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Quelle est la définition d’Eglise? Isolé, je ne sais plus comment appréhender « mon Eglise »

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Être isolé géographiquement n’empêche pas de vivre pleinement son appartenance à l’Église. Le pasteur Marc Pernot rappelle que l’Église est avant tout un appel personnel de Dieu et une réalité spirituelle, qu’elle soit vécue dans la solitude, en petit groupe ou à travers des ressources en ligne.


Par : pasteur Marc Pernot

une toute petite île en pleine mer - Image par Debaudh Majee de Pixabay

Question posée :

Bonjour,
Quelle est la définition d’Église ? Pour nous réformés, elle est universelle, mais physiquement, et je le vis quotidiennement, étant éloigné géographiquement des églises, je ne sais plus comment appréhender « mon Église ».
Merci pour votre réflexion.

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur,

C’est vrai que cela manque de ne pouvoir être avec d’autres pour le culte. Physiquement, veux-je dire.

L’essentiel : une relation directe avec Dieu

Même si, comme vous le dites, l’essentiel est spirituel, il réside dans une relation personnelle à Dieu et une recherche théologique et biblique qui nous font vivre. Concrètement : le culte, le rassemblement, les sacrements… ne sont pour nous qu’une salle d’entraînement pour ces façons d’être essentielles. La preuve : des chrétiens ont pu tenir bon, presque sans assemblées, pendant plus de 100 ans en France entre la révocation de l’Édit de Nantes et l’Édit de Tolérance. Car l’essentiel est la relation directe avec Dieu et une libre interprétation.

Profiter des ressources numériques et des petits groupes

Aujourd’hui, il y a internet, et c’est au moins un apport qui peut être appréciable, même si cela n’est pas aussi fort que de vivre un culte avec une belle assemblée, un groupe biblique, un temps de réflexion théologique avec d’autres ou des groupes de catéchisme. Bien des personnes n’ont pas d’église à l’esprit ouvert à portée de main, par exemple en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord ou dans la campagne. Plusieurs m’ont dit qu’elles se composaient un temps de recueillement à partir des ressources du site : au travail pendant la pause déjeuner, en fin de soirée après le coucher des enfants, ou en écoutant des podcasts de prédication tout en courant dans la montagne… Cela nourrit la réflexion, cela aide à entrer dans la prière personnelle, intime.

Je connais aussi des personnes qui se retrouvent à deux, trois ou quatre pour « travailler » et discuter ensemble à partir d’un texte de prédication. Cela aide bien de débattre ainsi (même si c’est par téléphone à deux seulement). La question n’est pas de tomber d’accord, mais de stimuler notre questionnement, de nous amener à réfléchir et à formuler notre point de vue, parfois dire notre propre expérience de vie et de foi. Peut-être qu’il y a là une solution pour vous aider à appréhender très concrètement « votre Église », et à en recueillir des fruits spirituels. Cela demande de trouver quelques personnes de bonne volonté, à l’esprit ouvert (acceptant qu’il existe une diversité de points de vue et de sensibilités spirituelles). C’est parfois plus simple qu’on ne le pense : en famille, avec des collègues, amis ou voisins repérés comme s’intéressant à ces questions si vous leur dites que vous vous êtes mis à étudier la Bible chez vous…

L’Église : un appel individuel avant d’être une communauté

Mais par ailleurs, vous avez raison, la définition même de l’Église n’est pas d’être une communauté : elle existe même si l’on est tout seul sur une île déserte. Le mot même « église » signifie littéralement « être appelé hors de chez soi », appelé par Dieu à se mettre en route. C’est l’appel de Dieu qui fonde l’Église. Ce n’est donc pas nécessairement une pensée commune, ni une prière commune, ni une même sensibilité. Ce qui est commun, c’est ce même souffle qui vient de Dieu et qui appelle chacune et chacun ; c’est cette sincérité de chacun lui répondant à sa façon ; c’est la personne du Christ qui incarne cette Parole.

On peut mettre alors un grand É au mot Église, comme vous le faites : l’Église Universelle dépasse largement toutes les institutions humaines (les églises avec un petit é). Les deux ne sont pas sans rapport non plus, car les églises avec un é sont des salles d’entraînement souvent bien utiles pour nourrir notre réflexion et notre prière, et donc notre écoute de cet appel de Dieu et la conscience de faire corps.

Vivre l’Église dans la prière et la relation au prochain

Même quand on est tout seul, Dieu continue à nous chercher, nous appeler, et l’on est donc dans l’Église. Cela peut devenir très concret, très vécu. Jésus nous apprend à vivre la prière non pas dans un rassemblement, mais dans la solitude, seul à seul avec Dieu. Et il nous dit que la prière que nous pouvons avoir à cœur de dire est quelque chose comme « Notre Père… donne-nous… pardonne-nous… », c’est-à-dire que l’exaucement de cette prière est une ouverture que nous pouvons avoir vers notre prochain, d’abord en pensée et en prière, et ensuite par le geste en s’approchant.

C’est là qu’une communauté se forme, non pas au sens d’une institution, mais dans un esprit de corps avec des personnes, et possiblement des relations et des services donnés ou reçus. De là peut naître parfois l’envie de retrouver de temps en temps d’autres personnes avec qui l’on pourra rendre un culte à Dieu, débattre, creuser, se questionner, cheminer, approfondir, grandir.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

À lire aussi : Consulter l’entrée consacrée à Église dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.

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