Que penser des pratiques des magnétiseurs, faiseurs de secret, coupeurs de feu et autres rebouteux ?

un homme dans un labyrinthe dessiné avec des galets sur une place de sable - Photo by Ashley Batz on Unsplash

Trouver comment tracer son propre cheminement dans la complexité et l’ambivalence de bien des choses.

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Cher Marc (je vous appelle Marc car je vous ai tant lu et entendu que je l’impression de vous connaître depuis toujours, alors que je ne suis pour vous qu’un inconnu…),

En préambule à ma question, je souhaite vous remercier chaleureusement pour le merveilleux travail que vous réalisez avec votre site internet. Le soin que vous apportez à répondre avec bienveillance à chacun-e des questions qui vous parviennent – qu’elles soient érudites ou très pratiques – rend compte de tout l’amour que vous portez aux autres. Je vous remercie également car vos réponses, ainsi que les cultes que vous postez, m’apportent une réelle nourriture spirituelle. Merci.

Mon désir n’est pas de vous parler de moi, mais je souhaite contextualiser un peu la question que je désire vous poser. Cela vous permettra d’orienter un peu votre réponse.

Très proche du protestantisme libéral, je me considère comme chrétien. Je lis la Bible par le prisme de l’historico-critique. J’aime la lecture de Jean-Luc Marion, de Heidegger, de Schopenhauer et de Kant. Je rejette les dogmes et je n’aime pas les traditions; je questionne et cherche sans cesse, persuadé du dynamisme de Dieu et de la Parole.
Ma foi est née dans l’évangélisme, bercée par l’ingérence d’une église qui désire contrôler le moindre recoin de l’existence de ses fidèles. J’ai longtemps hérité des idées préconçues que ce mouvement véhicule. M’en séparer a été une libération, vous trouver sur ma route une bénédiction.

Ma question: La région dans laquelle je vis est très marquée par les soins que prodiguent magnétiseurs, faiseurs de secret, coupeurs de feu et autres rebouteux. Comment considérez-vous ces pratiques? Dissuaderiez-vous une personne d’y faire appel? Dissuaderiez-vous un chrétien d’y faire appel?

Je crois en l’existence de Dieu et je rejette celle d’une figure qui lui serait opposée en tant qu’incarnation du mal. Toutefois, les enseignements que j’ai reçu ont toujours condamné ces pratiques jugées diaboliques, dangereuses car elles peuvent « ouvrir des portes », mauvaises car faites dans le secret, dans l’ombre. A l’heure actuelle, je ne sais pas comment me positionner, considérant que ces personnes s’emploient à guérir, atténuer les souffrances, accompagner la maladie, parfois au nom de Dieu. Pouvez-vous m’éclairer?

Je vous remercie d’avance pour le temps que vous prendrez à lire mon message et à me répondre.

Je vous souhaite un bel été.

Bien cordialement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Grand merci pour vos encouragements, j’y suis d’autant plus sensible que c’est difficile d’avoir ainsi des « paroissiens » que l’on ne voit pas « en vrai ».

Bravo pour votre cheminement. Selon mon expérience, les personnes qui ont connu l’évangélisme et qui ont poursuivi vers une foi, une prière, une pratique et une réflexion théologique plus libres : sont souvent excellent, ayant gardé le meilleur des deux sensibilités. Surtout que votre réflexion est très nourrie, c’est auteurs ne sont pas les plus faciles du monde, l’excellent Spinoza complèterait bien cette bibliothèque exigeante ?

En tant que croyant et théologien, je pense qu’il convient d’être pragmatique dans le domaine de la pratique. Quand Jésus dit « le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat », il ne sacralise pas les règlements religieux, les rites et les interdits. Ce qui fait du bien fait du bien. C’est ce que dit aussi l’apôtre Paul quand il dit que « tout est permis mais tout n’est pas utile, tout n’édifie pas ». La démarche éthique me semble bien posée. Peut-être que pour telle personne, telles pratiques médicales alternatives feront du bien, et pour telle autre personne telle pratique sera nocive dans son corps, dans sa façon d’espérer, dans sa façon de gérer sa propre vie, et ses propres maux ?

Jésus était possiblement une sorte de rebouteux pour la population, alors que Luc qui a écrit un des évangiles était médecin, semble-t-il. Jésus aussi a été critiqué par des personnes qui disaient qu’il avait beau se prétendre du côté de Dieu, c’est par le diable qu’il guérissait.

Il est vrai qu’il arrive que les pratiques de guérison soient comme une opération marketing pour un mouvement religieux. C’est à mon avis de la manipulation assez nocive, profitant de la faiblesse de personnes souffrantes pour les capturer dans les filets. C’est parfois vraiment effrayant et j’ai vu des personnes en sortir complètement cassées. Hélas, les pauvres. Je ne suis pas convaincu que toutes « ces personnes s’emploient à guérir ». Certaines.

En tant que scientifique, je dois dire que je ne suis pas du tout convaincu par ces pratiques, et recommanderait la prudence. Cela peut être pas grand chose, cela peut avoir un effet placébo, cela peut être distrayant, cela peut aussi être nocif. Tant que c’est une passe magique avec un pendule en cristal de roche, ou de la tisane de tilleul ça peut aller (si on ne pense pas avoir été guéri d’un cancer avec ces trucs), mais il y a aussi des plantes et des gestes qui peuvent faire du mal, psychologique et/ou physiques. La question se pose à mon avis ainsi, et non sur le fait de risquer d’ouvrir la porte au diable et ses démons. Au sens littéral je ne pense pas plus que vous que ces êtres existent. Il n’y a qu’une puissance transcendante et elles est source de vie : Dieu. Par conre le diabolique et le démoniaque désignent ce qui en nous fait du mal, déchire l’être, le tire vers le bas…

Désolé de ne pouvoir être plus catégorique sur cette question des pratiques alternatives que vous évoquez. Ou non, en réalité, je suis heureux de ne pas penser devoir être catégorique.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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