28 décembre 2020

Dans une noire fumée, un pompier avec une lance à incendie projetant de l'eau - Photo by Timothy Eberly on https://unsplash.com/fr/photos/photo-de-mise-au-point-peu-profonde-dun-pompier-utilisant-un-tuyau-deau-rouge-iSmLxCzkoH0
Question

On dit que Jésus est le Sauveur … mais de quoi nous a-t-il sauvé par sa mort ?

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Par : pasteur Marc Pernot

Dans une noire fumée, un pompier avec une lance à incendie projetant de l'eau - Photo by Timothy Eberly on Unsplash

Question posée :

Bonjour/bonsoir,

Tout d’abord un grand merci pour ce site plein de tolérance et d’écoute. J’y reviens régulièrement, et c’est toujours un plaisir de vous lire.

Il y a cependant un point que j’ai du mal à saisir : la raison de la mort du Christ. Je ne crois pas que Dieu ait eu besoin d’un sacrifice pour pardonner nos péchés, après tout Il ne prend pas de plaisir aux holocaustes (c’est écrit dans la Bible), et je suis intimement convaincue qu’il nous pardonnait déjà avant la venue de Jésus.

Mais alors pourquoi ce sacrifice ? Quel sens lui donner ? On dit que Jésus est le Sauveur … mais de quoi nous a-t-il sauvé ? S’il ne nous sauve pas du péché, alors de quoi nous sauve-t-il ? De nous même ? Qu’est ce que sa mort, aussi terrible soit-elle, peut nous apporter ?

Merci d’avance pour les quelques pistes de réflexion que vous pourrez me donner.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir,

Mil mercis pour les encouragements ! C’est effectivement encourageant pour moi.
Bravo de vous poser des questions et de remettre en cause ce que bien des personnes disent. C’est une bonne démarche, d’abord pour prendre sa vie en main sans se laisser emporter comme une feuille morte dans les tourbillons du vent, c’est aussi comme cela que l’on avance, que l’on se saisit en vérité de ce qu’il y a de beau et de bien dans telle ou telle théorie, tel courant théologique ou philosophique. Enfin, c’est une belle façon de vivre la bénédiction de Dieu, son amour nous libérant pour ouvrir nos propres yeux et tracer notre chemin en sincérité, dans la confiance qu’il nous accompagne et que si nous nous fourvoyons, il saura bien nous le faire sentir d’une façon ou d’une autre (dès lors que nous lui faisons un peu confiance).

Le fait que Christ soit mort pour payer la note sur la croix et acheter ainsi notre pardon est une théorie très discutable. Cette théorie me semble effectivement horrible : aussi bien dans l’idée de Dieu qu’elle suppose, et dans l’idée de justice.

