Pourquoi les protestants sont si fervents envers les écrits de Paul, que je trouve le plus détestable des apôtres à lire et à apprécier ?

Par : pasteur Marc Pernot

Bible ouverte sur l'épitre de Paul aux Romains - Photo by Daniel Day Media on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour,

A l’origine j’ai été baptisée catholique par mes parents, et je me suis convertie au protestantisme à l’âge adulte… Aussi tout un tas de choses que les protestants apprennent dès le berceau m’ont échappées je suppose… Ce n’est pourtant pas faute de lire !

J’aimerais bien comprendre pourquoi les protestants sont ils si fervents envers les écris de Paul, qui est à mon avis ( cela n’engage que moi) le plus détestable des apôtres et à lire et à apprécier.
Je trouve cet homme compliqué, imbu de lui même, misogyne, prétentieux je ne comprends vraiment pas ce qu’on peut lui trouver… rien que le de le lire, m’énerve !
Y aurait il quelque chose qui m’échappe à son encontre ou que je n’ai pas compris à son propos ?
Merci de vos lumières par avance…

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Dans un sens, n’avoir pas été élevée protestante est parfois un manque de connaissance ou de réflexes de base. Dans un autre sens, les personnes venant de l’extérieure du protestantisme (un proportion importantes des fidèles), sont parfois plus avancées et ont dû faire elles même le tri en découvrant et apprenant. alors que les personnes tombées dedans dès leur plus jeune âge se posent parfois moins de question, ont moins de recul.

Donc, oui, cela demande plus d’effort. Mais justement, c’est souvent assez riche.

Si les protestants aiment Paul, c’est (à mon avis) pour deux raisons :

  1. c’est lui qui a le plus clairement affiché l’importance du salut part la grâce, c’est à dire que nous sommes sauvé personnellement sans passer par une évaluation de nos performances, de foi, de bonnes croyances, de quantité de rites bien faits comme il faut… La seule et bonne raison pour laquelle nous sommes reçus à l’examen est la libre décision de Dieu pour nous adopter, nous aimer. Pourquoi est-ce si important ? Parce que c’est ce qui autorise la personne individuelle à se déterminer librement sur ce qu’elle pense, sur ses convictions théologiques, sur ce qu’elle juste de faire ou non dans ses propres situations complexes, sur sa vocation personnelle. C’est ce qui autorise la personne à régler ses affaires directement avec Dieu sans passer par l’église… bref, c’est cette fameuse grâce de Dieu qui nous autorise à être nous-même dans le monde et devant Dieu. On dit même que la personne protestante est pape, avec sa lecture de la Bible et sa prière.
  2. Paul, le premier, a commencé à penser la foi chrétienne. Jésus n’a donné que des idées fondamentales en théologie et en éthique, sans faire de développement, il a posé des gestes, donné des paroles assez provocantes, des paraboles qui posent quantité de questions. Paul, avec sa double formation de philosophe et de théologien bibliste, s’est mis à réfléchir sa foi. Et c’est tout simplement passionnant. Même si effectivement il y a quelques passages assez problématiques (en tout cas dans l’application non réfléchie). Ces passages son énervants. Le style est parfois assez lourd et complexe. Mais il y a quand même bien des pages qui sont absolument géniales. Ne serait-ce que Romains 8, 1 Corinthiens 12-13, 15, par exemple.

Mais le tout de la Bible est donné avec sa variété de styles et de sensibilités pour que chacun en fasse son propre usage, s’en saisisse pour travailler sa foi et son questionnement. On a le droit de le faire à sa façon. Et en particulier d’avoir ses propres passages préférés, et aussi des styles qui ne lui plaisent pas, ou moins. Ça va très bien comme ça.

Donc, bravo d’avoir cette lecture de la Bible, de réagir, ou de résister.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Print Friendly, PDF & Email

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. Question dit :

    Bonjour,

    en vous lisant, j’ai pensé à ces Bibles distribuées dans la rue dans lesquelles il y a un engagement (qu’on peut signer et.ou dater je crois) à recevoir Jésus Christ comme notre Sauveur personnel. Je trouve cette formule intrigante, j’ai du mal avec cet engagement. Dieu ne me semble pas passer par ce genre de paperasserie.

    Même en mettant de côté l’aspect « signature », je trouve cette formule (d’inspiration évangélique, il me semble) étonnante puisque Dieu dépasse ces formules.

    Qu’en dites-vous ? Que voir ou que lire dans cette formule de « Sauveur personnel » ? Vous semble-t-elle « nécessaire » ou juste intéressante pour se définir chrétien ? Comme un témoignage de foi ? ou autre chose ?

    Merci 🙂

    • Marc Pernot dit :

      Bonne question !
      Dans un sens, c’est vrai que si on ne se laisse pas toucher personnellement, même le plus essentiel des messages ne pourra nous aider à avancer d’un millimètre dans notre vie, dans notre qualité d’être.
      Mais dans cette formule étrange de « recevoir Jésus comme son sauveur personnel », il me semble qu’à la base il y a cette horrible et nocive théorie que Jésus aurait payé la note pour ceux qui le demandent. Cette théorie que Dieu pourrait être en quoi que ce soit satisfait de la souffrance de quelqu’un est surréaliste et est profondément nocive sur le plan spirituel, et sur le plan éthique (voir ces articles Expiation, Rançon, Satisfaction vicaire). Mais en plus, l’idée que seuls ceux qui adhèrent à cette croyance seront sauvés me semble tout à fait contraire à la « grâce de Dieu », seules les personnes assez performantes seraient gardées, et les autres seraient abandonnés à la mort, tant pis pour vous, Dieu a fait ce qu’il a pu, vous n’avez pas fait votre part, vous êtes perdus). Cela fait de la croyance une œuvre, un mérite indispensable au salut, une borne aux capacités de salut possibles à Dieu. Quel bon parent limiterait les bons soins pour leur enfant chéri de cette façon ??? Quand en plus la croyance essentielle proposée est assez hallucinante, cela place la barre haut pour les candidats. Qui peut croire à cette menace, à ce chantage venant d’un Dieu bon ?
      Ensuite, c’est vrai que Jésus est allé à la mort pour nous, collectivement pour aider l’humanité à connaître l’amour dont Dieu nous aime, effectivement, alors que nous sommes pécheurs. C’est vrai. Mais ce n’est pas pour cet épouvantable chantage de donner du sang et des larmes pour calmer la fureur de la justice d’un dieu impitoyable. Jésus donne sa vie comme une personne qui croit à ce qu’elle fait, comme un pompier va dans une maison en flamme dans l’espérance de sauver un enfant. C’est ce qu’explique Paul (Romains 5:7), ce n’est déjà pas très drôle de mourir pour un juste, pour une personne de bien, mais en mourant pour des pécheurs, Jésus a vraiment manifesté l’amour, la grâce de Dieu.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *