Marc Pernot le 5/7/2026
Prédication

Habiter l’écart — les 4 dimensions de la vie (Jean 1:1-18 ; Éphésiens 3:16-19)

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Nous portons des idéaux immenses dans des vies aux ressources limitées : nous voudrions aimer tous nos prochains, et ce sera déjà beaucoup d’en aimer un aujourd’hui. À partir du prologue de Jean et d’un passage de l’épître aux Éphésiens, cette prédication suit les quatre dimensions de l’existence — la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur — au croisement desquelles se tient la personne humaine. Comment habiter l’écart entre notre condition finie et notre vocation infinie, non comme une souffrance mais comme une tension féconde ?

Texte, vidéo et poscasts audio de la prédication. Ceci est un témoignage personnel. N’hésitez pas à donnez votre propre avis ci-dessous.


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(Voir le texte biblique ci-dessous)

prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève le dimanche 5 juillet 2026,
par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Transcription de la Vidéo :

Introduction

Nous portons des idéaux immenses dans des vies aux ressources limitées. Nous voudrions aimer nos 8,3 milliards de prochains, et ce sera déjà beaucoup d’en aimer un seul aujourd’hui. Nous aimerions comprendre et saisir le sens de la vie et cela nous échappe en grande partie. C’est ainsi que notre condition de personne humaine est à la fois infiniment élevée et si limitée. Comment vivre cet écart ? Aussi bien Jean que Paul me semblent travailler cette tension afin de nous aider à la saisir et à la vivre, à l’habiter de façon heureuse et féconde.

Les quatre dimensions de notre être

Paul présente l’incroyable richesse de notre être comme nouant de multiples dimensions : la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur. Curieusement, il ne dit pas la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur de quoi : de tout. C’est la nature même de la vie que Dieu a faite ainsi. Nous sommes au cœur même de ces quatre dimensions. Il est important, nous dit Paul, de les saisir afin de pouvoir les habiter de façon heureuse et féconde.

La largeur et la longueur : l’espace et le temps

Il y a d’abord, et c’est notre première perception de la vie, une largeur et une longueur. C’est l’espace et le temps. La largeur, c’est la foule de nos contemporains, l’espace où nous sommes, la planète, l’univers. Nous ne sommes qu’à un seul endroit mais nous saisissons la vastitude de ce monde où nous vivons. La longueur, c’est le temps. Tout et tous, nous évoluons : nous sommes ensemencés d’un levain et nous sommes comme dans un train en marche : ce qui est aujourd’hui n’a jamais été vu auparavant et ne sera plus le même dans un instant.

Nous habitons cette double tension de l’espace et du temps avec notre moi, ici et maintenant : un petit point dans l’espace et dans le temps, et nous changeons le monde en en faisant partie.

C’est important de saisir cela, à la fois notre infiniment petit et le fait que c’est un ensemble où tout est interdépendant. C’est, je pense, le premier vertige que nous pressentions en sentant l’écart entre l’infini et notre moi.

La profondeur et la hauteur : la terre et le ciel

Il y a aussi, nous dit Paul, un axe vertical : la profondeur et la hauteur. Il y a une tension entre la terre et le ciel en nous. Entre notre être de chair vivant en ce monde et notre dimension spirituelle qui l’élève et l’appelle vers l’infini de Dieu. Il est bon de sentir combien notre être de chair a de profondeur : physiquement nous sommes le résultat de milliards d’années d’évolution, vivant dans un monde qui est une merveille, qui est le résultat d’équilibres incroyablement fins, un décalage d’une fraction de pourcent dans un des paramètres fondamentaux de la matière et rien de tout cela ne serait. Et il y a aussi une hauteur qui complète cette profondeur : celle de l’élévation, celle du sens, celle des idéaux, celle de la spiritualité, celle de Dieu.

Là aussi, deux axes, deux tensions fécondes qui participent à l’incroyable richesse de notre être vivant en ce monde. C’est ce que dit Jean dans son introduction à l’Évangile : nous sommes nés « du sang, d’une volonté de chair, d’une volonté d’humain » : c’est-à-dire de la terre, de la génération de ce monde, fragile et limité, fils d’Adam, littéralement humain né de l’humus. Et en plus, nous avons reçu le pouvoir, ou plutôt le droit, la possibilité de devenir enfant de Dieu. Nous sommes nés de la profondeur et en train d’être engendrés de la hauteur. À chaque instant un petit peu plus, et parmi la multitude des saints, comme le dit Paul.

