Chaton - Photo by Ramiz Dedaković on Unsplash
Question

La Bible nous dit d’aimer notre prochain, et les animaux alors ? Pourquoi manger de la viande ?

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Question posée :

Bonjour

La Bible nous demande d’aimer nos prochains et pourtant nous n’aimons pas les animaux, pourquoi ?

Pourquoi l’homme se nourrit avec la chair des animaux et pourtant dans la création cela n’a pas été mentionné ?

Merci

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir Monsieur

Vous avez raison, je pense, de compter parmi nos prochains les animaux, et la planète. En effet, dans la Bible, l’étymologie du mot « prochain » est tirée du monde agricole, notre « prochain » est celui qui a le même « berger » que nous. Or Dieu est le Dieu de tous, comme le montre la première page de la Bible avec la création. Dieu veille sur sa création, il la bénit, entre en relation avec elle. Je pense donc que vous avez raison de compter les animaux et même la création tout entière dans l’ensemble des prochains que nous sommes appelés à aimer. Cela dit, cela fait beaucoup, même les 7 milliards d’humains vivants plus les humains des générations futures dépassaient mes petites capacités. Et même celle de Jésus-Christ lui-même qui n’a pas pu visiter tous ses contemporains, et qui devait souvent vite passer afin d’aller voir d’autres personnes. C’est donc à chacune et chacun de faire au mieux en discernant sa propre vocation. Dieu nous aide à trouver cela, à s’ajuster à cela, et à se pardonner de ne pas avoir pu tout faire.

Cette conception large du prochain qu’il nous faut aimer ne signifie pas que l’humain et l’animal soient confondus. Ce n’est pas une question de performances (même si celles de l’humanité sont extraordinaires avec ses capacités intellectuelles, sociales, spirituelles, créatrices), certaines personnes humaines n’ont pas ces capacités et elles sont néanmoins tout aussi dignes d’être appelées humaines que vous et moi. Ce qui fait qui distingue l’humain de l’animal, c’est qu’il est humain, reconnu tel par d’autres humains et par Dieu. C’est une bénédiction, une grâce, indépendamment de sa performance.

Ensuite, à moi en particulier, à vous en particulier, quel est notre vocation, qui suis-je appelé à aimer, c’est à dire à servir pour qu’il s’épanouisse un petit peu plus ? Il y a sans doute des personnes. La personen qui est agricultrice ou vétérinaire, a sans doute aussi des sujets d’autres espèces que la nôtre à soigner. Et nous tous, collectivement, avons sans doute à aimer notre monde. D’ailleurs Jésus dit que « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils… » (Jean 3:16) Nous pouvons aimer ce monde pour lui-même, et aussi par reconnaissance pour cette planète de nous supporter (elle a de plus en plus de mal, elle n’avait pas besoin de nous pour vivre et être si belle), nous pouvons aimer et servir cette planète par respect pour Dieu, et enfin, nous pouvons l’aimer et la servir par intérêt bien compris de l’humanité dans son ensemble.

Pourquoi alors mettre à notre menu de la chair des animaux ? C’est vrai que dans le début du livre de la Genèse le projet est explicitement que nous mangions de l’herbe, sans faire couler de sang. Le sang est un grand tabou dans la Bible (comme dans bien des civilisations), le sang étant la vie, et la vie appartenant à Dieu. Un peu plus loin dans ce même livre de la Genèse, l’histoire de Noé montre que Dieu se résout au fait que l’humanité et les animaux sont des êtres imparfaits, ne pouvant vivre sans un certain degré de violence. Et le fait de manger d’autres animaux est permis.

Mais à vrai dire notre nature est ainsi faite que nous avons besoin de manger du vivant pour vivre, car notre corps ne sait pas transformer des cailloux pour y tirer tout ce qu’il lui faut pour vivre. Si nous ne mangeons pas de bœuf, nous mangerons des salades et des lentilles, qui ne sont pas moins vivantes qu’un mouton ou une carpe. Toute vie, et la planète aussi connaît bonheur et souffrance à sa façon propre. La seule chose c’est à mon avis que nous nous identifions moins à une salade à qu’un mignon agneau, et qu’il est bon de ne pas verser le sang d’un individu de la même espèce que soi-même. C’est vrai qu’il y a une part de tragique de devoir manger du vivant pour vivre, cela me semble nous appeler à le faire avec un grand respect, avec conscience que cette vie qui nous anime est à valoriser, en l’honneur de la créature extraordinaire que nous sommes mais aussi en l’honneur des vies que nous représentons parce qu’elles ont participé à ce que nous soyons vivant. Ces créatures elles mêmes ont reçu la vie d’autres vies. Cela veut dire également faire attention à ne pas gâcher, à ne pas faire souffrir inutilement, à prendre conscience des besoins de chacun, et à nos propres besoins alimentaires et dans la joie de manger, de partager un bon repas avec d’autres. Cela appelle aussi à la louange à Dieu, et à la gratitude de nous avoir donné une conscience et de nous appeler à une vocation.

