un extrait de manuscrit de Sébastien Castellion (bibliothèque de Bâle)
Prédication

La foi, la science et le bénéfice du doute (l’épopée d’Abraham, Genèse 12 à 21)

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En relisant l’épopée d’Abraham (Genèse 12 à 21) à la lumière de Sébastien Castellion, cette prédication explore l’art de douter et de croire, d’ignorer et de savoir. Une théologie qui se construit pas à pas, par essais et ajustements, à l’image d’une démarche scientifique appliquée à la foi.


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(Voir le texte biblique ci-dessous)

prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève, le dimanche 30 octobre 2022,
par : pasteur Marc Pernot

2/3 d’une série de prédications inspirées par Sébastien Castellion au temple de Vandœuvres

 

Transcription de la vidéo :

L’art de douter et de croire, d’ignorer et de savoir

Le livre dans lequel Sébastien Castellion résume son testament spirituel s’intitule : « De l’art de douter et de croire, d’ignorer et de savoir ». Il ne s’agit pas seulement d’une belle formule : c’est un véritable « art », au sens du XVIe siècle, c’est-à-dire une méthode pratique à incarner au quotidien. C’est une approche très concrète et particulièrement féconde.

Douter et croire : la foi comme confiance

Castellion propose en premier lieu « l’art de douter et de croire ». Il insiste fortement sur le sens du verbe « croire » : c’est avant tout faire confiance. La foi consiste à accorder sa confiance à Dieu. Nombreux sont ceux qui s’imaginent que pour être un « bon chrétien », il faudrait impérativement adhérer à un ensemble fixe de croyances. C’est une erreur selon Castellion. En effet, dans le texte original des évangiles, le terme grec traduit par « croire » est le verbe πιστεύω, qui signifie « faire confiance » et qui ne se confond pas avec des notions de savoir ou de connaissance théorique.

Castellion nous invite ainsi à progresser dans « l’art de douter et de croire ». Les deux dimensions sont essentielles : il faut croire (faire confiance), tout en demeurant prêt à être surpris par Dieu — c’est là toute la vertu du doute. Le doute rend la foi modeste et respectueuse de la liberté divine. La confiance en Dieu permet précisément d’accueillir ce que Dieu peut faire surgir d’inédit et d’inouï à tout instant.

Ignorer et savoir : la démarche théologique comme démarche scientifique

À côté de cette relation personnelle avec Dieu, faite de confiance et de respect, Castellion place « l’art d’ignorer et de savoir ». C’est à ce niveau que nous élaborons nos convictions, de façon similaire à la démarche scientifique. Nous partons des acquis et des croyances des générations passées, puis, en intégrant nos propres expériences de vie et de foi, nous nous efforçons d’élaborer des modèles de connaissance qui rendent compte au mieux de ces observations.

La conscience de ce que l’on ignore est tout aussi primordiale. D’une part, parce qu’une science qui prétendrait tout savoir basculerait dans une forme d’intégrisme incapable d’évoluer. D’autre part, parce qu’il manquerait alors une dimension essentielle : si la science décrit la réalité matérielle, elle est incapable de déterminer le sens ultime de notre existence, les raisons d’être de l’univers, ou même d’expliquer pourquoi nous préférons le jazz au menuet. C’est pourquoi il est nécessaire d’articuler la foi et la science, le « croire » et le « savoir ». Ils constituent les deux jambes qui nous permettent d’avancer, équilibrées par leur part d’humilité respective : le douter et l’ignorer.

Pour approfondir la manière d’associer ces principes, examinons l’un des exemples marquants donnés par Sébastien Castellion : l’épopée d’Abraham dans le livre de la Genèse. Ce récit s’ouvre sur un appel divin qu’Abraham perçoit. Il se met en route par la foi, sans connaître sa destination. Il lui faudra un long cheminement pour que la promesse initiale s’accomplisse, et c’est ce parcours qui nous éclaire.

L’épopée d’Abraham : une théologie qui se construit pas à pas

En parcourant dix chapitres de l’histoire d’Abraham, nous suivons la promesse depuis son énonciation jusqu’à sa réalisation. Dieu parle à plusieurs reprises : cela évoque la dimension mystique de l’être humain, la prière, ou encore la voix de la conscience au plus profond de soi.

Genèse 12 : Va vers toi-même, hors de ton pays…

Ce texte fondateur nous invite littéralement à aller « vers nous-mêmes ». C’est donc avant tout une démarche théologique, existentielle et éthique à laquelle nous sommes conviés. Dès les premiers versets, les principes soulevés par Castellion apparaissent :

  • Écouter l’appel de Dieu et se mettre en marche sans savoir où cela conduit : c’est la définition de la foi comme confiance sereine en Dieu.
  • Quitter son pays et la maison de son père : c’est une invitation à analyser ce qui nous conditionne aujourd’hui pour pouvoir progresser. Il s’agit d’une méthode analogue à la démarche scientifique, appliquée à notre théologie et à nos valeurs : identifier notre héritage pour mieux évoluer.

Se mettre ainsi en route « vers soi-même », c’est cheminer vers son identité véritable. La promesse adressée à Abraham peut se comprendre ainsi : ton être profond est porteur de vie, il possède une grande dignité et a toute sa place dans ce monde. Tu es béni et tu deviendras une source d’abondante bénédiction pour les autres.

Cet appel trace le portrait d’un être humain en accomplissement et rappelle que nous avons un parcours à réaliser. Il ne faut pas reprocher à l’humain de ne pas être parfait : il est un être en devenir. Sa nature est d’être perfectible ; sa genèse est une dynamique continue.

