Face au sentiment de crise généralisée et à la perte de repères de notre époque, cette prédication propose une relecture philosophique et spirituelle de la situation : et si l’humanité, plutôt que d’être en fin de vie, traversait simplement une crise d’adolescence ? En s’appuyant sur des récits bibliques millénaires, nous pouvons dégager des pistes concrètes pour transformer nos vertiges technologiques et sociétaux en un accouchement vers une maturité partagée.
Texte, vidéo et poscasts audio de la prédication. Ceci est un témoignage personnel. N’hésitez pas à donnez votre propre avis ci-dessous.
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prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève le dimanche 21 juin 2026,
par : Marc Pernot, pasteur à Genève
Transcription de la Vidéo :
Le regard du Christ sur notre époque : une perspective spirituelle
« À qui comparerai-je cette génération ? » se demande Jésus. Et il analyse : « Elle ressemble à des enfants… ». (Matthieu 11:16) Il nous invite ainsi à prendre du recul et à regarder où en est notre humanité. Jésus porte un regard délibérément bienveillant : il compare l’humanité à des enfants : cela donne de l’espoir, car un enfant grandira.
Alors que relève-t-on, nous, dans notre génération ? Pour reprendre le regard bienveillant de Jésus, je dirais d’abord que l’humanité est vivante, qu’au niveau des individus 99 % des personnes que nous croisons sont des personnes qui font vraiment ce qu’elles peuvent, et que, partout, on discerne des liens d’attachement, de solidarité, de conscience.
Le diagnostic : Fin de vie ou crise de croissance ?
Et pourtant, nous voyons aussi que notre humanité est en crise. Avec quels symptômes ? Un manque de vision à long terme, cherchant seulement à profiter maintenant. On voit la violence dans les rapports de force, la crise de sens, le rejet des repères du passé et de Dieu, un mal-être qui prend les dimensions d’une pandémie.
Quel diagnostic ? Serait-ce une maladie grave ? Ou les signes que notre humanité serait en fin de vie, frappée de démence ? Ou est-ce que, comme le suggère Jésus, l’humanité serait au contraire comme des enfants et traverserait une crise d’adolescence ?
L’attitude bienveillante et pleine d’espérance que pose Jésus sur l’humanité est caractéristique du regard que la Bible pose sur chacune des crises que nous traversons : la Bible les compare à une traversée du désert : une expérience dangereuse et pénible mais tournée vers la vie.
L’expérience millénaire de la Bible nous aide vraiment à faire, à notre tour, l’examen clinique de la crise de notre génération. Je vous propose de le faire avec deux traversées du désert : celle des Hébreux et celle de Jésus lui-même.
Avec les Hébreux : les douleurs de l’enfantement
L’apôtre Paul nous propose de nous aider du récit des Hébreux traversant le désert : que cela parle de ce que nous traversons aujourd’hui, et nous éclaire sur la « fin des temps » que nous semblons vivre.
Paul, comme le prophète Osée, évoque une humanité ingrate, attristant Dieu qui constate : « Ils n’ont pas reconnu que je prenais soin d’eux. » C’est typique de l’adolescent en révolte. N’est-ce pas notre génération ? Mais ce récit des 40 années d’aventures des Hébreux dans le désert évoque, par ce nombre de 40, la gestation humaine qui dure 40 semaines : ce récit est celui de la naissance d’une nouvelle façon d’être un peuple, une humanité.
Elle ne serait donc pas en fin de vie, au contraire, elle traverserait une crise d’adolescence. L’enfant est surpris par sa propre croissance comme notre humanité devant des pouvoirs faramineux, totalement nouveaux, qui lui sont donnés. L’ado est alors pris de vertige, il teste un peu n’importe comment sa force nouvelle et ses charmes nouveaux, en même temps il ne sait pas comment les maîtriser ni comment se situer par rapport aux autres, il méprise ses parents et ses professeurs, se fond dans son petit clan pour se rassurer face aux autres. Notre humanité en est là, et c’est compréhensible. La situation est effectivement dangereuse, mais c’est prometteur si on y reconnaît une crise d’adolescence.