  • Dieu est amour, et l’amour n’est pas un marchandage, quand on aime une personne on lui pardonne, ce n’est pas plus compliqué que cela, et il n’y a pas besoin de la torturer pour cela, et encore moins de torturer un innocent. L’idée même de « propitiation », de sacrifice pour se rendre la divinité favorable, appartient plus aux religions païennes que bibliques.
  • Et effectivement, vous avez raison, Dieu n’attend pas que nous demandions pardon pour pardonner, heureusement : il pardonne car il continue à aimer, même son ennemi nous dit Jésus.
Jésus a pris tous les risques afin de tenter de convaincre la population de ce dont il voulait témoigner : de la tendresse et de la fidélité de Dieu (Jean 1:17). Cela a moyennement plu aux autorités religieuses dont le fond de commerce résidait dans la faculté de menacer les fidèles du Dieu impitoyable contre celui qui n’a pas bien la foi qu’il faut comme il le fait (selon ces mêmes autorités). Pas de chance, ils l’ont exécuté pour cela. C’est ce que montre la parabole que Jésus raconte (la parabole des vignerons) : le projet de Dieu était que Jésus soit respecté, pas qu’il soit tué. (Matthieu 21:37). La mort du Christ n’est pas un sacrifice de propitiation, mais Jésus se sacrifie pour accomplir sa mission, comme un pompier au service du feu. Son geste d’aller jusqu’au bout va dans le même sens que le reste de sa vie, être au service parce qu’il aime.
La croix comme signe de l’amour du Christ pour l’humanité, même pécheresse, amour du Christ qui révèle l’amour de Dieu pour nous. C’est cette interprétation que Paul met en avant quand il parle de « l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. » (Romains 8:39), ou quand il explique : « A peine mourrait-on pour un juste; quelqu’un peut-être mourrait pour un homme de bien. Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. » (Romains 5:7-8).
En quoi est-ce que cela nous sauve ?
  • Cela montre que le salut n’est pas une question de comptabilité des fautes et mérite (Dieu aime de toute façon), ni donc une question de pardon, d’amnistie de nos fautes (on en n’est plus là). Comem le dit Jésus dans la prière du « Notre Père », son « pardonne-nous comme nous pardonnons » peut être compris comme signifiant « libère nous de la logique de la dette pour vivre de la logique de la grâce ». Cela nous sauve donc de la peur d’un Dieu qui pourrait nous en vouloir. Cela nous réconcilie avec Dieu, nous permet de nous tourner vers lui en toute circonstance. Et précisément quand on a été source de mal, ce qui est bien utile car c’est à ce moment là que nous avons besoin de son aide pour soigner en nous ce qui ne va pas et a produit de mal. C’est donc en nous que s’opère ce salut, ce n’était pas au ciel que notre salut était coincé. Et la solution face au mal commis n’est pas une simple amnistie, mais de chercher à guérir, outre la cause du mal en moi, aussi les conséquences sur mes victimes. Ce n’est pas une question de comptabilité mais une question de soin. C’est ce que l’on comprend dans la façon dont Christ agit envers tous.
  • Cela nous libère des religieux qui nous tenaient en bride par leurs menaces, nous donnant accès en ligne directe avec Dieu.
  • Et cet amour est libérant : nous sommes sous la grâce, le modèle n’est plus la soumission à Dieu, réduisant notre personnalité, mais la confiance que Dieu nous accorde, afin d »épanouir notre créativité personnelle, et la confiance que nous pouvons avoir en Dieu pour nous aider à avancer, à nous aider à progresser quand nous sommes pas trop bons. C’est pourquoi la Bible parle du salut comme d’une émancipation d’esclave (esclave du péché, esclave des commandements religieux et des dogmes, esclave d’une idée terrible de Dieu). C’est ce terme « d’émancipation de l’esclavage » qui est malheureusement traduit par les termes de « rachat », ou de « rançon », ou de « propitiation », traductions trompeuses car faisant référence à une toute autre façon de nous libérer que celle de l’amour gratuit de Dieu nous aidant à grandir.
  • Mais Jésus n’est pas qu’un pompier, il agit positivement aussi : il est alors comme un semeur, semeur d’action positive de service de l’autre, de confiance tranquille en Dieu, de pique-nique joyeux sur l’herbe, d’enseignements profonds…
Voir dans les « mots qui piquent » les notions de : « économie du salut », « expiation », « propitiation », « Rédemption, Rédempteur, Rachat, Rançon »…

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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4 Commentaires

  1. Lili dit :

    Cette idée de bla-bla m’interroge car je l’entends si souvent. Je pourrais dire aussi qu’il y a un bla-bla chrétien, au sens d’un jargon qui sonne creux vu de l’extérieur. Pour être honnête, il faut soit ne pas s’y intéresser (très facile, cela restera nébuleux), soit essayer de le dépasser (un peu moins facile, il faut donner du sens et se bagarrer avec lui). Le dépasser, il me semble, peut consister à le ramener à nos propres expériences. En restant au niveau des idées, remplies d’images ou de représentations qui ne parlent pas ou plus, il y a un risque quasi inévitable de tout rejeter en bloc. C’est sans doute cela qui a rebuté les philosophes grecs qui ont entendu la prédication de Paul à Athènes. A un moment, cela n’a plus collé avec leur propre bla-bla.

    Mais y a-t-il un moyen de faire autrement ? Il y a un bla-bla platonicien, stoïcien ou sceptique (oh, combien !), un bla-bla lévinassien ou hégélien, un bla-bla grammairien (proposition subordonnée circonstancielle de concession… ouh, là ! là ! mal de tête…) et un bla-bla kogi dès qu’on ne s’intéresse pas avec sérieux à ces questionnements. Les représentations du monde kogi – je suppose – découle d’intuitions, d’idées, de concepts ou d’ancestraux récits qui leur permettent de s’orienter dans leurs expériences et que les colonisateurs ont dû prendre pour du bla-bla. De ce point de vue, les missionnaires qui ont pu évangéliser de force restent, il est vrai, incompréhensibles à mes yeux.

