Marc Pernot le 5/7/2026
Prédication

Habiter l’écart : trouver la paix entre nos limites et nos idéaux

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Nous portons des idéaux immenses dans des vies aux ressources limitées : nous voudrions aimer tous nos prochains, et ce sera déjà beaucoup d’en aimer un aujourd’hui. À partir du prologue de Jean et d’un passage de l’épître aux Éphésiens, cette prédication suit les quatre dimensions de l’existence — la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur — au croisement desquelles se tient la personne humaine. Comment habiter l’écart entre notre condition finie et notre vocation infinie, non comme une souffrance mais comme une tension féconde ?

Texte, vidéo et podcasts audio de la prédication. Ceci est un témoignage personnel. N’hésitez pas à donner votre propre avis ci-dessous.


Vidéo :

 

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prédication prête à être imprimée prédication en gros caractères pour un confort de lecture optimal

(Voir le texte biblique ci-dessous)

Prédication donnée à Genève le dimanche 5 juillet 2026,
par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Transcription de la vidéo :

Introduction : Vivre au croisement de nos limites et de nos idéaux

Nous portons des idéaux immenses dans des vies aux ressources limitées. Nous voudrions aimer nos 8,3 milliards de prochains, et ce sera déjà beaucoup d’en aimer un seul aujourd’hui. Nous aimerions comprendre le sens de la vie, mais il nous échappe en grande partie. Notre condition humaine est ainsi à la fois infiniment élevée et très limitée.

Comment vivre cet écart ? Les apôtres Jean et Paul travaillent cette tension pour nous aider à l’habiter de manière heureuse, féconde et paisible.

Les quatre dimensions de notre être

Dans sa lettre aux Éphésiens, Paul présente la richesse de notre être en nouant quatre dimensions : la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur. Paul ne précise pas « la largeur ou la hauteur » de quoi : il parle de la vie tout entière, créée ainsi par Dieu. Nous nous tenons au cœur même de ces axes, et il est essentiel d’apprendre à les habiter.

La largeur et la longueur : l’espace et le temps

Notre première perception de l’existence passe par la largeur et la longueur, c’est-à-dire l’espace et le temps.

La largeur désigne la foule de nos contemporains, notre environnement, la planète et l’univers. Bien que nous ne soyons qu’en un seul lieu, nous saisissons la vastitude du monde. La longueur représente le temps. Tout évolue : nous sommes embarqués dans un mouvement où chaque instant apporte du nouveau.

Nous habitons ce croisement avec notre « moi », ici et maintenant : un point minuscule dans le temps et l’espace, qui participe pourtant à la transformation du tout dans une profonde interdépendance.

La profondeur et la hauteur : la terre et le ciel

L’apôtre Paul évoque également un axe vertical : la profondeur et la hauteur, articulant la terre et le ciel en nous.

Notre être de chair a une résonance physique et terrestre : il est le fruit de milliards d’années d’évolution au sein d’un univers aux équilibres d’une finesse inouïe. C’est notre profondeur. Quant à la hauteur, elle est la dimension de l’élévation, du sens, des idéaux et de Dieu.

Dans le prologue du quatrième évangile, Jean exprime cette même réalité : nous sommes nés « du sang, d’une volonté de chair », issus de la terre comme enfants d’Adam. Mais nous avons aussi reçu le pouvoir de devenir enfants de Dieu, engendrés par la hauteur.

Habiter les écarts au lieu de les subir

Notre vocation consiste à habiter ces tensions au lieu de les subir comme une condamnation. Prendre conscience de ces axes nous sort d’un petit « moi » étriqué, centré sur ses seules difficultés immédiates.

C’est comme lever la tête vers un ciel étoilé ou contempler un vaste paysage : nous pouvons aimer le monde entier et nous réjouir d’accomplir un simple geste local, accepter notre finitude sans culpabiliser de ne pas tout accomplir.

Une tension féconde, comme la corde d’un violoncelle

La tension entre ces dimensions n’est ni une faute ni une souffrance inévitable : c’est une dynamique de vie. Tout comme la corde d’un violoncelle doit être tendue pour chanter, nos tensions intérieures peuvent devenir une harmonie et une source d’action féconde.

Comment saisir ces quatre dimensions ?

Comment appréhender concrètement ces espaces infinis ? Nous pouvons y travailler par la méditation et la prière, mais c’est d’abord l’œuvre de Dieu en nous :

1. L’Esprit nous fortifie dans notre intériorité. Dieu souffle sa puissance de vie dans notre être pétri de poussière.

2. La foi nous invite à la confiance pour que le Christ habite dans nos cœurs et que nous soyons « enracinés et fondés dans l’amour ».

Enracinés et fondés dans l’amour

Ces deux images bibliques se complètent :

  • Enracinés renvoie à la croissance végétale : un développement progressif, nourri en profondeur par Dieu pour porter du fruit.
  • Fondés évoque la construction solide de notre être sur le socle de l’amour manifesté en Christ.

La Parole qui plante sa tente en nous

Jean exprime cette vérité en disant que la Parole de Dieu est venue « planter sa tente » au milieu de nous. Notre humanité est comme une demeure fragile et mobile, habitée par une puissance créatrice.

