Lier ou délier sur terre comme au ciel (Matthieu 16:19 ; Matthieu 18:18 ; Jean 20:23)

Enregistrement audio de la prédication / Enregistrement du culte

(Voir le texte biblique ci-dessous)

prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Vandœuvres le dimanche 14 novembre 2021,
par : pasteur Marc Pernot

Blason de la ville de Genève dans l'entrée du temple de Vandœuvres
À la sortie du culte du 31 octobre dernier, des personnes m’ont demandé de nous pencher sur ces paroles de Jésus qui nous dit « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » C’est ce que l’on appelle « le pouvoir des clefs », que l’on voit dans le blason de Genève sous la forme d’une clef d’or qui nous a été donnée par le Christ (comme on peut le voir dans l’entrée du temple de Vandœuvres où nous sommes). Il en est question à plusieurs reprises dans les évangiles, avec quelques variations.

« Ce que vous lierez ou délierez sur la terre le sera au ciel. » Ce message nous dit que notre foi n’est pas seulement un aimable exercice qui nous fait du bien : qu’il y a un enjeu essentiel pour nos proches, pour leur vie sur terre comme au ciel ?

Aurions nous le pouvoir de forcer les portes du paradis pour faire entrer quelqu’un ? Aurions nous l’horrible pouvoir d’en interdire l’entrée à certaines personnes ? Aurions nous le pouvoir d’empêcher Dieu de pardonner ou au contraire de pousser Dieu à une miséricorde qu’il n’aurait pas eu sinon ?

Tout cela n’a pas de sens, pour bien des raisons :

D’abord parce que, par définition même, Dieu est juste et qu’il est donc folie de penser que nous aurions un meilleur jugement que lui. La base même de la foi est de lui faire confiance à lui, pour entendre son point de vue éclairé et éclairant.

Deuxièmement : Dieu n’élimine personne, jamais. C’est ce que nous dit Jésus quand il dit que Dieu aime même ses ennemis, qu’il bénit même ceux qui le persécutent, et qu’il cherche à faire du bien à ceux qui font n’importe quoi. C’est ce que l’on voit Jésus faire, en se donnant de tout cœur à cela. Et cela éclaire ce passage que nous avons entendu où il nous dit de traiter une personne méchante « comme le païen et le collecteur d’impôts » c’est au sens où Jésus traitait ces personnes, en leur manifestant un grand respect et en faisant tout pour les aider à avancer. C’est ce qu’il explique dans sa parabole de la brebis perdue où il compare Dieu à un bon berger qui part lui-même à la recherche de sa brebis perdue. La version de cette parabole par Luc nous garantit même que chaque brebis sera en définitive trouvée, même si cela met du temps.

Nous n’avons donc pas le pouvoir de forcer Dieu à pardonner puis qu’il a déjà pardonné : c’est sa nature d’aimer encore et toujours. Et nous avons encore moins le pouvoir d’empêcher Dieu de pardonner, d’aimer et de garder chaque personne.

Alors ? Comment serons nous le portier du paradis ? Quelle est cette clef que nous avons reçue ?

Une difficulté vient de cette conception courante de la justice, influencée par celle du seigneur sur ses esclaves, élevant les plus performants et punissant sévèrement les autres. La justice divine était vue comme cela dans bien des cultures et religions. Par exemple avec la notion de karma dans le Bouddhisme, ou la pesée des âmes dans l’Égypte antique : la personne dont le cœur est trouvé assez léger peut prendre la barque vers la vie éternelle, les autres sont dévorés sur place. C’était aussi la vision de l’orphisme grec. Des incantations, des rites, des pyramides ou des sacrifices donnaient l’espérance de gagner des points afin de forcer l’entrée du paradis. Ces conceptions ont influencé la pensée de biens des chrétiens. Étrangement, puisque l’Évangile du Christ annonce le contraire. La question n’est absolument pas de convaincre Dieu de nous garder ou de garder quelqu’un que l’on aime. C’est l’inverse, c’est Dieu qui nous invite à entrer, Dieu qui nous appelle, qui nous cherche ardemment. Le terme même d’Église (ex-kaleo), d’ailleurs, signifie littéralement non pas « communauté » mais cet appel de Dieu qui espère notre venue.

Bien sûr que Dieu n’a pas besoin que nous le persuadions de prendre sous son aile ceux qui nous sont chers, ou nous-même. Comme pour n’importe quel père ou mère aimant ses enfants, leur justice n’écarte pas leur enfant moins performant, au contraire, ils s’occuperont d’autant plus de celui qui a des difficultés. La question n’est donc pas celle là.

