Adam et Ève

Par : pasteur Marc Pernot

Pourquoi est-ce que ces deux mots sont dans un dictionnaire de mots théologiques ? On s’attend plutôt à les trouver dans un dictionnaire des noms propres aux côtés des hommes et des femmes importants de l’histoire de l’humanité. Mais en réalité, Adam et Ève ne sont pas seulement des noms propres mais aussi des noms communs. Adam, en hébreu, veut dire tout simplement « l’humain« . La Bible nous dit que “Lorsque Dieu créa Adam, il le fit à la ressemblance de Dieu. Il créa l’homme et la femme, il les bénit, et il les appela du nom d’Adam, lorsqu’ils furent créés.”1. Dans ce passage, on voit bien que ce nom d’Adam, d’humain, est donné à l’homme et à la femme, à tout homme et à toute femme, dès sa création. C’est fondamental. Cela veut dire que chacun de nous est, par principe, considéré par Dieu comme humain, sans condition, sans distinction de sexe, de croyance, de conduite, de santé… Cela veut dire que nous n’avons pas à mériter notre dignité ou notre place sur terre, cela nous est reconnu par Dieu, qui aurait le droit de nous le refuser ?

En hébreu, le mot « adam » vient du mot « adamah« , « la terre« . Comme en français, d’ailleurs, le mot « humain » vient du mot « humus » la terre cultivable. Cela nous rappelle que nous ne sommes pas seulement une âme versée dans un corps mais que nous sommes un corps fait de matière. Le mot « ève » en hébreu veut dire « la vie » et c’est bien cela qui est extraordinaire, nous sommes aussi une vie, pas simplement de la matière. Cette histoire de la Bible nous dit que l’être humain (en l’humanité dans son ensemble) est issu à la fois de la terre et de la vie, il est fait de la poussière du sol et de cette chose incroyable qu’est la vie… à travers ce quelque chose de spécial qui vient de Dieu (l’Esprit, le souffle).

Au sens de personnes historiques, il n’y a pas eu de monsieur Adam et de madame Ève, mais pourtant Adam et Ève existent : ils sont chacun de nous. Ils sont à notre origine puisque c’est à une personne comme cela que Dieu pense quand il crée l’humanité, à la fois les pieds sur terre et pleine de vie, pleine de sa vie à lui, Dieu. Adam et Ève sont aussi notre avenir, puisque Dieu ne désespère jamais de nous faire progresser dans ce sens en continuant à nous faire évoluer. L’Adam véritable existe, c’est le Christ, il est l’Humain au sens propre, l’espérance de tout homme et de toute femme. C’est pourquoi le Christ est appelé aussi l’alpha et l’oméga, le A et le Z (voir Z).

En même temps, nous voyons dans ces premières pages de la Bible que l’Adam, l’humain reçoit vite la fonction de jardinier, de cultivateur2, comme dans la mythologie mésopotamienne dont les textes sont plus anciens de 1000 ans au moins par rapport à ce texte de la Genèse. L’humain est donc lié à la terre par son origine et par une vocation à y faire de belles choses.

Grâce à ces deux premiers mots évoquant l’humain, Adam et Ève, nous voyons un petit peu de quoi parle la Bible et pourquoi elle est si intéressante. Elle parle de nous, de notre infinie valeur et du sens de notre vie. Le but de la Bible n’est pas de nous raconter le passé, mais dire l’actualité, le présent de notre être et de notre vie. Nous avons de la chance parce que les théologiens qui ont écrit la Bible aimaient raconter de belles histoires. Cela est tout à fait propre à nous inspirer et en même temps à nous laisser libre de nous approprier ces textes en fonction de notre propre histoire. Ils nous ont ainsi offert, pour commencer, l’histoire d’Adam et Ève pour nous parler de l’espérance de Dieu pour nous.

1 Genèse 5:1-2

2 « L’Éternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et pour le garder »
(Genèse 2:15) voir aussi Genèse 2:5.

Marc Pernot

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2 réponses

  1. Pascale dit :

    Je lisais hier dans la première lettre de Paul à Timothée : « Que la femme s’instruise en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de dominer l’homme ; qu’elle demeure dans le silence. En effet, Adam a été façonné le premier, Ève ensuite ; »
    Heureusement qu’il y a plusieurs façons de voir Adam et Eve, merci pour la vôtre, Marc, et merci de m’avoir appris la liberté de dire non … (dire que pendant longtemps, dans ma tête, j’ai refusé l’idée qu’une femme puisse être pasteur, toutes mes excuses aux pasteures fantastiques de l’Église de Genève que j’ai pu entendre ou lire grâce à ce site et à toutes les autres !)

    • Marc Pernot dit :

      Ce genre de versets est sans doute particulier à l’auteur et à la communauté concernée. En effet, bien d’autres passages montrent que la femme est non seulement autorisée à enseigner mais même chargée d’enseignement. En particulier chargée par Jésus lui-même, mais aussi par l’apôtre Paul. Cela dit, chez certains religieux machos c’est déjà un immense progrès de reconnaître que la femme a le droit de s’instruire ! Bel effort.

      L’argument de dire que le fait d’avoir été façonné le premier justifierait la primauté n’est pas convainquant bibliquement, car Abel est choisi et non Caïn, Jacob et non son aîné Esaü, Éphraïm avant Manassé, David et non ses frères…

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