Bravo pour ce questionnement.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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2 Commentaires

  1. Antoine dit :

    Monsieur le Pasteur Pernot,

    Je suis ici à la fin de cet article et je reste confus, je me suis posé la même question: que dit la Bible en rapport au fait de manger des animaux.

    Je vous remercie de me permettre d’apporter quelques précisions, qui pourront je l’espère, aider d’autres personnes.

    DISTINCTION ENTRE HOMME ET ANIMAL
    D’abord, l’humain est une des 80 espèces de singe. Le singe hominidé. Avec toutes ses merveilleuses capacités de créativité comme de destruction, il n’en reste pas moins un animal.
    Donc n’en déplaise à certains, l’homme a été créé par Dieu au même titre qu’une souris.

    Bien que Descartes ait abusivement apparenté l’animal à une machine, la science a apporté aujourd’hui de nombreuses constatations évidentes que les animaux ne sont pas si différents de nous, à savoir des êtres sentients.

    Un être sentient ressent la douleur, le plaisir et diverses émotions. Il a la capacité d’éprouver des choses subjectivement et d’avoir des expériences vécues.
    Un être sentient est un être conscient.
    L’éthique animale part du constat que la sentience implique a minima la capacité d’éprouver douleur et plaisir.
    22 juil. 2019
    https://www.fondation-droit-animal.org ›

    Sentient veut dire en résumé, que le système nerveux est relié au cerveau. Que pour un animal: ce qui lui arrive lui importe. De par ses sensations éprouvées. Ce qui n’est pas le cas d’une carotte ou d’une lentille.

    BESOINS NUTRITIONNELS

    Que ce soit clair, les études l’ont prouvé aussi, nous n’avons pas besoin de viande, et moins de produits laitiers pour vivre. Il ne s’agit évidemment pas là de manger que de la salade non plus !

    PROTEGER LA PLANÈTE ET MANGER DES ANIMAUX EST LIÉ.
    PLANETE ET POLLUTION
    Il faut savoir aujourd’hui que la production de viande est le plus grand pollueur de la planète.
    Si vous imaginez les bouchons sur les autoroutes du monde entier avec leur voitures et camions, ainsi que les avions, les bateaux, cela pollue moins que la production de viande, qui nécessite entre autres, approvisionnement en eau, déforestation, transports, etc.

    INDUSTRIE ALIMENTAIRE
    Ce qui nous amène à parler à une échelle planétaire d’industrie alimentaire où les animaux ne voient même plus le jour et son gavés de médicaments et d’hormones de croissance. Les poussins sont broyés vivants. Des vaches portantes sont éventrées alors que le veau vit encore. Les jeunes sont séparés de leur mère qui les appellent pendant plusieurs jours. Et ce n’est là que du texte sans images.

    83 millions d’animaux « de rente » ont été abattus en Suisse en 2021
    Ce sont les CHIFFRES D’ABATTAGE EN SUISSE
    Cela représente près de 7 millions d’animaux par mois, 230’000 par jour, 9’600 par heure, 160 par minute et 2,7 par seconde !
    Mais même ces quantité élevées ne suffisent pas à satisfaire l’appétit des Suisses pour la viande, et il est également nécessaire d’en importer depuis l’étranger.
    https://www.swissveg.ch/chiffresabattage?language=fr

    Voilà.
    A ce niveau, je pense qu’il n’est plus nécessaire de continuer le débat et que la question morale « Faut-il manger de la viande? » se répond d’elle-même.
    J’ajouterai de ma réflexion, que ce n’est pas une question de goût, mais de cruauté.

    CONCLUSION
    En conclusion, pour faire le lien avec la question de départ entre manger les animaux et, ou bien, aimer son prochain, il me parrait évident que d’aimer son prochain résonne pour moi, de ne pas le laisser dans l’ignorance et la souffrance.

    Romains 14:21
    Il est bien de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, et de s’abstenir de ce qui peut être pour ton frère une occasion de chute, de scandale ou de faiblesse.

    1. Marc Pernot dit :

      Merci pour cet acte militant.
      C’est vrai :

      • L’humain est un animal parmi les animaux, c’est vrai.
      • Et l’humain est aussi un vivant parmi les vivants.

      Nous avons seulement une vocation particulière, une vocation d’humain, comme sans doute la fourmi à une vocation de fourmi.
      Et à ce titre, il y a une continuité dans le vivant.

      • Les plantes aussi sont sensibles, bien entendu. Elles sont sensibles différemment, c’est tout. Voir les études sur les forêts qui, au travers de leur mycélium sont capables d’entraide entre les arbres plus ou moins favorisés par leur situation. Les plantes ont leur vocation elles aussi. Le vivant est un tout.
      • Il est certes cruel de manger un agneau car il est un être sensible. Et il est cruel de manger une salade car elle aussi est un être vivant, sensible à sa façon, et vulnérable.

      Cela veut dire qu’effectivement il faut faire attention à ce que nous faisons et comment nous le faisons. Nous sommes d’accord sur ce point.

      Ensuite c’est un peu inquiétant quand nous avons l’impression que notre position est la seule valable, et que tout le monde devrait penser comme nous.

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