Un chemin caillouteux dans une forêt sombre, allant vers la lumière - Photo de Julian Hanslmaier sur https://unsplash.com/fr/photos/rayons-du-soleil-traversant-un-champ-dherbe-verte-xqkTSycMd-Y
Développement

Maladie et isolement : comment garder une relation vivante avec Dieu ? Quelle vocation ?

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Quand la maladie oblige à renoncer au travail et réduit considérablement les contacts sociaux, que devient la foi chrétienne, si ancrée dans l’amour du prochain ? Une lectrice pose cette question avec une lucidité rare. La réponse du pasteur éclaire le sens de la prière, la valeur de la disponibilité et les ressources insoupçonnées d’une foi robuste, même dans les saisons difficiles.


Une question personnelle qui en touche bien d’autres

Question d’une lectrice :

Cher Marc,

Ma question est un peu personnelle, mais je pense qu’elle pourra peut-être concerner d’autres personnes.

Ces derniers mois mon état de santé s’est bien détérioré avec notamment une fatigabilité de plus en plus grande et une perte d’autonomie dans le quotidien. Je suis arrivée au bout de ce que je peux mettre en place pour pouvoir continuer mon activité professionnelle et je vais donc devoir arrêter. Au vu de ma situation, un engagement de type associatif ne sera guère plus envisageable. Vous n’êtes pas sans savoir que le handicap et la maladie isolent, y compris de la famille. Au quotidien je risque fort de passer une grande partie de mes journées à ne côtoyer que mon conjoint. Dans ce contexte, je m’interroge ou plutôt je m’inquiète, quant à ma relation à Dieu.

Avant de vous rencontrer, j’envisageais la spiritualité chrétienne comme ayant essentiellement pour finalité un salut dans une vie après la mort et je considérais l’amour du prochain comme une conséquence du fait d’être chrétien, en quelque sorte un devoir avec son lot de culpabilisation. Grâce à vous, ma vision a bien changé. Le salut dans un hypothétique au-delà n’est plus une préoccupation, et l’amour du prochain est une visée, une espérance, un cheminement où chaque minuscule pas est une joie. Ce changement a été quelque chose d’important dans ma vie et il a réellement porté des fruits. Mais comment concilier cela avec ma situation qui va être la mienne ? Quel peut être alors le sens de la prière ? Même si cela peut paraître bizarre, il arrive que la lecture de la Bible me donne une sorte de sentiment d’exclusion, un peu comme si les notions évoquées ne pouvaient plus me concerner. Alors, dans un contexte d’interactions avec autrui très réduites et d’énergie physique très limitée, mais d’énergie mentale et de désir intacts, quelle place et quel sens pour la spiritualité chrétienne, celle-ci me paraissant si ancrée dans le quotidien et l’amour du prochain ? Ce n’est pas la peur d’un sentiment d’inutilité qui m’habite (je pense avoir dépassé cette question), c’est un désir plus profond, celui d’être en relation et de donner, choses qui restaient possibles en exerçant mon métier d’enseignante, malgré mes difficultés. Mais je ne vois pas trop vers quoi désormais je vais pouvoir orienter ma prière. Je crains que celle-ci ne devienne formelle et stérile. D’autant plus qu’il y a aussi des moments où le corps est totalement tyrannique, sans laisser de place à quoi que ce soit d’autre. Comme j’aimerais ne pas perdre ce lien d’attachement que j’ai avec Dieu !

Ce serait vraiment génial, Marc, si vous aviez à ce sujet quelques mots qui pourraient m’aider à y voir plus clair.

Bien amicalement

Une foi robuste et tout-terrain

Réponse du pasteur Marc Pernot :

Chère Fidèle et Précieuse supportrice de jechercheDieu.ch,

Comme vous êtes sage et profonde ! Je le savais, mais ce message m’a particulièrement touché.

La vie a un côté merveilleux et a un côté parfois injuste et cruel. Cela pourrait nous aigrir, nous abattre encore plus, mais vous, vous arrivez à le vivre d’une belle façon, dans la recherche de ce qui pourrait faire avancer votre vie. Je sais que ce n’est pas facile. C’en est encore que plus inspirant.

Vous vous inquiétez de votre relation à Dieu dans la maladie. C’est excellent : il est bon de sécuriser ses sources : Dieu en est une, la relation aux autres en est une, la relation à soi-même aussi (je connais des personnes très isolées qui constatent qu’elles sont en bonne compagnie avec elles-mêmes, ce qui ne les empêche pas de chérir chaque rencontre). Ces trois sources sont finalement l’essentiel que Jésus nous conseille d’aimer, autant pour ce que nous recevons nous-mêmes par ces sources que pour ce que nous apportons ainsi à Dieu et aux autres.

Un virage se profile dans votre chemin de vie, ce n’est pas facile, et je comprends votre appréhension pour votre foi. En fait, j’ai l’impression que votre foi est solide : à la fois intelligente, sensible, vécue en vérité, authentiquement, vécue aussi dans les fruits que vous portez. C’est génial, et cela rend votre foi, je pense, robuste et tout-terrain.