Genèse 15 : l’attente et la remise en cause de la première théologie

Abraham s’est mis en route et fait confiance à la promesse : sa vie sera féconde et bénie. Fort de sa confiance, il attend. Les années passent et rien ne se produit comme prévu. Que ferait un scientifique si son expérience ne donnait pas le résultat escompté ? Il réévaluerait ses hypothèses de départ sans considérer son temps comme perdu. C’est exactement l’attitude d’Abraham. Cette attente infructueuse lui fait réaliser qu’il ne devait pas tout attendre de Dieu de manière passive. Sa théologie initiale trompait sa foi : Dieu n’est pas un distributeur de miracles.

Envisager Dieu comme un magicien de toute-puissance a produit plus d’athées que tous les discours militants. De nombreux croyants sincères ont perdu la foi suite à des attentes déçues. Abraham fait preuve de discernement : plutôt que de tout abandonner, il affine sa représentation de Dieu. Il le fait à travers la prière, en exprimant en toute sincérité sa déception à Dieu, comme on le ferait avec un ami proche.

Il préserve sa confiance en Dieu même lorsqu’il ne le comprend pas entièrement. Abraham associe ainsi l’art de « croire » et celui de douter. Il distingue la foi des croyances figées. Il ne s’accroche pas avec obstination à sa première conception divine et accepte d’adapter son « savoir » sur Dieu.

Il repart de son intuition profonde : Dieu lui garantit la fécondité de sa démarche. Ayant constaté que l’hypothèse d’une réalisation magique était inexacte, il formule une nouvelle hypothèse : et si Dieu l’invitait, lui l’humain, à devenir acteur pour concrétiser cette espérance ?

Genèse 16 : deuxième hypothèse, l’action humaine seule

Abraham et Sarah décident d’employer des moyens purement humains pour obtenir une descendance. Le résultat semble au premier abord positif puisqu’un enfant naît, mais cette démarche engendre des tensions et reste loin de la bénédiction espérée.

Cette stratégie exclusivement humaine révélait de graves lacunes :

  • Sur le plan moral : la servante est traitée comme un simple instrument au service d’un objectif, ce qui va à l’encontre d’une attitude de bénédiction.
  • Sur le plan spirituel : une amertume subsiste envers Dieu dont l’inaction apparente n’est pas comprise.

Face à une expérience partiellement concluante, le scientifique ajuste ses variables. L’implication de l’humain s’est révélée nécessaire, mais il manque une dimension essentielle venant de Dieu, un élément encore inconnu.

Genèse 17 : troisième hypothèse, l’ajustement réciproque avec Dieu

Une nouvelle rencontre déterminante se produit entre Abraham et Dieu, soulignant que ce parcours s’effectue dans la prière autant que dans l’observation attentive de la vie et la réflexion.

Le premier changement est d’ordre théologique : Dieu se révèle comme « Dieu Shaddaï ». Loin d’évoquer une toute-puissance écrasante — dont les limites ont été constatées lors de la première étape —, le nom « El Shaddaï » (שַׁדַּ֔י אֵ֣ל) évoque une image maternelle. En hébreu, shad (שַׁד) désigne le sein, et shaddaï (שָׁדַי) évoque la figure nourrissante qui alimente et fait grandir l’enfant. La puissance de Dieu réside dans sa capacité à nous accompagner, à nous nourrir de sa vie et à nous apprendre à marcher, comme une mère avec son enfant. C’est précisément l’attitude de Dieu tout au long de ce récit.

Le second aspect concerne la responsabilité humaine : « Marche devant ma face, et sois parfait. » La perfection n’est pas exigée comme un état instantané, mais comme un objectif de développement pas à pas, en partenariat avec le Créateur.

Abraham s’engage activement dans cette relation. Sa théologie a mûri d’hypothèse en hypothèse au contact du réel. L’évolution de son être est symbolisée par un changement de nom. Il s’appelait « Abram » (« père élevé »), un nom centré sur sa propre personne. Il devient « Abraham » (« père d’une multitude »), découvrant que sa véritable grandeur réside dans sa capacité à transmettre la vie et à être une bénédiction pour autrui.

Parallèlement, sa femme « Saraï » (« ma princesse », une possession) devient « Sarah » (« princesse » à part entière, reconnue dans sa propre dignité). Avec ce regard renouvelé, Abraham devient pleinement capable d’être une bénédiction.

L’évolution de la théologie façonne la posture humaine. Concevoir Dieu comme un monarque absolu incite l’humain à rechercher une domination similaire. À l’inverse, comprendre Dieu comme une présence bienveillante qui accompagne et élève son partenaire invite à respecter son prochain et à agir en synergie avec lui.

La confiance envers Dieu progresse de pair avec l’approfondissement de nos connaissances. La foi ne saurait se limiter à une adhésion aveugle : il est indispensable que notre réflexion théologique évolue et s’affine continuellement.

Genèse 18 : incarner notre compréhension théologique

À cette étape, le travail sur les noms — sur Dieu Shaddaï, Abraham et Sarah — marque une transformation intérieure fondamentale, associant l’intelligence et la foi.

Cependant, l’art de « douter et de croire, d’ignorer et de savoir » implique une concrétisation pratique. C’est l’enjeu des chapitres qui suivent dans le récit d’Abraham.

En tant qu’héritiers spirituels d’Abraham, nous sommes invités à nous tenir à la porte de notre tente, prêts à engager une nouvelle étape, attentifs à la présence de Dieu et accueillants envers ceux qui viennent à notre rencontre. La vie s’ouvre devant nous.

pasteur Marc Pernot

Pour approfondir : Retrouvez l’éclairage théologique sur ce que signifie doute au sein du Petit Dictionnaire de Théologie.

