précisément face à un homme qui est injustement frappé par la cécité sans qu’il soit bien sûr responsable le moins du monde de cet état de fait, puisqu’il est aveugle de naissance.

Par conséquent, lutter contre la maladie, celle qui nous frappe, celle qui frappe d’autres personnes, n’est pas lutter contre Dieu, qui aurait voulu cette maladie, ni même qui l’aurait délibérément laissée. Mais lutter contre la maladie, c’est lutter avec Dieu pour que sa volonté soit un peu plus faite sur la terre. C’est être artisan de justice et de paix.

L’importance d’une théologie libératrice

C’est là que faire un peu de théologie importe : car tant que l’on reste dans l’idée que Dieu serait tout-puissant, et que s’il y a de la maladie et des catastrophes, c’est selon sa volonté, alors surtout, il ne faudrait rien faire contre la maladie et la souffrance. Il faudrait alors accepter l’injustice, comme vous dites. Mais il n’en est pas question. Grâce à l’Évangile, nous savons au contraire que nous sommes appelés par Dieu lui-même à travailler pour la santé, pour le bonheur, pour la justice, pour la paix.

Alors ensuite c’est vrai que Dieu a donc un pouvoir qui est limité dans cet instant présent, nous-mêmes avons un pouvoir limité aussi. Et donc même si nous faisons équipe avec Dieu et avec quelques personnes de bonne volonté pour faire avancer la justice et la santé, nous ne sommes que rarement vainqueurs à l’instant même.

Supporter n’est pas accepter

Il ne s’agit donc pas d’accepter l’injustice, mais parfois il nous faut la supporter, malheureusement, quand nous avons épuisé les moyens d’action, ou en attendant que cela porte des fruits. Car il ne faudrait pas non plus se rendre encore plus malade en méditant sans cesse sur ce qui ne va pas. Il faut aussi chercher à se réjouir de ce qui est bon car le mal n’est que rarement à 100 %. Mais à côté de cela, il est bon de continuer à avoir soif de justice et de dénoncer l’injustice. On peut le faire dans ce monde et on peut le faire dans la prière en disant notre plainte à Dieu.

Jésus ne s’en prive pas sur la Croix, reprochant à Dieu l’injustice qu’il subit. Ce reproche-lui-même est injuste, mais Dieu a les reins solides, il comprend. Mais, là encore, Jésus supporte l’injustice, mais il ne l’accepte pas. Il garde cette faim et cette soif de justice. Il la garde aussi en priant à haute voix pour les soldats romains qui viennent de le crucifier et qui continuent à se moquer joyeusement de lui. Jésus prie afin que Dieu prenne soin d’eux, leur fasse comprendre la justice. Jésus travaille à ce moment-là avec Dieu, à la racine même du mal et de l’injustice. Même si effectivement ça n’arrange pas les affaires de Jésus sur le moment. C’est ainsi que je dirais, même si c’est de l’humour noir mal placé, que Jésus sur la Croix ne baisse pas les bras face à l’injustice, il la dénonce, il prie et il travaille encore pour la combattre à la racine même, appelant Dieu à agir, puisqu’il ne peut plus rien faire d’autre (mais ce qu’il fait est déjà immense).

Merci encore pour cette compassion, et cette façon que vous avez d’entourer votre amie de façon positive, respectueuse et aimante, ce qui va au-delà encore de la compassion.

Dieu vous bénit et vous accompagne dans cette action.

pasteur Marc Pernot

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