Comment serons-nous mariés dans la vie future ? Et si nous avons eu plusieurs conjoints ?

Un couple faisant la vaisselle ensemble - Photo by Soroush Karimi on Unsplash

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Je cite (dans le texte de l’Evangile):

«Il y avait sept frères ; le premier se maria, et mourut sans laisser de descendance. Le deuxième épousa la veuve, et mourut sans laisser de descendance. Le troisième pareillement. Et aucun des sept ne laissa de descendance. Et en dernier, après eux tous, la femme mourut aussi. À la résurrection, quand ils ressusciteront, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »

Jésus leur dit : « N’êtes-vous pas en train de vous égarer, en méconnaissant les Écritures et la puissance de Dieu ? Lorsqu’on ressuscite d’entre les morts, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme les anges dans les cieux.» (Marc 12, 18-25)

D’après ce que j’ai compris, ça sera l’amour parfait une au paradis , ok mais il n’y aura plus de complicité entre deux personnes comme quand ils étaient mariés sur terre? (Je ne parle pas de désirs charnel) .

Comment cette complicité pourrait être possible si la femme en question s’est remariée ? Ça devient donc une sorte de polygamie ? (sans désirs charnel)

Ça sera parfait, il n’y aura plus de jaloux etc, mais imaginons un enfant, qui retrouve ses parents au paradis , mais dont le père s’est remarié 3 fois devant Dieu ? Ça se passe comment? On devient donc une grande et unique famille sans vraiment de différence en amour ? ( amours fraternel, grand amours , amours maternel – paternelle etc…)

Je sais que c’est au delà de notre imagination et qu’il faut faire confiance a Dieu mais du coup, a quoi sert la fidélité dans un couple si au paradis certains se retrouveront avec plusieurs compagnons/compagnes

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

Les textes bibliques sont à la fois d’une grande proximité avec nous parce qu’ils sont nourris de ce qui fait vivre l’humain depuis toujours. Cette proximité est parfois un peu trompeuse car il y a aussi une distance culturelle non négligeable entre la civilisation antique du moyen orient et notre culture postmoderne contemporaine. Différences sociétales, mais aussi dans culturelles. Plus ou moins selon les passages, mais dans le passage que vous citez, nous avons une façon de débattre tout à fait particulière qui était classique dans les milieux rabbiniques de la synagogue à l’époque. La question ici est seulement l’existence ou non d’une vie dans l’au-delà. Il ne faut pas nécessairement chercher plus loin dans la réponse de Jésus qu’un oui certainement, nous continuons à être vivant après la mort de notre corps, même si notre existence a une tout autre forme.

En réalité, je ne suis pas persuadé qu’il faille tirer de ce texte une révélation pour ce qui sera notre vie dans l’au-delà. Il est possible de penser à quelques éléments d’hypothèses comme extension de ce que nous vivons ici-bas de plus profond, de plus beau, de plus pérenne, de plus vivant, de plus créateur de qualité d’être… en supposant que cela restera en vie au-delà de la survie de notre corps. Mais personen n’en sait rien, pas même Jésus de Nazareth tant que lui-même vivait comme nous dans une chair terrestre.

C’est dans ce cadre qu’il semble effectivement plausible que l’amour soit plus fort que la mort, par exemple, car l’amour est particulièrement créateur de qualité d’être et de vie, et que nous remarquons effectivement que nous pouvons tout à fait continuer à aimer une personne qui a perdu la vie biologique.

Ensuite, ce que me semble révéler Jésus ici, c’est que l’image populaire de la vie future n’a pas de sens. La vie après la mort appartient à un tout autre mode d’être. Je ne pense pas que l’on puisse dire que nous y retrouvons nos morts, car si c’est effectivement l’amour qui est plus fort que la mort, nous n’avons pas à les « retrouver » puisque nous ne les avons jamais perdu, en les aimant encore. Avant notre mort comme après nous restons avec eux par l’amour qui nous unit. Effectivement, le fait qu’après nous n’aurons plus de de voix ni d’oreille, ni d’yeux, ni de toucher change quelque chose, la relation continuera. Il me semble plausible que nous aurons d’autres facultés que nous ne connaissons pas, et qui enrichirons cette relation. Et nous-même passant dans le mode de vie futur sommes purifiés de ce qui n’est pas de l’ordre de la foi, de l’espérance et de l’amour. Même si nous restons nous-même avec notre histoire, il est difficile de dire comment nous serons en relation.

