L’intelligence artificielle inquiète, fascine et déstabilise. Dans cet échange entre un visiteur et un pasteur, une perspective théologique et humaine se dessine : l’IA n’est pas la première technologie à nous dépasser, et la vraie question n’est peut-être pas celle de la puissance des outils, mais d’avoir une conscience à la hauteur de notre puissance, non ?
La question d’un visiteur : l’intelligence artificielle annonce-t-elle des ténèbres ?
Bonjour cher pasteur,
Encore une fois, un grand MERCI pour tout votre travail et engagement pour nous accompagner, guider sur nos chemins de vie.
L’actualité est tellement anxiogène… Hier, j’ai encore appris que l’IA va très bientôt nous dépasser sur le plan de notre intelligence avec une possible extinction de l’humanité… Déjà maintenant ce n’est pas encourageant, mais demain ? Je pense ici à la légende de l’apprenti sorcier.
Je prie Dieu intensément pour qu’il me guide encore et toujours jusqu’à mon dernier souffle, mais je ne vois que des ténèbres de plus en plus lourdes sur notre chemin. Pourtant, il y a tellement d’humanité, de vie que l’on ne voit pas toujours. Je n’ai pas peur pour moi mais pour nos enfants et petits-enfants.
Je n’oublie pas non plus Sa promesse de nous donner la vie !
Continuez à nous apporter cette certitude de vie, on en a tellement besoin…
L’histoire par ailleurs nous montre que des périodes sombres se sont succédé mais qu’au plus profond du désespoir des gens nous ont aidés à les traverser.
Belle suite à vous et que Dieu vous bénisse aussi et vous accompagne.
Rémy
Réponse du pasteur Marc Pernot
Cher Rémy,
Merci pour cette réflexion intelligente, sensible, humaine.
L’intelligence artificielle : un outil puissant parmi d’autres
C’est vrai que l’intelligence artificielle est un outil puissant, et ce n’est encore que le début. Alors, comme tous les outils puissants, il faut apprendre à s’en servir, sinon c’est très dangereux. C’est ainsi depuis toujours, par exemple avec l’invention du feu et du couteau.
L’humain utilise des outils pour pallier notre faiblesse : nous ne courons pas vite, nous ne pouvons pas rester sous l’eau, nous ne pouvons pas voler, nous n’avons pas de fourrure pour nous protéger, notre vue n’est pas celle d’un aigle, ni notre odorat celui d’un chien Saint-Hubert. C’est pourquoi nous utilisons des outils qui nous dépassent pour que nous-mêmes puissions nous dépasser. Cela fait partie de la nature même de l’humain d’avoir un pouvoir d’invention et de création. C’est pour cela que la Bible nous dit que nous sommes créés par Dieu à l’image de Dieu.
L’invention de l’écriture, par exemple, nous permet de bénéficier d’une mémoire infiniment supérieure à la nôtre. L’invention du téléphone et de l’Internet permet de communiquer infiniment plus loin qu’avec notre seule voix. L’intelligence artificielle est à mon avis un outil de cet ordre, pas beaucoup plus. Nous connaissons juste un moment de vertige devant l’apparition de ce nouvel outil puissant, il nous fascine et nous fait peur. C’est normal.
Ce que l’IA fait bien — et ce qu’elle ne remplace pas
L’intelligence artificielle est un formidable outil de connaissance. Par conséquent on peut faire un meilleur travail en utilisant, en partie, de l’intelligence artificielle et en la combinant avec ce que notre personnalité et notre intelligence humaine, mais aussi ce que notre cœur et le Saint-Esprit peuvent nous apporter. Cela demande de savoir utiliser l’IA pour ce qu’elle fait bien : fouiller en une seconde dans des milliards de documents. Cela demande de savoir aussi vérifier ce que cet outil affirme, car souvent il reprend seulement ce qu’il a vu quelque part sur les réseaux, et ce n’est pas une preuve de bonté, de véracité, de fidélité ou de bon sens. Et particulièrement pas dans le domaine de la théologie !!! Cela demande enfin de ne pas nous contenter de la facilité d’usage de cet outil pour ne pas faire notre part.
Il faudrait donc absolument une éducation de tous à l’IA, les jeunes mais aussi les moins jeunes, les professeurs et les pasteurs. Cela aiderait, cela libérerait les personnes entraînées. À mon avis, nous n’avons pas le choix : l’intelligence artificielle est là, qu’on le veuille ou non, que l’on trouve cela bien ou non. Les personnes qui sauront se servir de cet outil dans leur existence auront un avantage considérable, les personnes qui ne sont pas au courant se laisseront dépasser ou tromper par l’usage de ces outils dans le monde.
La vraie urgence : une conscience à la hauteur de notre puissance
Ce qu’il nous faut toujours, c’est une conscience à la hauteur de notre puissance. Notre puissance augmentant encore avec l’internet, le smartphone et avec l’intelligence artificielle, il est nécessaire et urgent d’approfondir notre conscience, la nôtre personnellement et aussi celle de l’humanité. Cela demande un certain travail, il est vrai. À mon avis, c’est plutôt là qu’il y a un problème. Ce n’est pas dans l’apparition de l’intelligence artificielle. C’est dans le fait que le bon sens me semble se faire plus rare, et que de bonnes valeurs qui semblaient assez acquises finalement semblent aujourd’hui devenir moins importantes. Par exemple, il n’y a pas si longtemps encore, quand un homme politique se faisait prendre à mentir ou à détourner du pouvoir ou de l’argent à son profit : cet homme était complètement disqualifié. Aujourd’hui, ce n’est plus tellement le cas et c’est ça qui me semble tout à fait inquiétant et sur lequel nous devons absolument travailler.