Enfin la question n’est pas ici d’entrer ou non au paradis. La question de la vie future est une tout autre question, faisons simplement confiance à Dieu pour ça. Pour l’instant il est question du « Royaume de Dieu » ou « des cieux ». Ce n’est pas un lieu, ce n’est pas le royaume enchanté de Disney, ni les champs Élysées orphiques des grecs, ni le Valhalla des vikings les plus valeureux. Dans l’Évangile, le Royaume de Dieu n’est pas un lieu c’est l’action de Dieu en nous, c’est un soin, c’est une dimension de notre être, c’est un élan de vie plus forte que tout, c’est un lien. C’est pourquoi l’Evangile parle du Royaume de Dieu pour maintenant, du Royaume en nous et dans nos relations.

Cette question du salut et ainsi encombrée de bien des craintes infondées, ouvrant malheureusement la voie à d’odieuses pressions pour manipuler les personnes, en les prenant dans les filets de menaces divines et de culpabilité de n’être pas parfait, de ne jamais en faire assez.

C’est précisément là que se place l’appel du Christ à ses disciples pour les envoyer. Nous avons un pouvoir immense, nous dit-il. C’est la qualité de vie de personnes qui sont en jeu. Et c’est ici, sur terre que cela se joue. C’est pourquoi, comme le Christ a été envoyé, nous sommes envoyés.

Déjà, le fait de nous savoir être envoyé est intéressant, il ne nous invite pas à « faire notre salut » mais à prendre soin d’autres personnes. Cela sera salutaire pour d’autres et cela nous fait du bien à nous aussi.

Jésus nous dit qu’il y a un véritable enjeu. Quel est-il si de toute façon Dieu a déjà pardonné à la personne ? La question c’est que si cette personne ne le sait pas elle ne pourra pas vivre de la confiance en Dieu. Et si la personne n’a pas idée de ce que cela pourrait apporter de s’ouvrir à Dieu comment s’intéresserait-elle à cette dimension de l’être ?

C’est ce que l’on voit dans la parabole de la brebis perdue dans cette version que nous avons ici et qui sert d’introduction à notre mission de porteur de clef. Le bon berger, Dieu, ne cesse de chercher sa brebis perdue, et il peine à la retrouver. La conclusion reste ici hypothétique « s’il arrive à la retrouver… ». La bonne volonté de Dieu n’est pas en cause, la clef d’or que nous avons reçue n’a pas pour mission d’ouvrir son cœur. Ce n’est pas là que ça coince, c’est précisément dans le fait que la brebis perdue n’est plus en lien. Qu’elle l’a perdu. C’est donc vers elle que nous sommes envoyés, afin de l’aider à délier ce qui la coince et l’isole au loin afin quelle puisse renouer avec elle-même et avec sa propre source, son Dieu, à sa façon.

Nous sommes envoyés. Dieu a touché certaines personnes, comme il a pu, par la tête, par les tripes, par l’Esprit. Cette parabole de Jésus est comme un appel à aider Dieu, dans son impuissance, dans sa peine, dans son échec relatif. C’est sur terre que ça coince. C’est sur terre qu’il faut dénouer des entraves et nouer des attachements nouveaux avec Dieu, c’est sur terre qu’un travail de berger doit être accompli en cherchant la brebis à niveau de brebis, au creux des buissons, dans des fonds de grange et dans les anfractuosités de notre terre, dans ses ravines. C’est pourquoi nous sommes appelés.

Étrange mission, puisque Dieu lui-même peine à l’accomplir. Personne ne pourrait nous en vouloir de ne pas y arriver, ni Dieu, ni nous-même. Seulement nous avons des atouts qu’il n’a pas. Nous sommes au niveau de ces brebis que nous cherchons, nous sommes ses frères ou sœurs. Nous sommes incarnés comme elles, nous partageons cette terre et leurs conditions d’être sur terre. Nous avons les mêmes difficultés à dénouer certains liens. Seulement, nous, nous avons ce lien de la foi, si petite soit-elle nous savons un petit peu ce qu’elle apporte, que ça nous porte, nous savons aussi que la foi se travaille en étant aussi pour nous même notre propre berger, parfois. Que cela se travaille dans une recherche toute simple, comme le dit Paul : de nous attacher à ce qui demeure, surtout à l’amour. Cet amour qu’est Dieu. La question n’est pas d’avoir la foi ou non. La question est simplement d’espérer avoir la foi ou plus de foi. D’avoir cet attachement à un essentiel commun à toute les brebis sur cette terre. Et pour cela, desserrer un peu des liens de méfiance, d’hésitation, d’orgueil, écarter parfois quelques fouillis de croyances et superstitions pour se rattacher à l’essentiel, à l’ultime, directement.