Pour ce qui est de la multiplicité des maris ou femmes. C’est donc difficile à dire dans ce contexte. Il est possible de chercher, là encore, à étendre le meilleur de ce que nous vivons ici bas. Il faudrait demander à une veuve qui après un temps de deuil se marie effectivement à nouveau comment elle vit son amour pour son premier mari puis pour le second ? A ce qu’il me semble, cela n’a absolument rien à voir dans son cœur, dans sa tête et dans sa vie. Elle ne rennoncerait pas à son premier couple dans ce qui a été vécu de profond et de vrai. Et cet amour ne diminue pas l’amour présent. Il n’y a pas concurrence car c’est autrement, c’est à une période de la vie différente et l’épouse elle-même a évolué, l’un est un amour sans voix, sans regard et sans corps, un amour déjà en partie de l’autre monde. Le second est un amour de ce monde, avec une vie quotidienne partagée.

L’infidélité vécue au cours de cette vie n’a rien à voir. Car il y a là des choses que je trouve personnellement nocives. Il me semble y avoir de la trahison, du mensonge, des cœurs tordus, des unions sans visées constructives. Personnellement, je ne voudrais vraiment pas vivre ainsi. Au pire, si mon couple devenait une spirale de mort pour ma femme et moi il serait envisageable de divorcer, puis éventuellement construire un nouveau couple plus tard. Mais tromper n’est pas une option pour moi, ni physiquement ni platoniquement.

A priori, pourquoi pas la polygamie ou la polyandrie, ou le polyamour… Chacun vit ce qu’il veut, tant que c’est entre adultes responsables et consentants. D’ailleurs, l’immense figure d’Abraham dans la Bible était loin d’être monothéiste. Personnellement, je trouve que la vie reste fort courte, que la personne humaine est infiniment complexe, et qu’il n’y a pas assez d’une vie entière pour approfondir ce qu’est de former un couple avec déjà une seule personne. Que ce lieu de fidélité où nous ne sommes pas en compétition est un réel havre de grâce, un laboratoire de la grâce. C’est pourquoi aussi je suis si attaché à la fidélité, non seulement parce que le mensonge et la trahison sont une infection nauséabonde, mais aussi parce qu’elle fait revenir de la concurrence dans la relation de couple(s) et que c’est ainsi la fin de la grâce.

A quoi cela sert de choisir ainsi la grâce et la fidélité ? Je trouve que ce sont les éléments fondamentaux pour se construire une vie la plus simple, la plus droite, la plus profonde possible.
Ce critère très pragmatique de « à quoi cela sert-il » n’est pas si mauvais. C’est celui que nous propose l’apôtre Paul quand il dit « Tout est permis, mais tout n’est pas utile ; tout est permis, mais tout ne construit pas. » (1 Corinthiens 10:23) Cela me semble un assez bon critère. Ensuite, pour ce qui est de la vie éternelle, Paul met en avant l’amour, la foi (c’est à dire la fidélité), et l’espérance. Cela me semble aussi des indicateurs. Si je fais fonctionner le moteur de ma moto n’importe comment : avec un régime trop élevé ou trop bas, avec de la mauvaise huile ou pas assez, un mauvais carburant, ça peut rouler quand même, mais ça abîme la bête. Il me semble que les mensonges, tromperies, jalousie, infidélité… ne grandissent pas le cœur, la vie et l’âme ?

Enfin, la Bible en général et l’Evangile en particulier parle très peu de ce qui se passez après la mort. Car ce n’est pas la question présente. Faisons confiance, comme vous le dites, et nous verrons bien, de toute façon (et le plus tard possible, merci bien). Je reconnais que c’est intéressant pour l’intelligence, comme une énigme à résoudre. Mais l’exercice est un petit peu vain (nous n’en savons rien), et de toute façon ce serait dangereux d’y penser plus que cela, car cela détourne des vrais enjeux qui consistent à vivre la vie présente. A chaque jeure suffit sa peine, ses questions, nous dit Jésus.

Dieu vous bénit et vous accompagne

pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

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