En revanche, ce qui semble actuellement sclérosé, trop lourd et ayant perdu sa souplesse, ce sont nos institutions. À l’image d’un adolescent qui a grandi trop vite et ne rentre plus dans ses habits : notre humanité a du mal avec ces vieilles structures. À un vin nouveau il faut de nouvelles outres, nous conseille Jésus (Luc 5:37-38). Mais une humanité entrant dans une vie nouvelle saurait se donner de nouvelles institutions qui vont bien.
Alors, où en sommes-nous avec cette crise d’adolescence de l’humanité, si décisive ? Allons-nous vers la mort ou vers une humanité plus mature ? Cette alternative traverse bien des réalités, c’est pourquoi elle est inscrite dans la structure même de la langue hébraïque avec le même mot, khébel (חֵבֶל) en hébreu, qui signifie à la fois les douleurs de l’accouchement et les liens de la mort. Lequel de ces deux khébel traverse aujourd’hui notre humanité ? Comment l’orienter dans le bon sens ? C’est cette question que nous pose l’apôtre Paul dans sa relecture de cette histoire emblématique des Hébreux afin de voir ce que nous pourrions faire.
La première clef qu’il nous donne est la lucidité. L’expérience des Hébreux nous fait réfléchir, analyser. Puis, Paul nous propose de nous souvenir, nous, que Dieu nous a aimés, accompagnés et nouriis. Et il nous conseille d’avoir une vision de la finalité de la traversée de crise : non pas une fin mais une belle humanité émancipée et bienfaisante.
Cela nous appelle à prendre du recul et à analyser notre génération avec un regard bienveillant et déterminé. L’adolescence est un temps compliqué. C’est vrai que des dégâts pourraient survenir dans l’avenir de l’humanité. Mais ces histoires de la Bible nous dicen que ce n’est pas une fatalité, que nous pouvons faire quelque chose pour que la fin de l’histoire s’oriente vers sa bonne finalité.
Un accouchement n’est pas une petite affaire : c’est une étape douloureuse et risquée, mais elle est tournée vers la vie. Nous devons devenir sages-femmes.
Avec Jésus : maîtriser nos pulsions adolescentes
Pour cela, il nous faut d’abord commencer par vivre nous-mêmes ce processus. Jésus nous en montre le chemin. Ses tentations au désert sont les contractions d’une conscience qui devient un petit peu plus adulte. Jésus nous montre comment ne pas nous laisser prendre par les filets de la mort, mais naître, être émancipé et devenir même un peu christique : dévoué au salut du monde (à notre mesure).
Ce récit montre que pour devenir un peu plus « adulte », l’être humain (et aussi l’humanité) doit traverser un combat intérieur, évoqué ici par « le diable », c’est-à-dire, littéralement, par « ce qui nous déconstruit ou nous divise ». Ces tentations sont des pulsions régressives typiques de l’adolescence :
« Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » : c’est la 1ʳᵉ tentation, un « j’en ai envie : je le prends, je le fais » que l’on peut reconnaître dans notre humanité quand elle abuse des ressources de la planète, ou quand nous consumons notre propre vie dans les distractions. La réponse adulte de Jésus consiste à ne pas réduire le sens de notre existence à notre désir, il réintroduit du sens, du temps long, une visée, une dimension spirituelle.
La 2ᵉ tentation typique est : « Je te donnerai tout ce pouvoir avec la gloire de ces royaumes… » L’adolescent est déjà objectivement beau, grand et fort, mais il est parfois un peu perdu et cherche à s’imposer en écrasant les autres. On peut reconnaître cela dans notre actualité à bien des niveaux. La réponse adulte de Jésus consiste à choisir la grandeur du service de l’autre plutôt que la domination sur l’autre. C’est ce qui manifeste une véritable grandeur. Cela renverse complètement la perspective.
