Pourquoi Jésus a-t-il célébré la Cène avec seulement ses 12 apôtres ?
Jésus a pris son dernier repas avec « les douze » seulement. Ce choix n’exclut personne : il révèle au contraire trois significations profondes sur la famille spirituelle, la transmission de l’Évangile et le sens symbolique du chiffre douze. Chacun de nous peut se reconnaître parmi ces apôtres appelés à vivre et transmettre la Cène.
Question posée
Bonjour,
Ma question concerne la Cène.
Le fait que Jésus ait célébré la Cène avec ses apôtres et non avec l’ensemble de ses disciples a-t-il pour vous une signification particulière ?
Si l’on tient compte de ce modèle, lorsqu’il a dit « Faites ceci en mémoire de moi », ces paroles s’adressaient-elles à une catégorie de personnes ?
Merci d’avance pour l’attention que vous porterez à ma demande.
Réponse d’un pasteur
Chère Madame,
Merci pour votre question. Vous avez raison, je pense, de poser la question en termes de signification, de sens de ce récit du dernier repas de Jésus. Car c’est bien ce que portent ces textes des évangiles : une signification, du sens, un questionnement pour nous, pour notre vie, pour ce que Dieu nous apporte et ce qu’il espère de nous, sur notre façon d’aimer les autres, etc.
C’est vrai que les évangiles disent que Jésus prit ce dernier repas « avec les douze » (Matthieu 26.20, Marc 14.17) ou avec les Apôtres (Luc 22.14). Si l’on prenait ces textes isolément, hors contexte, il serait effectivement possible d’en tirer que la Cène pourrait être réservée à une élite, par exemple les clercs, les princes de l’Église, les autorités, ou une élite de personnes choisies parmi la foule. Seulement, par définition même de la notion de Christ, il s’agit d’accomplir les promesses données en Abraham pour la multitude de toutes les nations, tous les peuples de la Terre. C’est ce que l’on voit dans la façon d’être de Jésus, qui aide et annonce l’Évangile aux personnes rencontrées sans les trier.
Trois significations possibles
Pourquoi donc Jésus a-t-il pris ce dernier repas avec « les douze », avec « les apôtres » ? Il me semble qu’il y a au moins trois raisons, trois significations possibles :
1. Une famille élargie à tous les disciples
Ce repas est celui de la Pâque juive, qui est pris en famille selon la tradition explicitée dans le livre de l’Exode. La Pâque est prise en famille, par maisonnée (Exode 12.3). Il n’est pas question d’un repas pris sur la grande place du marché, ni d’un pique-nique dans un pré ou au bord du lac, comme il arrive à Jésus d’en préparer. Cela veut dire que la famille de Jésus est désormais davantage ses disciples, ceux qui s’ouvrent à la Parole de Dieu et qui cherchent à la vivre, plus que sa famille de sang. Ce n’est pas contre sa famille de sang, mais pour dire que ce qui forme un lien essentiel de proximité entre nous est l’écoute de Dieu, non une question de sang. Cela accomplit bien l’universalisme attendu dans la bénédiction d’Abraham. C’est ce que dit Jésus explicitement quand il appelle ses disciples « mes frères et sœurs », ou quand il dit que son Père est notre Père. Cela a donc un important sens théologique et éthique.
2. La stratégie de la transmission
La vocation de Jésus est effectivement de sauver l’humanité entière, de lui donner à assimiler la vie qui l’anime. Seulement, concrètement, Jésus était un humain aux forces limitées, avec un temps très restreint d’activité (juste quelques mois ou années) : il ne pouvait courir annoncer l’Évangile jusqu’au Groenland, au sud de l’Afrique ou en Nouvelle-Zélande, partout, à chaque personne. Comment pouvait-il faire alors pour que chaque personne individuelle soit visitée, soignée, et entende l’Évangile ? La seule stratégie possible était celle de la transmission et de la délégation. C’est ce qu’il dit aux douze : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20.21). C’est la définition même d’apôtre (« envoyé »), qui va annoncer l’Évangile, soigner, et donc envoyer à son tour chaque personne touchée. Le repas avec les apôtres est donc à vivre à notre tour, nous qui entendons l’Évangile, avec ceux vers qui nous nous sentons envoyés.
Jésus a donc parlé aux foules, à titre d’exemple, joignant le geste à la parole, mais finalement il n’a rencontré que peu de monde, soigné seulement peu de personnes. Il a cependant choisi de prendre du temps pour former tout particulièrement quelques personnes diverses, des intellectuels et de simples artisans, des femmes aussi, et il les a envoyées. Ce sont les apôtres, personnes envoyées, parfois deux par deux (en apprentissage pratique), parfois seules (comme pour la femme samaritaine, Marthe, ou Marie-Madeleine).
3. Le sens symbolique du chiffre douze
Dans la Bible, selon l’usage de cette culture, quand un chiffre « remarquable » est indiqué, il n’exprime en général pas une quantité mais une qualité, un sens, une signification théologique. Or le « douze » est un chiffre ô combien remarquable : il signifie la totalité du peuple de Dieu (comme les douze tribus d’Israël). En effet, le quatre exprime les quatre points cardinaux, et le trois exprime l’éternité de Dieu ; le produit des deux évoque donc l’humanité unie par Dieu. « Les douze apôtres » n’étaient peut-être, du point de vue purement matériel, historiquement que douze personnes ; d’ailleurs, quand il s’agit de donner la liste des douze, les différents évangiles s’accordent sur les plus connus et hésitent sur d’autres. « Les douze » est donc une façon significative de parler du groupe des « personnes envoyées » (apôtres). Ce groupe qui suivait Jésus au long cours et apprenait de son ministère itinérant était sans doute limité en nombre : comment aurait-il pu être accueilli dans une maison comme celle de Marthe, sinon ?
Se compter parmi les douze
Donc, chacune et chacun de nous peut tout à fait se compter parmi les douze. C’est même ce que disent, à mon avis, ces textes de la Cène, en évoquant ce geste de Jésus, ou pour le moins le service qu’il a rendu. Faire ceci en mémoire de Jésus n’est pas d’abord, pas seulement, une question de rite, mais une question de vie : celle de nous donner pour nourrir l’humanité qui a faim et soif de foi, d’espérance et d’amour.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
À lire aussi : sur le sens théologique et spirituel de ce qu’est un ou une Apôtre, voir l’article dédié dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.
En écho à ce texte :
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Le mémorial de la Communion est il confié aux apôtres et à ceux qui ont reçu d’eux l’imposition des mains ?
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Pourquoi le Jésus historique n’a pas pris le soin de prendre une femme dans les 12 apôtres ?
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Les 12 apôtres avaient ce « titre » avant la mort de Jesus Christ ou seulement après ?

Bonjour, petite question, pourquoi n’y a-t-il que 11 apôtres dans la toile la cene, le douzième personnage étant marie madeleine… merci de votre réponse
Bonjour
Théoriquement, cette personne est Jean, et pas Marie-Madeleine. Il est représenté en adolescent, selon la tradition, Jean était alors tout jeune.
Mais c’est vrai que ses cheveux font que certaines personnes ont pu penser que c’était une femme qui était représentée.
En tout cas, à la Cène il était très vraisemblable qu’il y ait eu des femmes.