Cette prédication est la 2e d’une série de 3 prédications inspirées par Sébastien Castellion au temple de Vandœuvres :

  1. Quelle vérité dans la Bible ? (1 Corinthiens 14:6 ; Matthieu 4:5-7 ; Jean 1:1-4)
  2. La foi, la science et le bénéfice du doute (l’épopée d’Abraham, Genèse 12 à 21)
  3. Croire avec les autres ou contre les autres ? (Matthieu 7:12 ; Matthieu 5:22 ; Luc 19:1-10)

 

Textes de la Bible

Genèse 12:1-4

L’Éternel dit à Abram: Va vers toi-même, hors de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. 2 Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai; je rendrai ton nom grand, et tu seras une bénédiction… 4 Abram partit, comme l’Éternel le lui avait dit…

Genèse 15:1-2

La parole de l’Éternel fut adressée à Abram dans une vision, et il dit: Abram, ne crains pas; je suis ton bouclier, et ta récompense sera très grande. 2 Abram répondit: Seigneur Éternel, que me donneras-tu? Je m’en vais sans enfants, tu ne m’as pas donné de postérité…

Genèse 16:1-5

Saraï, femme d’Abram, ne lui avait point donné d’enfants. Elle avait une servante égyptienne, nommée Agar. 2 Et Saraï dit à Abram: Voici, l’Éternel m’a rendue stérile; viens, je te prie, vers ma servante; peut-être aurai-je par elle des enfants. Abram écouta la voix de Saraï… 4 Il alla vers Agar, et elle devint enceinte. Quand elle se vit enceinte, elle regarda sa maîtresse avec mépris. 5 Et Saraï dit à Abram: L’outrage qui m’est fait retombe sur toi.

Genèse 17:1-5

Lorsque Abram fut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, l’Éternel apparut à Abram, et lui dit: Je suis le Dieu Shaddaï. Marche devant ma face, et sois parfait. 2 J’établirai mon alliance entre moi et toi, et je te multiplierai à l’extrême.

3 Abram tomba sur sa face; et Dieu lui parla, en disant: 4 Voici mon alliance, que je fais avec toi. Tu deviendras père d’une multitude de nations. 5 On ne t’appellera plus Abram; mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d’une multitude de nations…

Genèse 18:1-5

L’Éternel apparut à Abraham parmi les chênes de Mamré, comme il était assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour. 2 Il leva les yeux, et regarda : et voici, trois hommes étaient debout près de lui. Quand il les vit, il courut au-devant d’eux, depuis l’entrée de sa tente, et se prosterna à terre. 3 Et il dit: Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas, je te prie, loin de ton serviteur. 4 Permettez qu’on apporte un peu d’eau, pour vous laver les pieds; et reposez-vous sous cet arbre. 5 J’irai prendre un morceau de pain, pour fortifier votre coeur…

Genèse 21:1-2

L’Éternel accomplit pour Sara ce qu’il avait promis. 2 Sara devint enceinte, et elle enfanta un fils à Abraham dans sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé.

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En écho à ce texte :

14 Commentaires

  1. Jim dit :

    A nouveau concernant Shaddaï :
    – le sens plaine, terrain, champ correspond en fait à sadaï, mais du coup cela dépend si le manuscrit est un texte massorétique qui contient les points de distinction entre le sh et le s, ou un manuscrit non massorétique
    Le lexique analytique « Analytical Hebrew and Chaldee lexicon (Hebrew Bible) » de Benjamin Davidson indique pour Shaddaï
    – à partir de l’entrée Shaddad : the Almighty, the Omnipotent, et les sens proches fort, véhément, du fait d’un lien avec shadad et shod la violence, l’oppression. Et pour Shidah , le sens de femme, maîtresse… : celle qui subissait la violence, l’oppression à cette époque ? ou celle qui a des seins ? Ou les deux ?
    – à partir de de l’entrée shadah : seins, tétons… > ce sens est bien celui utilisé par toutes les traductions quand il ne s’agit pas de Dieu.

    Genèse 17:1, 28:3 et 35:1 et 49:5 plutôt sens fécondité, fertilité au sens propre et figuré ? :
    Genèse 17:1 Lorsque Abram fut âgé de 99 ans, l’Eternel apparut à Abram et lui dit: «Je suis le Dieu Shaddaï. Marche devant moi et sois intègre.
    28:3 Que Dieu Shaddaï te bénisse, te fasse proliférer et te multiplie afin que tu donnes naissance à tout un groupe de peuples!
    35:1 Dieu lui dit: «Je suis le Dieu Shaddaï. Prolifère et multiplie-toi! Une nation et tout un groupe de nations seront issus de toi et des rois naîtront de toi.
    49:5 C’est l’œuvre du Dieu de ton père, et il t’aidera; c’est l’œuvre du Shaddaï, et il te bénira. Il t’accordera les bénédictions du ciel, les bénédictions de l’eau souterraine, les bénédictions de la mamelle et du ventre maternel.

    Exode : 2 sens possibles pour Shaddaï, ambivalence volontaire ?
    Exode 6:3 Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob comme le Dieu Shaddaï, mais je ne me suis pas pleinement fait connaître à eux sous mon nom, YHWH (avec voyelles : YeHouWaH ?)