En révélant la tendresse et la fidélité du Père, Jésus Christ nous permet de saisir cet amour divin et d’en vivre pleinement au quotidien.

Une théologie de l’être par le spirituel

Paul et Jean nous orientent vers une théologie de l’être : nous laisser d’abord transformer et élever par l’Esprit. Au croisement de ces quatre axes, nous découvrons notre vocation unique, soutenus par l’amour du Christ qui pardonne nos manquements et libère de la culpabilité.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la notion de Chair, et celle de vocation, voir les articles dédiés dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.

Textes de la Bible

Jean 1:1-18

Au commencement était la Parole ; la Parole était auprès de Dieu ; la Parole était Dieu. Elle était au commencement auprès de Dieu. Tout est venu à l’existence par elle, et rien n’est venu à l’existence sans elle. Ce qui est venu à l’existence en elle était vie, et la vie était la lumière des humains. La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres n’ont pas pu la saisir…

La Parole était la vraie lumière, celle qui éclaire tout humain ; elle venait dans le monde. Elle était dans le monde, et le monde est venu à l’existence par elle, mais le monde ne l’a jamais connue. Elle est venue chez elle, et les siens ne l’ont pas accueillie ; mais à tous ceux qui l’ont reçue, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu — à ceux qui mettent leur foi en son nom. Ceux-là sont nés, non pas du sang, ni d’une volonté de chair, ni d’une volonté d’homme, mais de Dieu. La Parole est devenue chair ; elle a fait sa demeure parmi nous, et nous avons vu sa gloire, une gloire de Fils unique issu du Père ; elle était pleine de grâce et de vérité… Nous, en effet, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce ; car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. Personne n’a jamais vu Dieu ; celui qui l’a manifesté, Dieu, c’est Fils unique qui est sur le sein du Père.

Éphésiens 3:14-21

Je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute famille dans les cieux et sur la terre tient son nom, afin qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire : d’être fortifiés par son Esprit dans votre être intérieur, que le Christ habite dans votre cœur par la foi, que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour, afin que vous soyez capables de saisir, avec tous les saints, quelle est la largeur et la longueur et la profondeur et la hauteur, et de connaître ce qui surpasse la connaissance : l’amour du Christ, de sorte que vous soyez perfectionnés jusqu’à toute la perfection de Dieu. À celui qui peut, par la puissance qui est à l’œuvre en nous, faire infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, à tout jamais. Amen !

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En écho à ce texte :

3 Commentaires

  1. François dit :

    Aimer son prochain, vaste programme ! Quand on voit l’éventail des guerres en ce bas monde, et de la (hum !) surpopulation, on se dit soit, que ce n’est finalement pas possible, ensuite, que les copains feraient peut-être bien de s’y mettre d’abord, avant que d’inviter, courtoisement, mais sans autoriser une quelconque réaction de notre part, non, franchement, le travail serait plus du côté divin. Logique, parce que Dieu peut tout…
    Oui.
    Mais, d’autre part, on peut voir les choses différemment : si, au lieu d’imaginer un travail surhumain, il était possible, ou seulement probable, de demeurer ouvert à toute parole qui viendrait du copain que je viens juste de rencontrer ; si j’essayais de le croire plutôt que de le condamner d’emblée ; si dès le départ il pouvait être évident que je ne cherche pas à influencer le copain, ni lui de même, mais d’échanger des idées, rien que ça, c’est passionnant !
    Alors si le programme était tourné de cette manière là, est-ce que ça ne tenterait pas davantage de personnes ?
    Moi, déjà, j’en suis.

  2. Clau Lil dit :

    Cher Pasteur,
    Cher Marc,

    Voici un bref témoignage sur l’effet – un effet parmi d’autres — de vos prédications.

    À l’heure du café du lundi matin qui nous réunit, Clau et Lil ont lu et souligné, entouré et annoté, la prédication [1021] du dimanche 5 juillet 2026, – Habiter l’écart (Jean 1:1–18 ; Éphésiens 3:16-19).

    D’emblée, les premiers mots nous parlaient : « Nous portons des idéaux immenses dans des vies aux ressources limitées. Nous voudrions aimer nos 8,3 milliards de prochains, et ce sera déjà beaucoup d’en aimer un seul aujourd’hui. Nous aimerions comprendre et saisir le sens de la vie et cela nous échappe en grande partie ( …) ».
    Le balancement entre le grand et le petit, le profond et le haut, le long et le large, nous a perchés dans l’infini. C’était le but, pas le seul de la prédication sans doute mais quand même « être habité par Dieu sans être Dieu moi-même », voilà une expérience de lecture singulière ensemble.

    Alors, nous vous remercions sincèrement de votre vocation et de votre ministère où nous avons goûté à la chaîne de mots qui est comme une marque de vos paroles et de vos écrits : heureux – vie – richesse – merveille – chance – bonheur – fécond…

    Lundi 6 juillet 2026
    Clau et Lil

    1. Marc Pernot dit :

      Chères Clau & Li
      Mais comme c’est touchant ! Mille mercis pour ce partage d’expérience. Bravo de prendre la peine de réfléchir, d’approfondir et de le faire en dialogue.
      Dieu vous bénit et vous accompagne

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