    Par contre, « lutter contre l’ignorance organisée, réapprendre la nature – au sens de nature humaine -, développer la force révolutionnaire », d’après ce que j’ai pu lire sur Jésus dans les Evangiles – vous visez juste – cela semble l’objet de son ministère et les pharisiens ne s’y sont pas trompés. Alors je ne connais pas les Kogis mais il doit y avoir dans leurs philosophies/religions/représentations quelque chose comme une « Super Nature » à laquelle ils se réfèrent, principe transcendant et/ou immanent à leur société et qui leur sert de guide pour effectuer ce programme. Il y a donc de quoi s’inspirer chez ce peuple comme il y a de quoi s’inspirer dans le christianisme, selon ce qui répond le mieux à nos aspirations profondes. Mais tout ça c’est peut-être trop de bla-bla ? 😉

    1. Marc Pernot dit :

      Merci Lili, pour la finesse de ces éclaicissements.

  2. Jérémy dit :

    Merci pour cette réponse du pasteur Pernot, qui semble logique et sensée, mais pas très claire… si j’ai compris un peu ses propos, en somme c’est une question d’harmonie intérieure, de maintient de l’équilibre… à ce sujet j’ai une réflexion qui me reste en suspend: les kogis de Colombie (païens) n’ont jamais eu besoin du blabla chrétien pour s’aimer, vivre en harmonie entre eux et avec l’écosystème depuis 4000 ans (c’est un peuple remarquable, témoin de nos origines). Si j’ai bien compris cette belle métaphore du pompier, je suppose que chez nous ce sont les marchands du temple de la Nature qui auraient bien besoin d’être sauvés, non? c’est à dire les 1% d’ultra riches. Pour les autres, nous n’avons pas à culpabiliser d’exister; donc, comme les kogis, pas besoin de super Jésus dans nos vies, seulement lutter contre l’ignorance organisée, réapprendre la nature, développer la force révolutionnaire au lieu de se laisser mourir sur une croix imaginaire tout en contentant la petite bourgeoisie par des prêches nébuleux…

    1. Marc Pernot dit :

      Merci, Jérémy, d’entrer en dialogue.

      Avec le peuple Kogi, objet de reportages touchants, vous reprenez le mythe du « bon sauvage ». Il y a effectivement de merveilleux traits dans cette civilisation, en particulier leur communion avec la nature, mais il y a aussi des parts d’ombre : elle est hyperpatriarcale, les femmes font le gros du boulot pendant que les hommes palabrent à l’ombre, les filles subissent un mariage forcé dès le début de leur puberté. La solidarité du clan est géniale mais elle laisse peu de place à l’individu, mieux vaut ne pas sortir des clous ! Donc oui, il y a à apprendre de ce peuple, comme de tout peuple, mais avec discernement.

      La foi chrétienne ne nie pas qu’il puisse y avoir d’autres chemins : Jésus acclame extraordinairement la « foi » d’un centurion romain complètement païen, et l’apôtre Jean affirme que « quiconque aime est né de Dieu » : c’est aux antipodes d’un « hors de la religion chrétienne, il n’y a que des humains mauvais ! »
      C’est à chacun de voir comment il peut soi-même progresser. La question n’est pas de dire que telle catégorie de personne devrait faire un effort. La question, c’est de progresser soi-même, cela améliorera déjà le monde et cela inspirera peut-être d’autres. Alors que critiquer les autres ne fait rien avancer. Il y a bien des chemins pour avancer, si « Super-Jésus » ne vous inspire pas, inspirez-vous de qui ou quoi vous touche : les stoïciens ne sont pas mal, Che Guevara ou le peuple Kogi… Que cela vous fasse progresser à votre façon sera un bénéfice pour le monde.

      Mais se moquer de ce qui inspire d’autres personnes qui mettent leur cœur à progresser, ce n’est pas un facteur positif pour l’amélioration du monde, c’est encore un ferment de haine en plus, de violence, de division, de communautarisme. Nous n’avons vraiment pas besoin de cela. Je pense. Surtout pas aujourd’hui.

      Dieu vous bénit et vous accompagne.

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