    Nombres 2:12 ambivalence ?
    A ses côtés camperont la tribu de Siméon, le prince des Siméonites, Shelumiel, fils de Tsurishaddaï
    Tsurishaddaï : Shaddaï est mon roc (sens plus dur, curieux avec l’idée de seins maternels ?) ? Shaddaï est mon refuge (sens plus maternel) ?
    Théologie : Shelumiel, de la tribu de Siméon, l’ami de Dieu, fils de Tsurishaddaï, celui qui se réfugie dans le giron de Dieu ? ou celui qui s’appuie sur la puissance de Dieu comme sur un roc ? Ou ambivalence volontaire ?

    Job utilise continuellement deux manières de nommer Dieu dans le même verset. Shaddaï plutôt au sens issu de la racine shadad, violence, titre de puissance… dans ce livre ?
    5:17 Heureux, l’homme que Dieu Eloah corrige : ne rejette pas l’instruction de Shaddaï !
    6:4 Oui, les flèches de Shaddaï m’ont transpercé et mon esprit en suce le venin; les terreurs de Eloah se rangent en ordre de bataille contre moi.
    => Sens de Shaddaï plutôt issu de la racine shadad, violence ?
    Mais autre lecture avec le sens « féminin » de Dieu, qui peut encore faire sens :
    6:4 Oui, les tétons de Shaddaï m’ont atteint et mon esprit en suce le venin; les terreurs de Eloah se rangent en ordre de bataille contre moi.
    6:14 Celui qui souffre a droit à la bienveillance de son ami, même s’il abandonne la crainte de Shaddaï.
    => plutôt sens issu de la racine shadad, violence, titre de puissance… ?
    8:5 Mais toi, si tu recherches vraiment Dieu El, si tu implores la grâce du El-Shaddaï
    11:7 Prétends-tu pénétrer les profondeurs de la pensée de Dieu? Prétends-tu découvrir ce qui touche à la perfection du Shaddaï ?

    21:20 c’est lui qui devrait contempler sa propre ruine, c’est lui qui devrait être touché par la fureur du Shaddaï.
    => plutôt sens issu de la racine shadad, violence, titre de puissance… ?
    23:16 Dieu a brisé mon courage, et Shaddaï m’a rempli de terreur.
    => moins compatible avec le sens Dieu féminin, maternel, protecteur… sauf Dieu-mère en colère ?

    33:4 l’Esprit de Dieu m’a créé, le souffle de Shaddaï m’anime.

    Psaumes :
    Psaume 68:14 Lorsque Shaddaï dispersa les rois dans le pays, La terre devint blanche comme la neige du Tsalmon
    => sens plutôt de titre de Puissance

    91:1 Celui qui habite dans le secret du Très-Haut, repose sous l’ombre du Shaddaï.
    => deux sens possibles

    Bilan : les traductions semblent toutes correctes, simplement il faudrait signaler des différences possibles de sens entre les livres de la Bible. Il semble qu’entre la Genèse et le livre de Job ou des Psaumes, le sens de Shaddaï lorsqu’il correspond à une dénomination de Dieu puisse être interprété et traduit différemment. Toute la difficulté vient de la proximité des racines shdh (seins, têtons…) et shdd (action par la force, exercée ou subie au passif), et shidah femme en hébreu biblique, semble entre les deux…

    1. Marc Pernot dit :

      Merci pour cette recherche.

      C’est vrai que shadaï pourrait venir soit de shad le sein au duel (la paire de seins, shadaï exactement), soit du verbe shadad, à une conjugaison un petit peu improbable. Néanmoins, ce verbe shadad est très négatif : dévaster, ruiner, saccager, piller, détruire. Cela donne une idée de puissance, certes, mais pas tellement dans le sens de la création de la vie, du bon et du bien. Ce serait donc un peu étonnant appliqué à Dieu, d’autres verbes auraient pu être trouvés pour exprimer une bonne puissance. Ce dieu tiendrait plus du Dieu destructeur Ahriman du zoroastrisme. Mais à la limite, si cette puissance de faire des ravages était tournée vers ce qui est source de mal on pourrait comprendre que cette capacité à ravager soit utilisée pour parler de la puissance du Dieu créateur. Autre hypothèse : peut-être que ce Dieu Shadaï est simplement une récupération d’un dieu local d’une peuplade assimilée au peuple hébreu dont la figure aurait été intégrée au divin hébreu.

      Mais même si ce qualificatif shadaï voulait dire « puissant » selon cette étymologie, pour qu’il y ait alors l’idée de « toute-puissance », il faudrait que Dieu soit appelé non pas shadaï, mais kol-shadaï (avec kol = tout en hébreu), ce qui n’est pas. Donc en tout état de cause, il me semble que traduire « el shadaï » par « Dieu tout puissant » ne peut pas être valide. Il me semble donc que cette « traduction » est plus la projection du fantasme classique de toute-puissance personnelle que le traducteur projette dans sa théologie, et de là, dans sa traduction. Hélas.

      Mais bon, il est en tout cas utile et bon d’être lucide sur l’idée de Dieu que nous avons, et de l’affiner en particulier, pour nous chrétiens, à la lumière de ce que le Christ nous a fait connaître de lui.

      1. Jim dit :

        1. Merci pour cette réponse ! Oui je suis d’accord avec votre analyse. Mais les traductions de la plupart des bibles chrétiennes hors TOB et NRSV me paraissent malgré tout assez justifiées sur la base de Job et Psaumes notamment. Moins pour Genèse. A noter que la Septante omet parfois Shaddaï, et d’autres fois propose Pantocrator, titre de majesté impérial. La vulgate de Saint Jérôme propose aussi omnipotent…
        Je pense que les traducteurs étaient très surveillés… Louis Segond a vu sa traduction révisée et revistée par un comité…
        Ce n’est pas forcément les traducteurs (ce sont des chercheurs) qui projettent leurs conceptions même si cela doit arriver, mais les comités de « bienséance » et de contrôle des Eglises en arrière-plan de la traduction y sont sans doute pour quelque chose aussi à mon avis quand il y en a un.