Nous sommes, et nous devenons au cœur de ces quatre tensions. C’est, comme le dit Paul, essentiel de « saisir » ces quatre tensions. Parce qu’elles forment les données de l’équation que nous avons, de fait, à résoudre à chaque instant de notre vie. C’est essentiel d’arriver à les habiter de façon à ce que cela soit fécond et heureux, au lieu d’être une croix qui nous torture à mort.

Saisir que nous sommes vivants de la rencontre de ces quatre dimensions. L’axe vertical intersectant l’axe de la largeur nous fait ressentir l’appel à aider toute personne vivant au monde, toute campanule, toute bergeronnette. L’axe vertical croise l’axe de la longueur : nous cherchons des vérités éternelles, des règles valables en toute circonstance. L’axe de la profondeur nous rappelle les limites de ce que nous pouvons faire et que nous sommes liés à l’univers. Croisant l’axe de la longueur : il nous dit que le temps est une chance qui nous permet d’évoluer et de faire des projets persévérants, c’est en notre saison seulement que nous porterons notre fruit.

Habiter les écarts au lieu de les subir

Ce sont tous ces écarts qu’il nous appartient d’habiter. En sentir la richesse, le bonheur de vivre, l’appel à nous y engager à notre façon. Sentir ces axes, c’est ne plus être dans un petit moi étriqué entièrement rempli par nos difficultés de l’instant. C’est tout d’un coup comme lever la tête et voir le ciel immense et sa multitude d’étoiles, c’est comme embrasser l’horizon à 360° depuis le sommet d’une montagne, apercevoir tant de villages et partout de vraies personnes qui y vivent, travaillent, souffrent et s’amusent, comme dans ces tableaux de Brueghel où plein de petites scènes de vies sont représentées dans le paysage. Nous pouvons alors habiter notre vaste espace à 4 dimensions non comme un touriste mais en nous en sentant chez nous. Sentant l’infini de chaque axe sans culpabiliser de ne pas les embrasser dans leur totalité. Voulant aider la terre entière et déjà heureux de faire un geste, vivant notre temps en se sachant mortel, être un membre de l’univers immense en équipe avec les autres, être habité par Dieu sans être Dieu moi-même.

Une tension féconde, comme la corde d’un violoncelle

Dans les quatre dimensions : sentir la tension, non comme une souffrance ou comme une faute, mais comme une puissance et une source de vie. C’est la tension qui permet à la corde d’un violoncelle de chanter. À nous de nous accorder et de frotter habilement ces tensions pour les faire chanter. Que nous fassions ainsi un concert avec « tous les autres saints ».

Comment saisir ces quatre dimensions ?

Mais comment « saisir ces quatre dimensions », comme le dit Paul : les saisir mentalement, et nous en saisir à pleines mains pour les vivre en vérité ?

Nous pouvons tout à fait y travailler en méditant ces quatre axes dans notre philosophie et dans notre prière. C’est pourquoi Paul nous en parle, mais il nous dit aussi que c’est un processus qui vient de Dieu. Heureusement, car comment pourrions-nous, par nous-mêmes, appréhender ces espaces infinis à quatre dimensions ?

1) L’Esprit nous fortifie dans notre intériorité, c’est le premier point, offert. L’Esprit, c’est-à-dire Dieu qui travaille en nous, est donné à chacun : nous qui sommes faits à la fois de poussière du sol et de souffle de Dieu (Genèse 2:7),

2) C’est ensuite un appel à notre foi, à faire le pari de la confiance afin que le Christ habite dans nos cœurs, c’est-à-dire, explique-t-il en langage non religieux : que nous soyons enracinés et fondés dans l’amour. C’est concret, à vivre au quotidien.

C’est tout. Le résultat est que nous sommes alors capables de « saisir » ces quatre dimensions, de nous en saisir pour les habiter heureusement.

