Face au sentiment de rester sourd ou incrédule devant l’affirmation de la résurrection, Marc Pernot explore une voie où la foi n’est pas une obligation dogmatique, mais une expérience spirituelle qui redonne de l’élan à l’existence et à la relation aux autres.
La difficulté de croire au dogme de la résurrection
Bonjour pasteur Pernot,
Dans le livre des Actes, Paul dit au sujet de Jésus : « Dieu l’a ressuscité d’entre les morts ».
J’aimerais pouvoir comprendre ou croire et vibrer de cette affirmation ; en tant que chrétienne, j’aimerais la faire mienne et élever la voix avec conviction pour clamer avec les autres chrétiens : « Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ».
Mais je n’y arrive pas, tant mon cœur et mon intelligence restent sourds et muets d’incompréhension devant ce qui est au cœur de la foi. Je ne comprends tout simplement pas ce que cela signifie et il me semble ne pas savoir en vivre.
Pourriez-vous m’éclairer ?
Merci d’avance.
Une foi libre face à l’incompréhension
Chère Madame,
D’abord, avec le Christ, nous sommes dans la liberté d’être nous-mêmes. Il n’y a plus de menaces, plus de chantage puisque nous sommes au bénéfice de la grâce de Dieu qui nous aime tel que nous sommes, et qui nous comprend. Nous n’avons donc aucune obligation d’être comme les autres, ni même comme l’apôtre Paul.
D’ailleurs, quand Paul dit aux athéniens que Dieu a ressuscité Jésus d’entre les morts (Actes 17:31), c’est une erreur parce que c’est incompréhensible par les gens et que cela conduit à un échec total de communication avec les personnes qui étaient pourtant intéressées à la base. Hélas parfois dans l’église, il est fait cette même erreur : annoncer des choses complètement incompréhensibles comme si c’était une évidence totale, et une croyance obligatoire. Jésus n’était lui-même pas dans ce type de communication.
L’expérience spirituelle du Christ ressuscité
Concernant ce que Paul entend par résurrection du Christ : on peut remarquer que Paul dit que son expérience spirituelle sur le chemin de Damas est une rencontre avec le Christ ressuscité, comme celle que connaissent les femmes ou les autres apôtres (1 Corinthiens 15:9). Il me semble que c’est instructif sur ce qu’il entend par « Christ ressuscité ».
Dans cette expérience spirituelle, Paul saisit que le salut qu’il recherche se trouve en Christ : dans ses paroles, dans sa vie, dans l’inspiration qu’il nous donne à nous-mêmes pour aller au secours d’autres, et que pour cela l’absence physique de Jésus n’est pas un obstacle. Il me semble que nous avons là une base de ce que l’on peut entendre par le Christ vivant, le Christ qui nous accompagne. En conséquence, pour Paul, le corps du Christ ressuscité est la communauté humaine, réconciliée par l’Esprit, où chaque membre s’épanouit dans ses qualités propres et sa vocation personnelle, se souciant de quelques autres membres (1 Corinthiens 12).
Retrouver l’enthousiasme de la foi
Dans les Évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean, ce qui est particulièrement remarquable dans les récits d’apparitions du Christ, c’est que les disciples de Jésus, qui auraient dû être complètement désespérés, retrouvent en réalité un véritable enthousiasme dans la foi en Christ, et que cela les conduit à témoigner de la foi en Christ, là, à Jérusalem, et puis partout, en fait dans l’Empire romain.
Donc pour vibrer et communier dans la foi au Christ ressuscité, chacun est libre, bien entendu, d’avoir sa propre foi, sa façon de voir et d’en témoigner. Mais je dirais qu’au minimum, la foi en Christ ressuscité, c’est d’être animé par la foi du Christ, d’être motivé dans notre relation à Dieu, dans notre confiance en Dieu, d’être plus épanoui soi-même, plus enthousiaste, de vivre et de s’ouvrir à d’autres, plus concerné par leurs besoins à l’image du Christ qui se sentait concerné par les souffrances des personnes qu’il rencontrait.
Mais d’une manière générale, je pense qu’il est bon de laisser les autres avoir leur propre foi, leur propre croyance, de les entendre comme vous le faites, de se poser des questions et de voir si cela peut effectivement correspondre à quelque chose qui nous parle. Sans se laisser culpabiliser, ni imposer quoi que ce soit. Si vraiment il était super important de croire ceci ou cela, eh bien que Dieu nous aide par son Esprit et que cela nous vienne. Mais sinon, avançons, tranquillement en paix, au pas de notre propre foi et de notre propre intelligence, de nos forces.
Dieu vous bénit et vous accompagne.






Bonjour, cette réflexion rejoint ce que notre pasteur a proposé cette année pour le culte de Pâques : on pouvait se dire les uns aux autres (entre voisins de chaises) au choix « Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité » ou « Christ est ressuscité, je l’espère » (je ne suis plus tout à fait sûre de la formule mais c’est l’idée). J’avais trouvé cela super pour affiner sa propre croyance, et plus respectueux de chacun.
Personnellement dans ma vie, je ne fais pas de différence entre le Dieu YHWH et le Christ car je n’ai pas connu Jésus l’humain personnellement. Mais les paroles et les gestes qui sont rapportés de lui m’inspirent et m’éclairent, grâce notamment à votre merveilleux site qui va dans la complexité et la profondeur des textes.
Dieu vous bénit et vous garde !
Merci beaucoup.
Personnellement, jamais je n’inviterais les personnes de l’assemblée à confesser sa foi ou son incrédulité auprès de son voisin de chaise. La foi de chacun lui appartient, c’est quelque chose de profondément personnel et l’homme est si prompt à juger son prochain…
Mais effectivement, il me semble bien que chaque personne soit rassurée en se sachant autorisée par la grâce de Dieu d’avoir sa propre foi.
Dieu vous bénit