        2. En fait c’est comme s’il y avait plusieurs idées, plusieurs sens, plusieurs théologies dans ce nom Shaddaï.
        L’hébreu est quand même incroyable, si Dieu existe et a choisi le peuple d’Israël, je pense à titre personnel que les propriétés uniques de la langue hébreu elle-même font partie du processus de révélation : Dieu se cacherait-il un peu derrière des jeux de mots ambivalents ? Même si de la violence ressort parfois des interprétations, n’est-ce pas un risque préférable au risque d’uniformité de compréhension de ce que les humains ont compris ou retranscrit de ce que Dieu voudrait/proposerait (qui est en fait à mon avis lié à la vie et à la liberté d’advenir) ? Qui pourrait alors se lever et oser dire quoi que ce soit ? Ne serait-ce pas un risque de dictature ?
        Alors qu’avec l’hébreu, il y a temps de confusions et de jeux de mots à l’oral et encore plus à l’écrit surtout avant la voyellisation massorétique, que c’est un peu comme pour la tour de Babel : les humains ont des projets divergents du fait de différence de compréhension et d’interprétation, ils n’ont pas la possibilité de faire converger leurs interprétations autour d’un projet de type religion-tour de Babel.

        3. Quelle idée que les racines des mots « attaquer » et « seins » soient si proches et d’appliquer l’une ou l’autre pour l’un des noms de Dieu ! Dans tous les cas c’est vraiment très très surprenant pour moi.

        La proximité de sadaï le champ pourrait-il suggérer que la violence avait lieu dans des temps anciens antérieurs même à ces textes pour des raisons liées à des volontés de conquête de champs cultivables et de femmes des groupes sociaux voisins dans un contexte de compétition et de ressources limitées ? Un Dieu de violence aurait alors à l’époque exprimé l’idée que l’alliance avec Dieu Shaddaï permettrait d’obtenir l’accès à ces champs sadaï et à ces seins shaddaï ??

        L’histoire nous montre que les temps changent progressivement, mais au fond pas toujours tant que ça sur ces points : impérialisme, viols, femmes esclaves, femmes butin de guerre… ? Le nom Shaddaï exprimerait une vérité humaine quand aux buts fondamentaux classiques, mais pas forcément souhaitables effectivement à la lumière des Evangiles ou de la réflexion sur l’histoire ou la philosphie un peu plus apaisée contemporaine.

        Il y aurait la théologie du livre de la Genèse : Shaddaï, en faveur de la multiplication de la vie, mais peut-être aussi le sens est-il que l’alliance avec le Shaddaï fournit le parapluie de force nécessaire à la multiplication de la vie.

        En effet, combien de civisilisations ont disparu dans l’histoire écrasées par des conquêtes ou des mises en esclavage ?

        Un problème est que tous les groupes sociaux humains n’appliquent pas forcément des modes de relations apaisées et pacifiques avec ses voisins, ce qui est encore vrai à l’échelle individuelle. Végèce n’a-t-il pas écrit Si vis pacem para bellum ? Comment a fini l’Empire romain christianisé en particulier en l’empire romain d’occident ?

        Shaddaï, un des 7, 8 ou 10 (ou plus ?) noms de Dieu, viendrait-il nous rappeler ce point de survie collective ?

        noms de Dieu en hébreu :
        1. Al
        2. El
        3. Yah
        4. Elyon
        5. Eloah
        6. Elohim
        7. Adonaï
        8. Shaddaï
        9. Yehouvih
        10. Yehouwah

        1. Jim dit :

          Je ne suis plus sûr en fait si ce nom de Shaddaï nous renseigne vraiment concernant Dieu, ou bien s’il exprime exprime quelque chose des humains eux-mêmes.

          Ce nom de Shaddaï fait peut-être un agrégat d’allusions à des moments clefs de luttes et confrontations pour les ressources ou de symboles de fécondité ou d’allaitement maternel, me semble en fait révéler quelque chose d’anthropologique, des tendances primitives des humains encore à l’oeuvre ou bien correspondant culturellement et historiquement à une certaine époque…
          Peut-être aussi effectivement la trace d’une ancienne divinité régionale rationnalisée en l’incorporant au Dieu Un d’Israël. Nommer Dieu Shaddaï c’est peut-être à l’époque chercher à associer Dieu à ces moments déterminants Dieu Shaddaï, « Dieu Puissant des instants critiques et des tendances humaines ancestrales ».

          La TOB 1988 traduit Shaddaï par Puissant, la TOB 2010 laisse le nom Shaddaï tel quel, en le qualifiant « d’appelation archaïque » dans les notes de Job, et la NRSV (équivalent anglophone de la TOB) traduit en fait par Almighty, avec indication en note de bas de page que la signification est débattue…

          Quant à qualifier la traduction de Shaddaï par « Tout-Puissant » de correcte ou d’incorrecte, cela dépend de si elle est fidèle à la théologie de ceux qui ont écrit les textes à leur épqoue. Or en Job et Psaumes quand cela désigne Dieu, les actions ou attributs de Dieu évoqués associés à l’idée d’un Dieu créateur qui met en forme le chaos… : pour moi, Tout-Puissant exprime un peu cette théologie induite. Il ne faut pas forcément prendre l’expression « Tout-Puissant » au pied de la lettre, c’est un titre, comme Pantocrator dans la Septante, titre de déférence pour l’empereur conquérant à l’époque d’Alexandre le Grand… En Genèse, les traducteurs ont le choix, soit de conserver la même correspondance de traduction de Shaddaï (pour Dieu) qu’en Job et Psaumes, soit de suggérer un sens davantage lié à ce qui favorise la vie et la fécondité au sens propre et figuré, spécifiquement pour ce livre.