Une époque de grands défis… et de grandes chances
Mais je dirais que vos enfants et petits-enfants vivent une époque formidable, avec de grands défis, il est vrai, mais en même temps de grandes chances. Ne serait-ce que parce que, du temps de nos grands-parents, la population avait une vision du monde très sommaire. Notre conscience a été élargie considérablement non seulement aux autres cultures, aux autres peuples, mais à la planète entière et au cosmos : c’est un peu troublant et je pense que c’est pour cela que l’humanité est un petit peu déboussolée. Elle vit une sorte de crise d’adolescence. Ce qui peut être dangereux, certes, mais qui finalement est assez normal et assez sain.
Que faire à notre niveau ? Foi, discernement et engagement concret
À notre niveau, que faire ? Nous pouvons précisément être de ces personnes qui donnent confiance dont vous parlez à la fin de votre message.
Cela demande effectivement de développer de bonnes ressources d’intelligence et de foi, de connaissances et de dialogue. Cela nous appelle à essayer d’aider les autres à se motiver pour se cultiver, pour réfléchir, pour se former un sens critique, former de bonnes valeurs aussi. Cela demande de développer une conscience qui nous appelle à l’action, à nous engager concrètement par des actes en cohérence avec ces bonnes valeurs, cet esprit de fraternité, de discernement et de confiance.
C’est un travail profondément spirituel. C’est pourquoi votre confiance en Dieu et votre prière ardente est quelque chose de tout à fait important, et même si cela ne les convainc pas, il est important que vos enfants et petits-enfants sachent que c’est important pour vous. C’est un témoignage.
Prenons confiance. En Dieu et dans l’action modeste, à hauteur d’humain.
Dieu vous bénit et vous accompagne.







Un autre danger que je perçois dans l’IA, est qu’elle soit un nouveau facteur de discrimination sociale, et même potentiellement important. Pour faire un parallèle avec la lecture, celle-ci est un atout pour une population lorsqu’elle est obligatoire et gratuite pour tous, car elle cesse alors d’être une possibilité de prise de pouvoir par les plus riches. Un outil aussi puissant que l’intelligence artificielle a nécessairement un coût important, ce qui va induire des différences d’accès. On le voit déjà à notre niveau, en payant un abonnement plus ou moins cher, la réponse à une question posée est plus ou moins de grande qualité. Et ce n’est qu’une petite partie des possibilités que peut, et pourra offrir un tel outil, dans des domaines divers et variés.Par exemple dans celui de la santé, l’utilisation de l’intelligence artificielle pourra être une aide formidable, mais qui va payer ? Le patient ou la collectivité ? Alors, comme vous le dites, il y aura ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, mais il y aura aussi ceux qui ont et ceux qui n’ont pas.
Chère Pascale
Il y a un risque, certes.
Cependant, même au fond de l’Afrique, c’est incroyable comme le smartphone est présent, je le vois dans les connexions sur le site. Je suppose qu’une IA de base sera contenue dans les abonnements, que ce sera un argument de vente. Déjà, il me semble que cela donne accès à la population à ce qui est le plus utile. Pas la peine d’avoir de la génération vidéo ou de code pour avancer. Mais oui, pour ceux qui meurent de faim, le smartphone passera après (j’espère). Et pour les personnes pas très dégourdies en maniement d’un téléphone, ce n’est pas évident non plus.
Qui va payer ? Il y a un coût économique et environnemental très conséquent. Cela va s’améliorer dans quelques années, je pense, mais quand même. L’humanité a intérêt à trouver une source d’énergie pérenne et non polluante en vitesse (la fusion ?).
Bonjour Frère en Christ, L’ IA n’a qu’une intelligence artificielle, lorsqu’on va chercher ce que veut dire artificiel ça nous amène dans les arts magiques c’est tout à fait l’opposé de l’Esprit de Dieu. De plus c’est intelligence et bien artificielle car comme vous pouvez le voir elle est bourrée de fautes d’orthographe. « Dieu est Esprit et Vérité et c’est en Esprit et en Vérité qu’on l’adore. ». Jésus a dit « trouverai-je de la foi lorsque je reviendrai ? ». Avec affection en Christ. Anne-Marie
« Artificiel » ne fait pas tellement référence à la magie, mais plutôt à l’industrie humaine : comme on parle d’un « lac artificiel » pour le distinguer d’un lac naturel. Ensuite, c’est vrai que l’IA est un outil totalement dénué d’Esprit Saint (comme tous les outils, en fait), c’est à nous de demander à Dieu de nous donner son Esprit afin de bien utiliser cet outil de façon à ce que cela soit bon et d’éviter de l’utiliser d’une mauvaise façon.
Donc d’accord avec votre conclusion : que notre foi, notre confiance en Dieu soit vive, et ne craignons alors pas.