La 3ᵉ tentation est : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas… » C’est une attitude suicidaire que l’adolescent a parfois, prenant des conduites à risque dans une tentative désespérée d’être aimé, parce qu’il a du mal à s’aimer lui-même. La réponse adulte de Jésus, c’est de se souvenir qu’il est, en fait, déjà aimé, comme l’apôtre Paul le dit aussi : pas besoin de faire du chantage affectif. La réponse de Jésus, c’est aussi d’accepter la réalité : si l’on fait n’importe quoi, ça engendre du chaos et de la mort, pas du mieux.
Ce cheminement de Jésus nous donne des pistes essentielles, fondamentales sur ce dont notre humanité a besoin afin que ce temps de crise soit un accouchement d’une humanité plus mature.
Le pouvoir invisible du levain connecté
Mais est-ce raisonnable d’espérer obtenir par mes petites actions que l’humanité accouche de la vie plutôt que de foncer droit vers la catastrophe ? Oui, nous dit quantité de récits de la Bible. Ce doute, lui aussi, est décrit dans l’histoire de Moïse devant cette tâche que Dieu lui adresse, comme à nous, et Dieu lui répond : tu peux le faire, je ne te laisserai pas tomber. Jésus, lui, à son habitude, l’explica avec une parabole : un gramme de levain suffit à faire lever toute la pâte et à faire ainsi que la fournée soit bonne. C’est particulièrement approprié pour notre génération hyperconnectée : quand une seule petite vidéo publiée sur le site de notre église est regardée par plus de vingt mille personnes en une semaine.
De même, un petit gramme de bon geste est un levain puissant dans notre humanité. Cela change le monde. Car le bien a, en réalité, infiniment plus de résonance dans l’univers que le mal.
Notre aide est en Dieu.
Amen
Textes de la Bible
Osée 11
1Quand Israël était jeune, je l’ai aimé, et d’Égypte j’ai appelé mon enfant. 2Mais ceux qui les appelaient, ils s’en sont écartés et c’est aux Baals qu’ils ont sacrifié, c’est à des idoles taillées qu’ils ont brûlé des offrandes. 3C’est pourtant moi qui avais appris à marcher à Éphraïm, les prenant par les bras, mais ils n’ont pas reconnu que je prenais soin d’eux. 4Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d’amour, j’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson contre leur joue et je lui tendais de quoi se nourrir.
1 Corinthiens 10
11Ces événements leur arrivaient pour servir d’exemple et furent mis par écrit pour nous instruire, nous qui touchons à la fin des temps. 12Ainsi donc, que celui qui pense être debout prenne garde de tomber.
Évangile selon Luc 4
1Jésus, rempli d’Esprit Saint, revint du Jourdain et il était dans le désert, conduit par l’Esprit, 2pendant quarante jours, et il était tenté par le diviseur. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et lorsque ce temps fut écoulé, il eut faim. 3Alors le diviseur lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » 4Jésus lui répondit : « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra. »
5Le diviseur le conduisit plus haut, lui fit voir en un instant tous les royaumes de la terre 6et lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir avec la gloire de ces royaumes, parce que c’est à moi qu’il a été remis et que je le donne à qui je veux. 7Toi donc, si tu m’adores, tu l’auras tout entier. » 8Jésus lui répondit : « Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et c’est à lui seul que tu rendras un culte. »
9Le diviseur le conduisit alors à Jérusalem, il le plaça sur le faîte du temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas, 10car il est écrit : Il donnera pour toi ordre à ses anges de te garder, 11et encore : ils te porteront sur leurs mains pour t’éviter de heurter du pied quelque pierre. » 12Jésus lui répondit : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » 13Ayant alors épuisé toute tentation possible, le diviseur s’écarta de lui pour un temps.