Aimer le prochain quand les forces diminuent

Vous associez la santé de votre foi et le fait de pouvoir rencontrer d’autres personnes et de pouvoir leur apporter quelque chose. Cela me fait dire que vous vous êtes impliquée d’une manière très profonde dans l’amour du prochain, comme le suggère Jésus. Je pense que vous avez dû être une professeure géniale, de ce genre de professeurs qui ont une immense importance dans la vie de bien de leurs élèves, ayant ouvert des portes au fond d’eux. Je comprends que cela ne soit pas facile de devoir renoncer à cela, c’est quand même un sacré gâchis. Mais on ne voit pas la route derrière un virage. C’est pourquoi il convient de l’aborder en ouvrant l’œil comme vous le faites. Mais le pire de ce que nous imaginons n’est quand même pas le plus probable, et votre intelligence, votre foi, votre talent personnel pourraient bien faire émerger des idées de nouvelles fécondités de vie encore insoupçonnées.

Je pense à cette histoire de la pauvre femme qui ne peut apporter que deux piécettes à la collectivité, Jésus fait remarquer qu’elle a apporté plus qu’aucun de ceux qui ont mis dans le pot commun, car elle a mis de son nécessaire, tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. (Marc 12:43-44). Vos occasions d’interaction avec des personnes seront peut-être plus rares, mais peut-être pas moins profondes et bienfaisantes, faisant la différence en ce monde. C’est comme cela que je lirais ce passage.

Des pistes concrètes, selon ses forces

  • Puisque vous ne pourriez plus aller sur des lieux d’enseignement, peut-être que des collègues et des élèves pourraient venir à vous et être aidés dans leurs études, leurs projets ?
  • Je fréquente aussi et ai fréquenté par le passé des groupes de maison autour de la Bible ou autre, c’est aussi un service de recevoir chez soi, il n’y a rien à préparer, et très précieux.
  • Tant de personnes sont seules et sans contact. J’ai bien connu une dame un petit peu âgée qui avait une liste de personnes qu’elle appelait régulièrement pour discuter.
  • Il y a aussi tant à écrire avec vos possibilités intellectuelles, votre expérience et des élèves et de la vie. Peut-être écrire des articles dans ces revues ? peut-être vous mettre à disposition d’élèves français ou étrangers qui pourraient présenter leurs projets et recevoir un retour (un simple papillon épinglé sur le tableau des petites annonces proposerait cela) ?
  • Chaque commentaire que vous apportez sur le forum des visiteurs de jecherchedieu.ch est un formidable enrichissement, je ne vous l’ai pas assez dit. Peut-être auriez-vous même des articles à apporter…
  • Ce n’est qu’un brainstorming sachant que je n’y connais rien, il y a sans doute des possibilités pertinentes auxquelles je ne pense pas. C’est selon vos forces, vos talents propres, vos goûts personnels, le possible parfois jamais exploré précédemment par quiconque.

Le sabbat, la disponibilité et le sens de la prière

En même temps, ce n’est pas obligatoire, nous ne sommes pas à l’usine dans cette vie. Vous avez bien le droit de considérer que vous pouvez prendre au moins temporairement un temps sabbatique. C’est ouvert, et vous ne démériteriez pas dans votre vie de disciple du Christ. Absolument pas.

  • C’est ce que nous apprend, précisément, le sabbat : nous n’avons pas besoin de produire pour être nous-mêmes dignes de Dieu, disciple du Christ.
  • Et puis nous avons nos saisons, comme le souligne le Psaume 1er. C’est naturel.
  • Et nous avons aussi des occasions imprévues, comme le souligne la parabole du bon Samaritain : c’est l’occasion qui n’existait pas quelques minutes avant qui suscite sa vocation et il sait l’attraper au passage. C’est génial : sa disponibilité était en elle-même déjà un fruit d’amour et de vie.
  • Et la prière, comme vous le dites. C’est un service, cela met du cœur dans notre présence au monde, ce n’est jamais perdu. À l’occasion, cela nourrit une idée de service dans le monde, ou non. C’est cette disponibilité, cette veille qui est au cœur de ce que c’est qu’aimer, je pense. Nous nous préparons l’âme. Le cœur que vous mettez à vivre, votre force dans les difficultés feront, je pense, que chaque contact que vous aurez apportera énormément aux autres.

Pour piloter un virage en moto, il vaut mieux porter le regard en avant : c’est ce que vous faites, et c’est ce qui me donne confiance dans l’avenir : votre foi, votre intelligence de la vie, la finesse de votre discernement, votre cœur : vous avez tout pour piloter ce virage en finesse et je pense que vos yeux verront vite que le paysage inconnu qui est derrière sera beau. Que vous le rendrez beau, d’une certaine façon, avec l’aide de Dieu.

Il vous bénit et vous accompagne.

Bien fraternellement,

pasteur Marc Pernot

La réponse de la lectrice

J’avais un temps hésité à vous envoyer ce message, étant bien consciente que ce que je vous demandais n’était pas forcément facile. Mais vous avez su trouver des mots justes (quoiqu’un peu trop élogieux), à la fois rassurants, encourageants, et je vous en remercie vivement. Si ma foi est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est grâce à vous : vous étiez la bonne personne au bon moment. Quelque temps auparavant il aurait été inimaginable que je ne rejette pas vos discours, et un peu plus tard j’aurais probablement sombré. En écrivant cela, je pense à un article récent à propos du hasard des rencontres, dans lequel vous disiez qu’il y a des moments où l’hypothèse Dieu mérite d’être considérée.

Je cite un minuscule extrait de votre réponse qui m’a frappé : « ce que nous apportons ainsi à Dieu ». Jamais je n’aurais envisagé cela ainsi.

Encore merci.

Un dernier mot du pasteur

Merci pour chacun de vos encouragements !

L’admiration est sincère.

Bien fraternellement,

pasteur Marc Pernot

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