          Même si « Tout » n’est pas présent en hébreu, Shaddaï correspond en fait de toute façon à une idée composite plus complexe que « Puissant » ou « Tout-Puissant ».
          Certains entendent les mots Tout-Puissant de manière souple, comme un titre, d’autre de manière absolue…
          C’est une manière de proposer une solution pour une difficulté de traduction, pour un nom un peu composite et archaïque de Dieu, qui en fait exprime sans doute plus quelque chose des humains eux-mêmes à cette époque ou même aux âges antérieurs à la rédaction de ces textes (âges de fer, bronze, cuivre, pierre…) pour des civilisations d’éleveurs nomades et d’agriculteurs.

  2. Jim dit :

    Merci pour cette prédication !

    ça me motive pour relire le cycle d’Abraham et me donne envie de lire le livre de Sébastien Castellion !

    C’est très subtil quand même ces variations de sens en hébreu (Saraï > Sarah, Abram > Abraham), et important voire déterminant pour approfondir l’interprétation… Et encore faut-il que son attention ou son questionnement soit attiré sur ce genre de passages et d’évolution des personnages… Ce que fait cette prédication 😉 !

    Interprétations alternatives données pour Shaddaï (en dehors de la plupart des traductions francophones et anglophones induites par un présupposé théologique : puissant, tout-puissant, souverain…) :
    – le lexique analytique « Analytical Hebrew and Chaldee lexicon (Hebrew Bible) » de Benjamin Davidson indique d’autres sens possibles : plaine cultivée, champ cultivé, irriguer (pour Shaddah) ; en Nombres 1:5, le prénom Shédeur signifie peut-être approximativement « émetteur de lumière », donc shad pourrait-il signifier l’idée de source ?
    Au final, en juxtaposant ces sens, Ani-El Shaddaï pourrait-il correspondre approximativement à « Je suis le Dieu de la fertilité agricole et de la vie, de la protection maternelle, source de vie et de fertilité » ?

    « L’idée que nous nous faisons de Dieu nous crée à son image. » : le texte biblique c’est « Dieu a créé l’être humain à son image ». L’idée que nous nous faisons de Dieu n’a pas forcément pour conséquence de nous façonner nous-mêmes selon notre « image » de Dieu, c’est plutôt le Messie de Dieu qui est souvent cité ou pris comme modèle, Jésus agissant par la voie de l’amour. Et il est possible d’avoir quelque rêve de toute-puissance sans être croyant en Dieu… Tout cela est décorrélé selon moi. La majeure partie des bibles chrétiennes anglophones et francophones traduisent Shaddaï par Tout-Puissant ou Puissant ou souverain… Ce qui semble erroné nous sommes d’accord. Mais cela ne veut pas dire que tous les chrétiens lisant ces bibles ont des rêves de toute-puissance… Il me semble que les théologies traditionnelles associées sont plutôt (entre autres) de signifier que nous sommes des créatures… petites devant la puissance de notre créateur, qui serait lui plus ou moins puissant, tout-puissant…selon ces théologies et croyances.

    A noter que dans la pratique des relations humaines, il me semble selon ma petite expérience que beaucoup de monde agit un peu comme Abram vis à vis de Sarah (quand il l’appelle tout d’abord Saraï, « ma » Sara), en faisant une lecture allégorique de la relation et en faisant abstraction du lien de mariage : en dehors des participations à des projets communs, des situations gagnants-gagnants, des situations un peu formelles ou quasi-contractuelles client-fournisseur, et des situations indéfinies, il arrive quand même assez souvent que le fait d’être contacté (avec la notion ambivalente de « réseau » professionnel, famille…) soit au final liée à un motif intéressé, ou qui cherche à exercer une influence incidieuse, indirecte, ce qui ne correspond le plus souvent pas du tout à nous-même, à notre personnalité profonde, comme si la personne qui nous contacte s’attendait à ce que l’on joue un jeu de rôle en sa faveur, une sorte de manipulation, ou nous prenait de bonne foi pour quelqu’un d’autre… Et attention bien sûr aux jeux de rôle plus ou moins conscients que je créé moi-même indirectement pour les autres…

    Merci encore !

    1. Pascale dit :

      « L’idée que nous nous faisons de Dieu nous crée à son image. »
      Personnellement, je trouve cela tellement concret. Cette affirmation dépasse le christianisme, et de toute façon, si tous les chrétiens qui ont bien tous Jésus comme modèle, avaient la même conception de Dieu cela se saurait ! Si on pense que Dieu punit, cela peut influer notre façon d’éduquer ou notre vision de la justice ; si on pense que Dieu pardonne sans condition, sans même une repentance, cela peut changer notre façon d’envisager notre propre pardon ; si on pense que Dieu n’apporte son salut qu’aux chrétiens, cela change notre façon de considérer les adeptes des autres religions ; si on pense que Dieu n’a pas de baguette magique, cela peut influer sur notre volonté d’agir ; si on pense que Dieu n’apportera jamais de souffrance, cela peut changer notre façon de vivre nos propres souffrances ; … Et tout cela concerne aussi les non croyants qui pourront être façonnés de la même manière par leur idéal de vie.

      1. Marc Pernot dit :

        Grand merci. Magnifiques pistes. De r »flexion mais aussi de prière, je pense.