Enracinés et fondés dans l’amour

Les verbes « enracinés et fondés dans l’amour » me semblent parlants :

« Enraciné » fait appel à une image agricole : cela évoque une croissance progressive, au jour le jour, et des fruits. Cela évoque notre bonne nature nourrie en profondeur par Dieu.

« Fondé » évoque la libre construction de notre être sur ces solides fondations que sont l’amour manifesté en Christ.

La Parole qui plante sa tente en nous

Jean dit la même chose dans son prologue, pour ces réalités complexes, mieux vaut deux explications qu’une : au lieu de l’Esprit, Jean parle de la Parole de Dieu, autre image de la puissance créatrice de Dieu pour nous faire naître et grandir. Cette source de genèse vient littéralement « planter sa tente en nous », nous sommes comme cette fragile habitation, humble et mobile, tente de notre chair habitée par cette puissance de vie. Cela parle aussi de cette tension féconde qui nous habite. Cette possibilité d’être à la fois enfant de la chair et engendré et à grandir comme « enfant de Dieu ».

L’aliment de cette croissance, le carburant de ce voyage, et la semence de cet engendrement, c’est, nous dit Jean, « saisir la Parole créatrice ». Et ce qui nous permet de la saisir, c’est que le Christ a vraiment manifesté dans sa chair « la tendresse et la fidélité de Dieu ». C’est cela que le Christ, grâce à son cœur à cœur avec Dieu, a manifesté. Littéralement, il en « a fait l’exégèse » pour nous. Cela nous aide vraiment à saisir, et à en vivre.

Une théologie de l’être par le spirituel

Paul comme Jean nous proposent ainsi d’abord une théologie de l’être par le spirituel, nous proposant avant tout de nous laisser engendrer, élever, grandir. Dans la mesure de cette croissance, nous pourrons alors trouver notre vocation personnelle au croisement de ces quatre axes.

Et pour vivre cet appel à être et à porter du fruit, ajoute Paul, nous aurons encore l’amour du Christ qui nous accompagne, qui nous aide à nous perfectionner et à sentir le pardon de Dieu, il effacera notre sentiment de culpabilité de ne pas être plus, de ne pas en faire plus, de ne pas faire mieux, bien sûr. C’est dans cet amour et de cet amour que nous sommes.

Textes de la Bible

Jean 1:1-18

Au commencement était la Parole ; la Parole était auprès de Dieu ; la Parole était Dieu. 2 Elle était au commencement auprès de Dieu. 3 Tout est venu à l’existence par elle, et rien n’est venu à l’existence sans elle. Ce qui est venu à l’existence 4 en elle était vie, et la vie était la lumière des humains. 5 La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres n’ont pas pu la saisir…

9 La Parole était la vraie lumière, celle qui éclaire tout humain ; elle venait dans le monde. 10 Elle était dans le monde, et le monde est venu à l’existence par elle, mais le monde ne l’a jamais connue. 11 Elle est venue chez elle, et les siens ne l’ont pas accueillie ; 12 mais à tous ceux qui l’ont reçue, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu — à ceux qui mettent leur foi en son nom. 13 Ceux-là sont nés, non pas du sang, ni d’une volonté de chair, ni d’une volonté d’homme, mais de Dieu. 14 La Parole est devenue chair ; elle a fait sa demeure parmi nous, et nous avons vu sa gloire, une gloire de Fils unique issu du Père ; elle était pleine de grâce et de vérité… 16 Nous, en effet, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce ; 17 car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. 18 Personne n’a jamais vu Dieu ; celui qui l’a manifesté, Dieu, c’est Fils unique qui est sur le sein du Père.

Éphésiens 3:14-21

Je fléchis les genoux devant le Père, 15 de qui toute famille dans les cieux et sur la terre tient son nom, 16 afin qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire : d’être fortifiés par son Esprit dans votre être intérieur, 17 que le Christ habite dans votre cœur par la foi, que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour, 18 afin que vous soyez capables de saisir, avec tous les saints, quelle est la largeur et la longueur et la profondeur et la hauteur, 19 et de connaître ce qui surpasse la connaissance : l’amour du Christ, de sorte que vous soyez perfectionnés jusqu’à toute la perfection de Dieu. 20 À celui qui peut, par la puissance qui est à l’œuvre en nous, faire infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, 21 à lui la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, à tout jamais. Amen !

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