Et si Jésus était mort d’une rupture d’anévrisme en non sur une croix ?

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour,
J’aimerais savoir ce que cela aurait changé si Jésus était mort d’une rupture d’anévrisme juste avant son arrestation au Jardin des Oliviers? Toute la théologie de la croix de Paul n’aurait aucun « fondement » mais le MESSAGE évangélique aurait-il « suffit » à fonder le christianisme?
Merci pour votre réponse,

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Monsieur

C’est vrai que les évangiles sont écrits pour mettre particulièrement en valeur la fin tragique de Jésus sur la croix.
Et l’on peut interpréter cela comme si cette mort sur la croix était un passage obligé, voulu par Dieu, nécessaire à notre salut.

Mais il existe aussi un texte des évangiles qui dit le contraire : la parabole des vignerons homicides. Le plan de Dieu en envoyant son Fils nous appeler à vivre, selon Jésus dans cette parabole, c’est « Ils respecteront mon fils ! « (Matthieu 21:37) et ils arrêteront ainsi de faire n’importe quoi de cette vigne que je leur ai confiée. Cette parabole nous permet de dire que Dieu pensait, ou au moins qu’il espérait (Luc 20:13) que Jésus de Nazareth serait respecté, qu’il serait entendu et que les humains essayeraient de s’aimer un peu plus les uns les autres, à la suite de son Fils.

Aux yeux de Dieu, la mort de Jésus est ainsi un scandale de plus, un terrible gâchis nous dit cette parabole. Par conséquent, si l’on suit cette parabole de Jésus, la mort de Jésus sur la croix n’est en rien nécessaire à notre salut, au contraire. Cette mort n’est pas non plus voulue par Dieu, bien sûr. Et donc Jésus aurait bien pu mourir de rupture d’anévrisme à Gethsémanée, je préférerais l’imaginer vieillir, de plus en plus respecté et aimé, continuant jusqu’à être un grand père tout simple, souriant et chevrotant encore à 112 ans quelques extraordinaires paraboles pour dire la tendresse de Dieu pour chacune et chacun.

C’est vrai qu’il existe quelques très rares passages qui peuvent laisser penser que la mort de Jésus est un prix à payer pour que nos fautes puissent être pardonnées par Dieu. On peut comprendre ces passages autrement, heureusement, car cette théorie est très discutable, et tout à fait horrible sur tous les plans, sur Dieu, sur la justice, sur la notion même de pardon et d’amour…

Quant à l’apôtre Paul, la plupart du temps, l’intérêt qu’il voit dans la mort du Christ est de manifester l’amour de Dieu, pas d’accomplir quelque sordide marchandage pour acheter l’amour de Dieu (comme l’amour devait s’acheter, par définition l’amour ne se mérite jamais). Par exemple dans ce passage de la lettre aux Romains ou Paul dit : « A peine mourrait-on pour un juste; quelqu’un peut-être mourrait pour un homme de bien. Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. » (Romains 5:7-9) et Paul parle de « l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ ».

C’est aussi comme cela que se comprend aussi Jean dans ce fameux passage « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils, son unique, afin que quiconque ait foi par lui, en lui, ait la vie éternelle » (Jean 3:16) et «Nous avons connu l’amour, en ce qu’il a donné sa vie pour nous » (1 Jean 3:16). L’amour de Dieu précède la croix. La croix est un signe, une expression de l’amour de Jésus, il fait connaître l’amour de Dieu, un amour qui ne se vend ni ne s’achète, qui n’a pas besoin de faire souffrir pour aimer (en encore moins de faire souffrir un innocent, quelle horreur).

Les disciples de Jésus, après le choc que leur a causé la mort tragique de Jésus, et un sentiment d’échec, ont finalement saisit tout l’amour manifesté dans ce don de soi. Et ils en ont fait un point culminant, si je puis dire, de leurs témoignages.

Mais Jésus a passé son temps à dire l’amour et le pardon de Dieu (pardon gratuit, et non tarifé, bien entendu), Jésus a passé son temps à manifester cet amour par des geste de respect et de soin pour tous & toutes. S’il n’y avait pas eu la croix, le message serait passé et bien passé quand même. Jésus a fait et bien fait ce qu’il faut pour ça. Mais les évangiles auraient été écrits en insistant sur d’autres éléments, et nous auraient peut-être rapporté des récits et des paroles de Jésus que nous ignorons aujourd’hui ?

D’où sort alors cette curieuse idée que le pardon de Dieu aurait eu besoin d’être acheté ? À une idée bien humaine que « rien n’est gratuit », que « tout se paye ». Une idée pessimiste et fausse. Tout particulièrement fausse en ce qui concerne Dieu et le Christ. La seconde raison est une faute de traduction. Un verbe grec qui veut dire parfois « payer une rançon » (lutroo) signifie en réalité « libérer un esclave » et c’est par amour qu’il a toujours libéré ses enfants de l’esclavage. C’est le sens même de la Pâque juive et des Pâques chrétiennes.

Amitiés fraternelles

par : pasteur Marc Pernot

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