      2. Jim dit :

        Mais est-ce que vous pardonneriez leurs crimes en particulier de déshumanisation dans les camps de concentration à Hitler, à Göring, aux nazis et autres SS, SA de la période 1930-1945, leurs crimes aux terroristes… ?
        Est-ce que je crois que Dieu leur pardonne leurs actions criminelles ? ça me paraît difficile, ou bien ça provoquerait une révolte, un schisme majeur contre ce type de justice si c’était le cas de la part d’une partie des personnes vivants dans l’au-delà le cas échéant. En tout cas beaucoup ne voudraient pas je pense vivre avec eux dans un espace métaphysique, donc il pourrait s’agir d’une sorte d’exil éternel, après tout dépend ce qu’y est entendu par pardonner, mais en tout cas cela ne pourrait pas correspondre à ne plus tenir compte des actions criminelles déshumanisantes à répétition, des crimes contre l’humanité et des génocides du passé.

        Concernant les autres points, je comprends ce que vous dites mais je ne suis pas ces implications ou cheminements si… alors… sauf à exclure des représentations toxiques de Dieu : Dieu jaloux, violent… ou encore pire qui exigerait de nous de la violence agressive, non défensive de survie… ou que sais-je de contraire à la vie, à l’amour-agape au moins théorique… Là d’accord. Mais en dehors de ça, peut-être que j’arrive aux mêmes conclusions parfois, mais pour d’autres raisons, par d’autres cheminements.
        Il est possible d’être athée et d’être très bon dans sa manière de pardonner, très ouvert et aimant vis à vis des adeptes des autres religions, d’avoir une grande volonté d’agir et même agir de façon efficace par exemple dans le domaine humanitaire (peut-être avec l’association Handicap international par exemple en ce moment…).
        Pour moi en tout cas, cela dépend surtout de moi-même il me semble, quelle que soit ma conception de Dieu, et est-ce que d’autres me connaissent mieux que moi-même ou savent parfois mieux que moi-même ce qui serait bon pour moi? Peut-être, c’est possible, mais je ne suis pas sûr, pas toujours en tout cas, à part Dieu. Pour moi l’action est décorrélée de ma représentation de Dieu, qui tient plus d’une recherche théologique permanente. D’ailleurs je n’ai pas trop de représentation de Dieu, je passe par un cheminement agnostique concernant le détail de chaque élément de croyance, et je choisis souvent plusieurs croyances qui me semblent cohérentes de façons pluraliste en les pondérant qualitativement : je préfére telle ou telle croyance, mais je considère aussi tel système… Donc je dois même avoir des croyances très proches de vous ou de Marc, mais au sein d’un ensemble plus large ou figurent aussi d’autres systèmes de croyances liés à d’autres types d’Eglises que j’ai traversées en étant globalement en accord avec elles, et à d’autres lectures hors Eglises mais compatibles car correspondant à un sous-ensemble non contradictoire ou pas trop contradictoires : philosophies antiques plutôt occidentales grecques ou latines, et réadaptées, le tout par contre sans envisager plusieurs religions, sans tenter de synthèse entre plusieurs religions, sauf reprendre éventuellement quelques points. Donc quelle est mon image de Dieu ? Elle est multiple, pluraliste, de l’agnosticisme à la croyance trinitaire proche des conciles de Nicée-Constinople en passant par une croyance non trinitaire avec Jésus Messie simple humain et même en passant par le déisme (plus faible pondération, mais je l’utilise parfois).

        1. Marc Pernot dit :

          Bonjour
          Il n’est pas question de pardonner les crimes. Il est question d’améliorer son auteur afin qu’il ne soit précisément plus
          une personne commettant des crimes.
          C’est ce que l’on voit quand Jésus prie pour les soldats romains qui le crucifient, lui, le juste : « Père pardonne leur car ils ne savent ce qu’ils font ». Et ils ne savent toujorus pas, continuant à se moquer de Jésus et à voler ses affaires par dessus le marché. Le pardon n’est pas sur les actes (qui sont et demeurent injustifiables), le pardon n’est même pas sur les personnes (comme si elles pouvaient continuer comme ça), le pardon est la personne en tant qu’individu pouvant être bien mieux que cela, capable de comprendre ce que sont les actes qu’elle comment).

          Ensuite, c’est délicat de mettre des étiquettes : croyant, athée. Comme le dit Jean dans sa 1ère lettre, « quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu », or, comme vous le dites il y a des personnes qui ne pensent pas à Dieu avec leur tête, mais qui manifestement ont été touchées par quelque chose qui les a rendu capable d’aimer. Jean ne catégoriserait pas cette personne d’athée, par conséquent, par les tripes elle est manifestement croyante.

        2. Pascale dit :

          Si je dis que je trouve cela concret, c’est parce que je l’ai vécu personnellement. Sans avoir eu des conceptions toxiques de Dieu et sans vouloir entrer dans les détails, j’ai beaucoup évolué dans ma théologie et dans ma compréhension de l’Évangile, et je peux affirmer que cela a eu des conséquences sur ma façon d’être avec les autres, sur le regard que je porte sur la vie. Le pardon et la justice ne s’appliquent heureusement pas seulement dans des situations extrêmes. Comment réagir face à une parole profondément blessante, face à la méchanceté gratuite, face aux injustices de la vie ? Comment exercer une forme de justice, comment concevoir la punition lorsqu’on est en position d’éducateur, comme parent, comme responsable de jeunes, comme enseignant ? Ce sont des situations concrètes. Il ne s’agit pas de penser qu’un cheminement théologique est le seul qui puisse apporter du positif, mais c’est ma propre évolution, celle dont je peux témoigner.

