La Bible nous dit d’aimer notre prochain, et les animaux alors ? Pourquoi manger de la viande ?

Chaton - Photo by Ramiz Dedaković on Unsplash

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour

La Bible nous demande d’aimer nos prochains et pourtant nous n’aimons pas les animaux, pourquoi ?

Pourquoi l’homme se nourrit avec la chair des animaux et pourtant dans la création cela n’a pas été mentionné ?

Merci

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir Monsieur

Vous avez raison, je pense, de compter parmi nos prochains les animaux, et la planète. En effet, dans la Bible, l’étymologie du mot « prochain » est tirée du monde agricole, notre « prochain » est celui qui a le même « berger » que nous. Or Dieu est le Dieu de tous, comme le montre la première page de la Bible avec la création. Dieu veille sur sa création, il la bénit, entre en relation avec elle. Je pense donc que vous avez raison de compter les animaux et même la création tout entière dans l’ensemble des prochains que nous sommes appelés à aimer. Cela dit, cela fait beaucoup, même les 7 milliards d’humains vivants plus les humains des générations futures dépassaient mes petites capacités. Et même celle de Jésus-Christ lui-même qui n’a pas pu visiter tous ses contemporains, et qui devait souvent vite passer afin d’aller voir d’autres personnes. C’est donc à chacune et chacun de faire au mieux en discernant sa propre vocation. Dieu nous aide à trouver cela, à s’ajuster à cela, et à se pardonner de ne pas avoir pu tout faire.

Cette conception large du prochain qu’il nous faut aimer ne signifie pas que l’humain et l’animal soient confondus. Ce n’est pas une question de performances (même si celles de l’humanité sont extraordinaires avec ses capacités intellectuelles, sociales, spirituelles, créatrices), certaines personnes humaines n’ont pas ces capacités et elles sont néanmoins tout aussi dignes d’être appelées humaines que vous et moi. Ce qui fait qui distingue l’humain de l’animal, c’est qu’il est humain, reconnu tel par d’autres humains et par Dieu. C’est une bénédiction, une grâce, indépendamment de sa performance.

Ensuite, à moi en particulier, à vous en particulier, quel est notre vocation, qui suis-je appelé à aimer, c’est à dire à servir pour qu’il s’épanouisse un petit peu plus ? Il y a sans doute des personnes. La personen qui est agricultrice ou vétérinaire, a sans doute aussi des sujets d’autres espèces que la nôtre à soigner. Et nous tous, collectivement, avons sans doute à aimer notre monde. D’ailleurs Jésus dit que « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils… » (Jean 3:16) Nous pouvons aimer ce monde pour lui-même, et aussi par reconnaissance pour cette planète de nous supporter (elle a de plus en plus de mal, elle n’avait pas besoin de nous pour vivre et être si belle), nous pouvons aimer et servir cette planète par respect pour Dieu, et enfin, nous pouvons l’aimer et la servir par intérêt bien compris de l’humanité dans son ensemble.

Pourquoi alors mettre à notre menu de la chair des animaux ? C’est vrai que dans le début du livre de la Genèse le projet est explicitement que nous mangions de l’herbe, sans faire couler de sang. Le sang est un grand tabou dans la Bible (comme dans bien des civilisations), le sang étant la vie, et la vie appartenant à Dieu. Un peu plus loin dans ce même livre de la Genèse, l’histoire de Noé montre que Dieu se résout au fait que l’humanité et les animaux sont des êtres imparfaits, ne pouvant vivre sans un certain degré de violence. Et le fait de manger d’autres animaux est permis.

Mais à vrai dire notre nature est ainsi faite que nous avons besoin de manger du vivant pour vivre, car notre corps ne sait pas transformer des cailloux pour y tirer tout ce qu’il lui faut pour vivre. Si nous ne mangeons pas de bœuf, nous mangerons des salades et des lentilles, qui ne sont pas moins vivantes qu’un mouton ou une carpe. Toute vie, et la planète aussi connaît bonheur et souffrance à sa façon propre. La seule chose c’est à mon avis que nous nous identifions moins à une salade à qu’un mignon agneau, et qu’il est bon de ne pas verser le sang d’un individu de la même espèce que soi-même. C’est vrai qu’il y a une part de tragique de devoir manger du vivant pour vivre, cela me semble nous appeler à le faire avec un grand respect, avec conscience que cette vie qui nous anime est à valoriser, en l’honneur de la créature extraordinaire que nous sommes mais aussi en l’honneur des vies que nous représentons parce qu’elles ont participé à ce que nous soyons vivant. Ces créatures elles mêmes ont reçu la vie d’autres vies. Cela veut dire également faire attention à ne pas gâcher, à ne pas faire souffrir inutilement, à prendre conscience des besoins de chacun, et à nos propres besoins alimentaires et dans la joie de manger, de partager un bon repas avec d’autres. Cela appelle aussi à la louange à Dieu, et à la gratitude de nous avoir donné une conscience et de nous appeler à une vocation.

Bravo pour ce questionnement.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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