Comment interpréter « si l’on te donnes une gifle sur la joue droite, tends l’autre joue » ?

Un homme déguisé et grimé en Jocker - by Antoine Skipper 
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Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Comment interpréter  » si l’on te donnes une gifle sur la,joue droite, tends la joue gauche
Merci

Envoyé de mon iPad

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir,

C’est un très très bonne question que vous vous posez, et vous tenez ainsi la réponse, à mon avis.

Comment comprendre ce passage essentiel où Jésus dit solennellement à ses disciples :

« Vous avez appris qu’il a été dit: oeil pour oeil, et dent pour dent.
Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant.
Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre.
Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.
Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui. »

(Matthieu 5:38- 41)

Comment appliquer ce commandement de Jésus ?

C’est est bien entendu impossible à appliquer concrètement, car comment « ne pas résister au méchant » ? Ce n’est pas un modèle de société, car comment laisser les pédophiles continuer à violer des enfants, comment laisser des gangsters agresser des banques et des grands-mères, comment laisser des terroristes et des tyrans tuer des innocents sous leurs balles, leurs couteaux et leurs bombes ???

Pour appliquer à la lettre ce verset, faudrait-il donner un enfant de plus au pédophile, la clef du coffre au gangster, des armes aux fous furieux ??? Evidemment non.
Et cela montre qu’il ne devrait pas être possible de lire la Bible au pied de la lettre. D’autant plus qu’il ne s’agit pas ici d’un petit verset perdu au fond du Lévitique ou du livre des proverbes, mais d’un passage très clair de Jésus lui-même, du Christ lui-même !

Parfois, cela n’a pas de conséquence de lire la Bible n’importe comment. Mais là, si l’on lit ce texte comme un commandement à prendre littéralement, cela peut donner des souffrances infinies et des morts. Tant et tant de femmes, en particulier ont été victimes d’une lecture littérale de cette phrase de Jésus ! Hélas. Surtout que pas à pas, ce genre de maltraitance va bien trop souvent jusqu’à la mort de la victime. Et donc parfois le chrétien doit combattre pour plus de justice, et avoir des paroles et des gestes prophétiques pour résister au méchant, pour le fuir au lieu de tendre l’autre joue, pour arrêter d’excuser des actes de maltraitance. Bien sûr.

En réalité, cette phrase de Jésus n’est absurde que quand on le lit comme une réponse. Il est par contre absolument passionnant quand on le prend comme une question que l’on peut se poser soi-même quand on est agressé. C’est vrai qu’il existe des moments où il la meilleure réponse est de ne pas répondre à l’offense (par exemple si un ami nous injurie d’un coup, on peut comprendre que sa méchanceté du moment est plus un symptôme de sa souffrance et qu’il faut l’aider plutôt que de riposter ? Mais si c’est un violeur qui cherche à agresser notre famille, bien entendu qu’il faudra résister). La Bible est à prendre ainsi comme un trésor de questions à se poser, non comme un code de lois auxquelles Dieu nous demanderait de nous soumettre.

Le sens « littéral » de ce passage est donc une invitation que nous donne Jésus à nous poser des questions, de sorte que nous puissions arriver au-delà de notre première impulsion naturelle, et avoir ainsi un comportement créatif, créateur de vie, de réconciliation, de paix. Mais pas, certainement pas en laissant le mal courir. Au contraire en le réduisant le plus possible en le surmontant par du bien.

Certes c’est difficile, mais Jésus conclut ce passage en disant que que nous n’y arriverons qu’en nous laissant engendrer par Dieu qui, lui, arrive effectivement à aimer ses ennemis, bénir et faire du bien à ceux qui le maltraitent et le maudissent. C’est dans la mesure où nous sommes un peu enfanté par ce souffle que nous pourrons obéir à ce commandement, et à cet autre commandement que Jésus met en conclusion et qui est tout aussi impossible à lire « au pied de la lettre » : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » (Matthieu 5:48).

Donc, en vous posant des questions : mais que veut dire Jésus ?

Comment l’appliquer dans ma situation ?

Vous appliquez effectivement son commandement : de vous poser des questions devant Dieu et de faire ce qu’il vous semblera le mieux. Ce genre de réflexion peut effectivement vous préparer à être génial, avec une réaction très juste, dans un moment inattendu. Par exemple si votre adorable grand mère que vous aimez énormément devient tout à coup méchante, au lieu de céder au réflexe de combattre ou de fuir toute agression, peut-être que la conduite que vous arriverez à adopter est de vous dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas pour votre grand mère et qu’il vaut mieux réagir différemment, chercher ce qui ne va pas et l’aider quand ce sera possible, alors qu’une réaction violente de votre part aurait encore augmenté son malheur… Dans un sens c’est alors effectivement une autre joue que vous présentez, vous changez votre façon de voir la méchanceté de la grand mère pour y reconnaître sa peine.

C’est ainsi que le Christ est génial, avec ses paroles provocantes, dérangeantes, ses paraboles et ses gestes significatifs… cela nous ouvre des pistes, nous donne un idéal infini sans que cela soit culpabilisant (personne ne peut nous en vouloir de ne pas être parfait, pas même nous). Et avec de tels commandements dans la bouche de Jésus, à moins de le vouloir vraiment, il ne devrait pas être possible de lire la Bible « au pied de la lettre », impossible de la lire sans se poser des questions, impossible de l’interpréter en prétendant avoir la seule et unique lecture possible… Et cela aussi est une grâce.

A condition de ne pas lire ces textes avec intelligence et avec le souffle de Dieu pour nous aider à ne pas faire trop n’importe quoi.

Pour plus de détails sur ce texte biblique passionnant, voir cette prédication

Amitiés fraternelles

Marc

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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