          1. Jim dit :

            Je n’ai pas d’idée de punition adaptée en tant qu’éducateur ? Je n’ai pas réfléchi à la question.
            Si je me mets à la place d’un enfant ou adolescent ou même adulte qui vient de faire une action interdite ou asociale, il me semble qu’au cinéma ou dans les séries de manière générale, « l’encadrant » propose une action rédemptrice, qui fait progresser la personne en situation d’éducation ou de progression au sein d’une institution. Je ne sais pas du tout si c’est une bonne référence, mais même sans voir le film, c’est par exemple le cas dans « la 36ème chambre de Shaolin », les punitions décidées sont systématiquement des étriers pour mettre en selle le héros vers sa prochaine étape et son chemin de progression.

            Concernant le pardon, j’ai lu la prédication de Marc
            https://jecherchedieu.ch/temoignages/lier-ou-delier-sur-terre-comme-au-ciel-matthieu-16-matthieu-18-jean-20/
            J’ai bien aimé notamment le passage « Pour l’instant il est question du « Royaume de Dieu » ou « des cieux ». Ce n’est pas un lieu, ce n’est pas le royaume enchanté de Disney, ni les champs Élysées orphiques des grecs, ni le Valhalla des vikings les plus valeureux. »
            J’ai une autre interprétation possible de Matthieu 18:18 « Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. »
            et de Jean 20:23 « Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. »
            Au sens littéral, je comprends que Jésus parle d’éléments de jugement dans la vie présente ou future, et que Dieu a délégué à Jésus (toujours vivant selon cette croyance) au moins une partie du jugement, et que Jésus lui-même nous transfère ou transfèrera et délègue ou délèguera à son tour une partie du jugement.
            Le jugement serait donc au final une sorte d’acte démocratique, avec un consensus peut-être sur la manière de juger selon les niveaux de gravité des fautes, mais pour des cas extrêmes criminels, ça risque (le cas échéant, si ce genre de croyance correspond de près ou de loin à une réalité future) de poser beaucoup de difficultés à tout le monde, en plus des dégâts déjà occasionnés sur Terre.

            Enfin concernant « quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu », je pense que la plupart des personnes aiment, le fait d’être prosocial et la biophilie sont peut-être même des caractéristiques ou des tendances primordiales humaines innées, génétiques, sans doute issues de l’évolution, même si ensuite la personne peut agir librement, et même si peut-être ces prédispositions génétiques seraint une peu plus faibles pour 30% environ des nourrissons selon des expériences de psychologie des enfants sur de très jeunes enfants (en présence et avec l’accord de leur mère, à partir de l’étude de la réaction des enfants à des courts-métrages de petits bonshommes sympathiques et prosociaux ou au contraire antisociaux). Pour moi ce verset serait donc un peu tautologique si on croît déjà en Dieu : tout le monde est né de Dieu, et est capable de relation en un sens peut-être un peu mystique ou biblique avec Dieu.

  3. Philippe dit :

    Un grand merci pour ce message à méditer.

    Surpris par « El Shaddaï » je n’ai pas pu m’empêcher de rechercher sur Wikipedia la signification!

    Une belle journée à dimanche prochain

    Une autre hypothèse lie Shaddaï à shadayim (les seins)9,10. Shaddaï symboliserait alors la fertilité de Dieu et sa bénédiction sur les animaux aquatiques et volatiles, puis les hommes. En effet, Shaddaï apparaît souvent dans un contexte de fécondité et de fructification (et aussi : avoir en suffisance, il suffit, je suis celui qui suffit, n’ayez pas d’autre Dieu, Je suffis…)11 :

    Gen. 28:3 : Qu’El Shaddaï te bénisse, te rende fécond et te multiplie, afin que tu deviennes une multitude de peuples !
    Gen 35:11 : Je suis El Shaddaï : Sois fécond, et multiplie
    Gen 49:25 : C’est l’œuvre d’El Shaddaï qui te bénira des bénédictions des cieux en haut, des bénédictions des eaux en bas, des bénédictions des mamelles [shadayim] et du sein maternel [racham].

    1. Marc Pernot dit :

      Bonjour
      Merci pour les encouragements.
      Le pluriel de shad est effectivement shaddaim. Mais le duel (le pluriel particulier pour un nombre de deux : la paire de seins) est shaddaï comme par exemple au Cantique des cantiques 1:13 : « Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe, qui repose entre mes deux seins. » (Cantique 1:13).

      C’est vrai que toutes les occurrences de Dieu Shaddaï dans la Genèse est dans un contexte de fécondité ou d’accompagnement vers la vie.
      Belle journée

  4. Pascale dit :

    Je pense que dans ce cheminement fait de confiance et de doute, de savoir et d’ignorance, et qui se nourrissent mutuellement, on peut aussi souligner l’importance de la théologie de départ et donc celui de la transmission d’une certaine connaissance de Dieu, car on va vers Dieu la plupart du temps après en avoir entendu parler par d’autres. Le cheminement sera bien facilité si on ne part pas d’emblée avec l’idée d’un dieu magicien, la confiance sera bien facilitée si on ne part pas d’emblée avec l’idée d’un dieu qui punit et qui éprouve, qui donne et qui prend la vie comme bon lui semble. Dans ce même ordre d’idée, on peut aussi être reconnaissant des connaissances scientifiques qui, au lieu de nous éloigner de Dieu, permettent de mieux déconstruire certaines idées de Dieu, le cheminement théologique me parait alors plus facile au 21ème siècle qu’au 4ème siècle. D’ailleurs, à ce propos, quelle riche idée de commencer le culte par cette magnifique prière de Johannes Kepler !

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