Comment une personne pourrait désirer à cela ? Comment le ferait-elle si personne ne lui en donne l’envie ? Et comment le ferions nous ?

Pas en faisant la leçon sur le Christ nous dit Jésus (Matthieu 16:20), ce serait se placer au dessus de la personne. Ce genre de débats pourra venir ensuite. Or, comme nous l’indique notre mission, c’est sur terre, à niveau d’humain, au niveau de brebis que nous avons à travailler cette question de lier et délier. Pas d’en haut. C’est en étant au service de la brebis comme l’est un berger, mais sans nous prendre pour le berger, en étant d’égal à égal. C’est sur terre que nous avons à tenter de dénouer et à tisser des liens essentiels.

C’est un lien sur terre, et pourtant il touche une dimension transcendante de notre être.

Comment faire ? Comme le Christ lui-même le fait, nous dit-il. En apportant une paix, en étant inspirant, en envoyant l’autre en mission.

Pour donner un peu de paix à la personne, encore faut-il avoir un peu de paix en soi. S’attacher à recevoir ce don. Méditer la confiance que nous pouvons avoir en Dieu, qu’il nous veut uniquement du bien et qu’il nous garde. Sans aucune menace. Laisser se diffuser en nous un petit peu cette paix, cela porte des fruits.

Ensuite comment inspirer cette soif de Dieu ? En étant inspiré nous-même de cette soif, en nous laissant inspirer en travaillant cela.

Enfin que la personne elle-même se sente digne d’apporter quelque chose à d’autres. C’est en étant créateur soi-même, c’est en aimant que l’on se lie au créateur de la vie.

Amen.

pasteur Marc Pernot

Textes de la Bible

Matthieu 16:15-20

15« Et vous, leur demanda Jésus, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

16Simon Pierre répondit : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ! »

17Jésus lui dit : « Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car tu n’as pas découvert cela de toi-même, mais c’est mon Père qui est dans les cieux qui te l’a révélé. 18Eh bien, moi, je te le déclare, tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. La mort elle-même ne pourra rien contre elle. 19Je te donnerai les clés du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux ; ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. »

20Puis Jésus ordonna sévèrement à ses disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ.

 

Matthieu 18:10-18

10Jésus dit « Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits, car, je vous le dis, aux cieux leurs anges se tiennent sans cesse en présence de mon Père qui est aux cieux. 11Car le Fils de l’Homme est venu sauver ceux qui étaient perdus !

12Quel est votre avis ? Si un homme a cent brebis et que l’une d’entre elles vienne à s’égarer, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres dans la montagne pour aller à la recherche de celle qui s’est égarée ? 13Et s’il arrive à la retrouver, en vérité je vous le déclare, il en a plus de joie que des nonante-neuf qui ne se sont pas égarées. 14Ainsi votre Père qui est aux cieux veut qu’aucun de ces petits ne se perde.

15« Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends le seul à seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. 16S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins. 17S’il refuse de les écouter, dis-le à l’Eglise, et s’il refuse d’écouter même l’Eglise, qu’il soit pour toi comme le païen et le collecteur d’impôts. 18En vérité, je vous le déclare : tout ce que vous lierez sur la terre sera lié au ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié au ciel.

 

Jean 20:19-23

19Alors que, par crainte des autorités judéennes, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu d’eux et il leur dit : « La paix soit avec vous. » 20Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie.

21Alors, Jésus leur dit à nouveau : « La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, moi je vous envoie. »

22Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint : 23si de certains vous remettez les péchés ils leur ont été remis, si vous les retenez ils ont été retenus. »

 

1 Corinthiens 13

4L’amour est patient, l’amour est bon, il n’a pas de passion jalouse ; l’amour ne se vante pas, il ne se gonfle pas d’orgueil, 5il ne fait rien d’inconvenant, il ne cherche pas son propre intérêt, il ne s’irrite pas, il ne tient pas compte du mal ; 6il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit avec la vérité ; 7il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout.

8L’amour ne succombe jamais…

13Or maintenant trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais c’est l’amour qui est le plus grand.

(Cf. traduction NBS)

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