Extrait d"un tableau de Spitzweg représentant un bibliothécaire
Dictionnaire de théologie

Éthique – Morale

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Jésus ne propose pas une morale rigide faite d’obligations, mais une éthique spirituelle libératrice. En invitant à s’inspirer de l’idéal divin, son enseignement responsabilise l’être humain sans le culpabiliser, plaçant l’amour et la transformation intérieure au cœur de la démarche.


Une visée responsabilisante plutôt qu’une morale toute faite

Jésus ne nous offre pas une bonne petite morale toute faite, prête à appliquer à la lettre. Au contraire, ce qu’il nous propose, c’est rien de moins que « d’être parfaits comme notre Père céleste est parfait » (Matthieu 5:48). Cela semble fou comme commandement moral, mais c’est en réalité formidable car cette visée éthique nous responsabilise sans nous culpabiliser.

Cela ne culpabilise pas, car comment pourrait-on nous en vouloir de ne pas arriver à être parfaits ? Nous sommes tous frères et sœurs face à cette réalité.

Mais en même temps, cette visée que nous propose le Christ nous tourne vers un idéal, un vrai, pas un idéal de petit joueur, un idéal magnifique qui a l’avantage d’être cohérent avec notre théologie. L’idéal que Jésus nous propose, c’est de vivre comme Dieu lui-même vit, d’être créateur de bonheur et de vie comme lui, d’aimer même unilatéralement, comme lui, de chercher à bénir et pacifier, d’apporter de bons soins à ceux qui en auraient besoin…

L’exigence de l’idéal infini face aux règles aveugles

Cet idéal infini est génial. Par exemple, si le Christ nous avait dit : un bon chrétien donne 10 % de ses revenus pour la solidarité matérielle et spirituelle avec les autres, ce serait très pratique. Il n’a pourtant jamais dit quelque chose comme ça, et cela aurait bien des inconvénients :

  • Celui qui y arriverait se dirait qu’il est vraiment un bon chrétien, qu’il a fait ce qu’il faut, et peut-être même plus que ce qui lui était demandé. Ce ne serait bon ni pour lui-même (il a atteint le but demandé, donc n’avance plus), ni pour sa relation à Dieu (il n’a plus besoin de lui pour aller plus loin), ni vis-à-vis des autres (qui n’ont pas tous réussi à être si généreux).
  • Celui qui n’arriverait à donner que 8 % parce qu’il est en train de s’acheter une maison ou qu’il a je ne sais quelle difficulté, ou pas assez de volonté… celui-là serait culpabilisé, ce qui n’est pas la volonté de Dieu.

Heureusement, le Christ ne nous donne jamais ce genre de consignes morales aveugles. Il ne nous dit pas que nous devons donner 10 %, il ne nous dit pas non plus que nous devons « partager » avec nos frères et sœurs dans le besoin, ni de délivrer les esclaves, ni de prier tant de fois par jour… Ce qu’il nous dit va bien plus loin.

Dieu comme source de notre évolution

Ce que nous propose le Christ comme direction de vie, c’est d’être parfaits comme notre Père est parfait. C’est Dieu qu’il nous donne comme visée éthique. Et en même temps Jésus nous donne la solution pour avancer vers cette visée en appelant Dieu « Votre Père » et non pas « Dieu », ou « le Seigneur » en chef ! Car en l’appelant « votre Père », il nous souffle à l’oreille que la solution est que ce soit Dieu qui continue à être source de notre évolution, qu’il poursuive cet engendrement qui fait déjà de nous un être magnifique et qui espère poursuivre son œuvre en nous.

Ce que nous dit le Christ, c’est carrément de donner notre vie pour les autres. Ce n’est pas simplement un discours, puisque Jésus donne effectivement sa vie. Heureusement, nous n’avons en général pas à mourir pour le service des autres, cela nous invite à donner de notre vie, c’est-à-dire du temps, de l’énergie, des pensées, des moyens par amour pour d’autres. Même si c’est peu, au moins notre idéal reste un idéal pour nous, c’est-à-dire une grande et belle visée : c’est d’être à l’image de Dieu lui-même, comme le Christ l’a été.

Notre idéal est infini et magnifique. Nous nous en imprégnons, et ensuite, nous faisons ce que nous pouvons, en conscience, sachant que Dieu comprend, pardonne, nous aime tels que nous sommes, même imparfaits, même pécheurs, même limités (bien sûr). En même temps, Dieu a de l’ambition pour nous : il nous donne son idéal et il fait tout pour nous aider aussi à le vivre.

Une éthique spirituelle fondée sur l’être

Il y a quand même quelques conseils de comportement que Jésus nous offre en passant, souvent en réponse à une question. C’est d’abord d’aimer trois « choses » : Dieu, notre prochain et nous-mêmes (le « sommaire de la Loi », Marc 12:29-31). C’est « Tout ce que vous voulez que les gens fassent pour vous, vous aussi, faites-le de même pour eux : c’est là la Loi et les Prophètes. » (la « règle d’or », Matthieu 7:12), de faire preuve de réflexion personnelle et de discernement (Matthieu 22:37, Luc 24:45, Luc 12:56-57).

Mais dans le principe, Jésus pense qu’avant de travailler sur la valeur de nos actes, il vaut mieux travailler sur la qualité de notre être, car « tout bon arbre produit de beaux fruits, tandis que l’arbre malade produit de mauvais fruits. » (Matthieu 7:17). C’est ainsi que Jésus propose plus une éthique spirituelle qu’une morale toute faite. Et c’est bien en cohérence avec cette méthode qu’il agit lui-même, se sentant très libre vis-à-vis des commandements religieux, même les plus sacrés pour son entourage, quand il considère que l’enjeu est important (par exemple pour guérir le jour du sabbat).

pasteur Marc Pernot

Cet article est extrait de notre dictionnaire des Mots qui piquent (niveau 3). Voir aussi le Petit Dictionnaire de théologie (niveau 2), les Définitions de base (niveau 1), et les Notions (niveau 4).

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2 Commentaires

  1. Poème dit :

    Merci pour ce site !

    Un petit poème pour la route 😉

    Eclaircies

    Au sein du tumulte, boulevard des tempêtes,
    Levons-nous droits, sonnons des trompettes :
    Ne nous laissons pas emporter par les échos du chaos,
    Dont l’économie sans écologie engendre les cahots.

    Que l’indicible devienne audible,
    Car un possible n’est pas impossible :
    Que le pathétique fasse place à l’éthique,
    Dans le monde, advienne du féérique périphérique.

    1. Marc Pernot dit :

      Grand merci !!!

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